Conclusion

On se rend compte, en fait, que peu d’expériences désagréables, difficiles, douloureuses ont pu être transformées, réévaluées de telle façon que les personnes les ayant vécues les découvrent réellement enrichissantes, mais cela s’est tout de même produit grâce à d’autres expériences, rencontres, relations permettant de se découvrir, d’être dans un climat d’acceptation de l’autre et de soi. Claudine accepte le traitement orthodontique grâce au soutien de son mari. Jean, au milieu de ses difficultés avec les parents d’élèves, se sent, encouragé, rassuré par Marie et les enseignants du groupe Freinet, qui lui redonnent confiance en lui, en son travail. Nadine, en sécurité auprès de sa collègue, peut poser toutes les questions qu’elle veut, demander tous les conseils dont elle a besoin et, probablement fait-elle aussi, sans toujours en prendre conscience, des propositions qui sont prises en compte, le questionnement de la novice enrichissant aussi le travail de la chevronnée. En outre, à cette relation de travail se superpose une relation d’amitié forte. Simon, originaire d’un milieu où l’on s’exprime peu, a développé une certaine stratégie d’intégration grâce au sport et, au lycée, au groupe de l’aumônerie où il est possible de parler, de s’écouter, d’échanger alors qu’il vient d’un milieu où l’on ne s’exprime pas. Laurent, après s’être fait des amis à l’école normale au moment de mai 68, participe à des groupes-ressources mais, apparemment, il n’a pas encore trouvé réellement d’aide pour parvenir à susciter le goût de la lecture chez ses élèves.

On peut considérer que, dans un domaine précis pour certains enseignants, ou d’une manière plus générale pour d’autres, certaines expériences difficiles, douloureuses, ont été transformées grâce à la présence de personnes particulières, à leur attitude, à un travail commun qui leur a permis une autre expérience, positive celle-là, et qui a atténué la souffrance et restauré des capacités créatrices et relationnelles. Les effets en sont toutefois relativement limités. Certaines blessures nécessiteraient un travail psychologique plus en profondeur.