Cette dérivation est souvent présentée comme non productive, elle serait lexicalisée sur certains prédicats. D'après la figure 9, elle marque des situations réciproques. Les données recueillies pour cette forme atteste la fonction réciproque pour ce marqueur.
‘494 a. ñu daldi wàlbatiku foofa di fexee xeex ag ndaw sa.Les verbes pour lesquels cette dérivation offre une interprétation réciproque appartiennent à des classes lexicales particulières de heurt, de rencontre et d'actions sociales…
gis voir | gise se rencontrer |
daj rencontrer, trouver | daje se rencontrer |
tas coincer, presser contre | tase se rencontrer |
dig promettre | dige se promettre mutuellement |
nuyu saluer | nuyoo se saluer |
nangu acquiescer | nangoo se mettre d'accord |
xeex battre | xeexe se battre |
tongu avoir de la rancune | tongoo être en désaccord |
laal toucher | laale se toucher, s'affronter |
tàggu faire ses adieux | tàggoo se séparer de |
En fait, ces verbes doivent être considérés, en wolof, comme la catégorie des événements naturellement réciproques (Kemmer, 1993). Les verbes qui dénotent ces événements incluent, toutes langues confondues, les actions d'antagonismes (fight, quarrel, wrestle), les actions d'affection (kiss, embrace, make love), les actions de rencontre (meet, greet, shake hands), les actions dénotant un contact physique non intentionnel (bump into, collide), les actions de convergence physique ou de proximité (touch, join, unite, be close together), les actes d'échange (trade), de partage ou de division (share, split hunting catch), d'accord/désaccord, d'interlocution (converse, argue, gossip, correspond [via letter], et les prédicats de similitude/dissimilitude.
De ce fait, nous estimons que l'affirmation de non productivité et de lexicalisation de cette dérivation doit être revue. La faible fréquence d'utilisation de cette forme provient de différents critères. Le premier est que cette dérivation est restreinte aux prédicats qui dénotent des événements naturellement réciproques. D'après Kemmer ces événéments sont généralement assez nombreux à l'intérieur d'une langue. De ce fait, une exploration plus large des données du wolof doit être envisagée.
‘“[…] investigation of this lexical domain in two-form reciprocal langages will yield a fair number of verbs of this type in each language.”(Kemmer, 1993 : 104)’Par contre, cette spécialisation de la dérivation –e aux événements naturellement réciproques est, en partie, confirmée par l'existence d'un autre marqueur également désigné comme marqueur de situations réciproques, le suffixe –ante. Dans la section suivante, nous montrons que cette dernière dérivation exprime également la réciprocité et que les données du wolof et les informations typologiques sur le marquage de la réciprocité permettent d'expliquer l'existence dans cette langue de deux marqueurs spécialisés dans une même fonction réciproque.