1. Retour aux sources

Pour Platon 203 , qui distingue le monde transcendantal des Idées du monde sensible des copies, les œuvres d'art sont soumises aux apparences sensibles et ne reflètent pas le monde en soi, mais le monde tel qu'il est perçu ; elles sont donc imitation d'une apparence et non d'une réalité.

‘Ainsi, il y a trois sortes de lits ; l'un qui existe dans la nature des choses, et dont nous pouvons dire, je pense, que Dieu est l'auteur (…) Une seconde est celle du menuisier. (…) Et une troisième, celle du peintre (…) Ainsi, peintre, menuisier, Dieu, ils sont trois qui président à la façon de ces trois espèces de lits. (Platon, République, X, p.361)’

L'œuvre d'art, imitation d'une copie, «‘production éloignée de la nature de 3 degrés’ ‘»’ ‘’ ‘ 204 ’ ‘, ’ne peut être qu'une représentation dégradée et confuse d'une apparence, qui est elle-même représentation dégradée et confuse de l'Idée. Platon condamne donc la mimésis, parce que, d'un point de vue gnoséologique, elle ne peut être un accès à la connaissance. C'est pourquoi les poètes, définis comme des imitateurs d'apparences, sont exclus de la Cité : par leur art, ils confinent l'homme dans la matérialité du monde sensible et le détournent de la transcendance du monde réel. Par ailleurs, la mimésis, conçue comme imitation, est d'un point de vue éthique, dangereuse : simulacre du réel, elle entretient une confusion sur la nature même du réel et entrave l'analyse des faits. Platon considère que la mimésis est un leurre qui peut tromper ‘«’ ‘les enfants et les hommes privés de raison’ ‘»’ ‘ 205 ’ ‘. ’En outre, Platon juge la mimésis, méthode d'acquisition cognitive, d'autant plus condamnable que son mode d'action n'est pas la ‘«’ ‘persuasion rationnelle’» mais la ‘«’ ‘contamination affective’» : elle séduit plus qu'elle ne convainc. L'imitation, qui opère un charme sur les consciences, ne peut être source de connaissance contrairement à la démarche dialectique qui opère une persuasion rationnelle. C'est pourtant cette définition de l'art qui, peu à peu, va s'imposer dans les esprits et se transformer en dogme : l'art doit imiter la nature. La fidélité de la représentation du réel devient un idéal, désigné le plus souvent par le terme de réaliste.

Par ailleurs, une lecture infidèle d'Aristote va renforcer cette conception de l'art comme imitation. En effet, la mimésis aristotélicienne a été comprise comme reproduction fidèle d'un modèle et la virtuosité d'artistes a été mesurée à l'aune de l'exactitude et de l'imitation. Ainsi s'expliquent la célébrité et la rivalité des peintres Zeuxis et Parrhasios.

Pourtant, la mimésis, selon Aristote, n'est pas imitation, duplication, mais représentation, c'est-à-dire production médiate élaboratrice d'une signification. C'est un travail d'abstraction du modèle, de création d'un artefact dont la finalité est cognitive : la représentation est un processus de conceptualisation de la relation qui existe entre le donné empirique et l'artefact poétique. Ainsi, les textes canoniques de Platon et d'Aristote renvoient-ils à des théories différentes qui s'élaborent à partir d'un même concept, la mimésis dont l'histoire littéraire reflète l'équivoque terminologique et qui est, néanmoins une préoccupation majeure de la recherche théorique.

Notes
203.

Platon, République, X

204.

Platon, op. cit., p.362

205.

Platon, op. cit., p.362