A – 6.1. Les causatives à deux formes du wolof

C'est dans cette catégorie de causatives lexicales que nous classons les causatives dérivées par –e. Nous avons vu que cet outil de dérivation n'est plus productif à l'heure actuelle dans cette langue.

Ainsi, on peut présenter les paires suivantes comme étant des causatives lexicales.

Génn : sortir génne : sortir quelque chose ou quelqu'un
Dellu : se retourner delloo : apporter quelque chose, amener quelqu'un
tasaar : être éparpillé tasaare : disperser, éparpiller quelque chose
wàcc : descendre wàcce : descendre quelque chose
tudd : se nommer tudde : nommer quelqu'un (donner un nom)
aay : être interdit aaye : interdire quelque chose


Dans notre corpus, nous avons également des causatives lexicales à deux formes plus évidentes, dans le sens où aucun phénomène de dérivation ne peut être trouvé entre les deux lexèmes verbaux.

  • dee être mort, mourir (intr.)
  • rey tuer (tr.)
‘301 bu ngeen gaawul mu dee. (Fal)
hyp. N2P se.dépêcher-nég. N3S ê.mort
si vous n'intervenez pas rapidement, il va mourir.
’ ‘302 Rey naa ko ! (Contes)
tuer P1S 3S
Je l'ai tué !’

Nous avons également trouvé un autre type de causative lexicale qui n'a pas été présenté dans les sections précédentes. Nous l'incluons dans les causatives lexicales à deux formes car il n'y a aucun procédé de dérivation identifiable ou du moins régulier et productif entre ces différentes formes. Ici, il ne s'agit pas d'une opposition entre verbe intransitif non causatif et verbe transitif causatif. Il s'agit de verbes qui sont tous causatifs, mais qui expriment différentes causations et restent transitifs.

  • lekk manger (tr.)
  • leel faire manger (tr.)
‘303 Lekkul yàpp wi. (Fal)
manger-Nég3S viande déf.
Il n'a pas mangé la viande.’ ‘304 Miskin yu bare la yélimaan jooju daan leel. (Fal)
pauvre jonc. ê.nombreux EC3S imam dém. HAB.PASSÉ faire.manger
Cet imam fait manger de nombreux pauvres.’

On retrouve les mêmes oppositions entre les formes jënd 'acheter' et jaay 'vendre', entre gis 'voir' et won 'montrer' où la seconde forme est la contrepartie causative de la première. Ce qui ne signifie pas que la première n'a pas un sens causatif. Mais dans ces paires, à la différence de lekk et leel, la seconde forme est un verbe ditransitif, on retrouve l'augmentation de la valence.

  • jënd acheter (tr.) 47
  • jaay vendre (ditr.)
‘305 dama ko jënd ag wurus. (Contes)
EVerb1S 3S acheter avec or
je l'ai acheté avec de l'or.’ ‘306 Teefankee ma jaay fas wi. (Fal)
maquignon-ESuj 1S vendre cheval déf.
C'est un maquignon qui m'a vendu ce cheval.
gis voir (tr.)
won montrer (ditr.)’ ‘307 Sëkkleen kàmb gi, kenn du ko gis guddi ! (Fal)
remblayer-imp.2P trou déf. personne E.Nég. 3S voir nuit
Remblayez le trou, on ne le voit pas la nuit !’ ‘308 Kaay ! ma won la sama dayob tool. (Fal)
venir-imp. N1S montrer 2S poss1S taille-conn. Champ
Viens ! je vais te montrer la taille de mon champ.’

Notes
47.

En tswana, par exemple, vendre s'obtient par la dérivation de acheter, reka [réká] 'acheter' – rekisa [rékísá] 'vendre', même si la dérivation n'est pas régulière dans le sens où la forme rekisa n'est pas ditransitive. (Creissels, 2001).