1. Les principes de la linguistique de l’oral

Cette voie considère que la langue ne se découvre que par exploitation des éléments de la langue orale. En particulier, le phonème, considéré comme l’unité centrale de l’oral, porte les fondations d’un passage à l’écrit. Il permet, une fois repéré dans le langage, d’accéder à l’écriture grâce à la transcription des graphèmes correspondants. Le mot, porteur de plusieurs graphèmes, sera alors identifié ou retranscrit lorsque l’élève aura collectionné, sur ce même principe, les nombreuses relations entre la langue orale et la langue écrite. En s’appuyant exclusivement sur ce schéma d’apprentissage, l’élève atteindra le sens contenu dans les mots, puis progressivement, dans les phrases et, enfin, dans le texte entier. A ce titre, ce modèle est qualifié d’ascendant car les informations, très parcellaires initialement, s’associent progressivement pour déboucher sur le sens. Néanmoins, l’élève, au contact d’un écrit nouveau, se comporte comme s’il s’agissait d’une reconstruction totale de l’acte de lecture, comme s’il n’avait pas capitalisé des habitudes de lecteur : « ‘le lecteur est entièrement dépendant du texte qui se trouve sous ses yeux et le mouvement qui s’opère est ascensionnel’ »22.

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Figure n°17Représentation d’un tableau «  phonème - graphèmes » utilisé dans les pédagogies linguistiques favorisant la langue orale

Allant d’unités simples à des structures plus complexes, le débutant lecteur pourra, selon un rythme mesuré, investir méthodiquement l’écrit. Cette acquisition, abordant le phonème puis le graphème, repose sur une correspondance fidèle entre la langue orale et la langue écrite. La méthode Le Sablier, originaire du Québec, applique rigoureusement cette relation de la langue écrite à la langue orale, en déclinant toutes les éventualités d’écrire un seul et même phonème. La mémorisation occupe alors une place prépondérante dans la mesure où il est demandé à l’élève de stocker un nombre important de variables.

Pour illustrer cette démarche, prenons le son [I]. Les cinq premières étapes23 se matérialisent de la manière suivante:

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Lionel Bellenger, dans son étude sur les méthodes de lecture, confirme cette orientation : « dans la méthode dite du sablier, chaque phonème est illustré dans une comptine, un conte, des phrases, des mots ou des syllabes » et ajoute : « ‘ensuite à chaque phonème on fait correspondre un graphème ’»24.

Le chemin de la découverte est de type phonographique (nous pourrions presque traduire la démarche par : phono→graphique) en ce sens que le point central se situe sur le phonème. A cet effet, l’utilisation de l’alphabet phonétique international (A.P.I) permet l’association de chaque son avec ses correspondants graphiques. Elle constitue une sorte de langue intermédiaire entre une langue orale (qui n’existe pas graphiquement) et une langue écrite (difficile d’accès avec ses multiples signes alphabétiques). Raymond Toraille, citant la linguiste Hélène Huot, écrit : « ‘dans la mesure où notre écriture est avant tout phonographique, le savoir-lire dépend tout de même (qu’on le veuille ou non, et même si ce n’est pas que cela) de la connaissance maîtrisée de cette combinatoire phono-graphique’ »25. Ces deux auteurs cautionnent la démarche phonographique car elle exprime, selon eux, le fonctionnement majoritaire de la langue.

Notes
22.

VAN GRUNDERBEECK Nicole, Les difficultés en lecture, Gaêtan Morin éditeur, Levallois-Perret, 1994, 159 p, page 7.

23.

PREFONTAINE Gisèle et Robert, GIRAUD Henri, CHEVALIER Christiane et Laurent, Le Sablier 2 - de la langue orale à la langue écrite, Edition Hatier, Paris, 1973, 111 p, page 6.

24.

BELLENGER Lionel, Les méthodes de lecture, P.U.F, Que sais-je ?, 1ière édition 1978, Paris, 1995, 127 p, page 83.

25.

TORAILLE Raymond, L’apprentissage de la lecture, Edition Casteilla, Collection Istra, Paris, 1989, 159 p, page 44.