2-2 : La fusion gémellaire au niveau du langage.

L’intimité gémellaire est tout particulièrement renforcée par la pratique d’un langage privé, l’éolien. Il s’agit d’un langage secret, inventé par les jumeaux et qui ne peut être communiqué qu’intuitivement. Ce langage du silence, où la sensibilité se partage immédiatement, suppose un fond commun identique : «‘Dans l’éolien, ’ ‘l’accident c’est le mot, l’essentiel, c’est le silence’ (M, 181)». En communiquant avec des mots inventés ou des vocables flous, les jumeaux renforcent leur intimité, tout en réalisant le rêve de tout homme qui veut se faire comprendre en silence, par une communication directe, secrète, sans parole.

Dans ce langage, rien n’est précis, comme si les jumeaux voulaient ne pas vraiment distinguer les différents éléments, et par là refuser de les mesurer, de les encadrer et de les différencier, de telle sorte que «‘Peter désignait tel ou tel de nos frères et soeurs, soit l’ensemble qu’ils forment vis à vis de nous’ (M, 181) «. Françoise Merllié126 signale que ce refus de distinction est un refus de l’individualisation, évitant la coupure entre les élémentsSi ce langage traduit cette tendance des jumeaux à ne pas différencier les éléments, il montre aussi leur indifférence envers le monde qui les entoure. Car ignorer la différence des choses, c’est ne pas leur donner d’importance, et les placer dans le chaos de la confusion. Cette communication absolue sans recours à la parole exclut radicalementle monde extérieur. Par ailleurs, ce qui est important pour les jumeaux, c’est la manière dont ils se comprennent, une manière absolue qui exclut les autres, comme l’affirme Paul : «‘C’est un dialogue absolu, parce que impossible à faire partager à un tiers, dialogue de silence, non de parole (’M, 183)». Nous pouvons constater que ce dialogue intime des jumeaux est proche de la rêverie du « non-langage » deRousseau127. Cette forme de langage illustre l’intimité gémellaire qui refuse autrui, et la volonté des jumeaux de maintenir une relation narcissique où l’amour de l’autre ramène à l’amour de soi. Ce langage des jumeaux qui les protège de l’extérieur a un caractère d’autosuffisance, mais constitue également une barrière pour l’ouverture au monde. Zazzo signale que la pratique de ce langage secret, dénommé «cryptophasie», qui est très fréquente chez les jumeaux, peut entraîner un retard linguistique :

‘C’est un langage très fruste, très émotionnel, sans syntaxe, prisonnier de l’instant présent. (...). Mais la cryptophasie a pour conséquence de retarder l’apparition du langage socialisé128.’

Outre l’expression du narcissisme des jumeaux, le langage secret dans Les Météores revêt une dimension plus originale et plus profonde. D’abord, il traduit l’obsession du fantasme de l’origine de l’auteur qui revient plusieurs fois, tantôt poétiquement, tantôt fantastiquement. Il suggère également le but du voyage de Paul qui recherche une langue gémellaire qui sera à la fois communication et communion.

La cryptophasie exprime l’utopie de l’écrivain129 qui désire une communication directe sans la médiation de la parole130, sans le langage normatif quireprésente une idée par l’intermédiaire d’un code. La transparence entre intérieur et extérieur que vise le langage poétique semble apparaître dans la description suivante, où le silence et la musique remplacent la parole humaine pour mieux exprimer la sensibilité intime :

‘Edouard avait été frappé, comme tous ceux qui approchaient Jean et Paul, par l’éolien, cette cryptophasie par laquelle ils communiquaient secrètement entre eux au milieu des voix sans secret de leur entourage. Or, il se souvenait maintenant que, dans le Roméo et Juliette de Berlioz, les circonstances extérieures du drame sont seules exprimées par les choeurs, en paroles humaines, tandis que les sentiments intimes des deux fiancés ne sont évoqués que par la musique instrumentale (M, 319).’

Ce rêve d’une communication totale, qui permet également la communion entre moi et autre, rappelle l’identification complète entre sujet et objet ressentie par Robinson. Cette reprise confirme l’obsession de l’écrivain qui s’interroge sur l’emploi du langage fonctionnel qui limite le sens. Elle semble traduire sa recherche constante du pouvoir symbolique plus créatif et plus nutritif du langage qui permettrait d’unir l’élan de l’intérieur et de l’extérieur, de moi et du monde.

Dans Les Météores, cette utopie de langage ramène très naturellement au fantasme sur l’origine. Le lien entre le langage des jumeaux et celui de la création s’établit par la structure embryonnaire de l’éolien qui refuse la logique générale des concepts. Paul l’explique :

‘L’éolien, ignorant à la fois la généralité du concept abstrait et la richesse des termes concrets, n’était qu’un embryon de langue, une langue telle qu’en parlent peut-être des hommes très primitifs, d’un psychisme sommaire (M, 182)».’

Par ce caractère intuitif, non structuré, la langue éolienne rappelle immédiatement celle des enfants au début de leur apprentissage de la langue maternelle, et l’origine de la langue. Paul poursuit sa réflexion en situant la langue éolienne des jumeaux au même niveau que le mutisme bestial, considérant que les deux ont une affinité avec le silence divin, ce qui permet de faire évoluer le langage éolien vers le langage divin silencieux où abondent les significations :

‘La parole humaine se situe à mi-chemin du mutisme des bêtes et du silence des dieux. Mais entre ce mutisme et ce silence, il existe peut-être une affinité, voire une promesse de l’évolution que l’irruption de la parole oblitère à tout jamais. Le mutisme bestial du petit enfant s’épanouirait peut-être en silence divin si son apprentissage du tumulte social ne l’embarquait pas irrémédiablement dans une autre voie. Parce que nous étions deux à le partager, ce mutisme originel possédait des chances d’épanouissement exceptionnelles, fabuleuses, divines. Nous l’avons laissé mûrir entre nous, il a grandi avec nous. Qu’en serait-il advenu sans la trahison de Jean, sans la double amputation ? (...) Je cherche à retrouver, mieux, à porter à une perfection plus grande que celle déjà éblouissante qu’il avait atteinte le jour maudit (M, 184).’

Cette réflexion cherche la trace de la langue originelle dans le mutisme des bêtes et des enfants, et établit également le but du voyage de Paul. Il s’agit de retrouver le langage du silence de son enfance, chargé de significations et de le « porter à une perfection plus grande ». Nous verrons que Paul entrevoit une possibilité de réalisation de son entreprise en Islande, avec la Pentecôte. Il s’agira d’élever ce langage des jumeaux à celui universel, au prix de l’abandon des retrouvailles réelles avec son frère. Pour mieux comprendre cette démarche, il faut analyser la réflexion de soeur Béatrice et de Thomas Koussek sur la langue originelle et sur la Pentecôte qui constituent en quelque sorte le modèle d’évolution de Paul.

D’abord, soeur Béatrice introduit le fantasme de l’origine de la langue avec les «innocents», enfants débiles des Pierres Sonnantes. Car ces enfants handicapés mentaux ne parlent pas sinon une «‘langue fossile demeurée vivante par une anomalie analogue à celle qui a conservé vivant l’ornithorynque tasmanien ’(M, 61)». Soeur Béatrice qui soigne ces enfants malades nous laisse entrevoir la liaison entre les débiles-innocents et les jumeaux-monstres, car ils sont tous «en quelque sorte originels», par le fait qu’ils ignorent «‘la duplicité et les fausses valeurs de la vie sociale ’(M, 56)». Selon elle, les enfants débiles sont plus proches de Dieu et des anges que les autres humains et leur langage se rapproche d’une «‘langue originelle, celle que parlaient entre eux, au paradis terrestre, Adam, Eve, le Serpent et Jéhovah’ (M, 61)». Cette idée obsédante de l’origine revient sous l’écriture d’Alexandre, qui veille auprès de Daniel endormi et s’interroge sur les paroles indistinctes qui lui échappent parfois dans son sommeil : «‘elles appartenaient à une langue secrète et universelle à la fois, langue fossile que parlaient tous les hommes avant la civilisation’ (M, 297)».

A partir de cette réflexion qui se rapproche de celle de Paul, soeur Béatrice suppose que les enfants débiles appartiennent à un autre monde, mais sont rejetés sur la terre comme Adam et Eve qui ont été chassés du Paradis. Et si nous ne comprenons pas leur langage, c’est parce que ‘« nos oreilles se sont fermées à cet idiome sacré en vertu d’une dégénérescence commencée par la perte du Paradis, couronnée par la grande confusion de la tour de Babel’ (M, 62) ». C’est pourquoi les enfants débiles souffrent de leur infirmité qui est «‘leur solitude, leur incapacité à nouer avec autrui ’(M, 54)». Elle rêve d’un miracle de Pentecôte qui rétablirait ce malentendu, en libérant les enfants débiles de leur solitude. Cette solitude des enfants débiles suggère celle de Paul après le départ de Jean. De même, le miracle de Pentecôte des « Innocents », qui dénouerait la paralysie linguistique des enfants débiles pour vaincre leur solitude, offre un modèle d’évolution à Paul qui, après avoir perdu son unique interlocuteur, reste enfermé dans le langage intime des jumeaux.

Ce rêve de la langue originelle revêt une dimension plus spirituelle avec Thomas Koussek, ami d’Alexandre qui propose d’atteindre la spiritualité du langage divin par le dépassement de la dimension charnelle. Par là, il établit une liaison plus profonde entre le langage des jumeaux etle voyage initiatique de Paul. En ce sens, le récit de Thomas Koussek qui contient le déroulement et le sens final du voyage de Paul, et qui renvoie à l’ensemble des Météores, forme une sorte de mise en abyme utilisée fréquemment chez Tournier.

Thomas, lors de retrouvailles avec Alexandre, explique son évolution spirituelle. D’abord, jeune homme, il est fasciné par le Christ et par son corps souffrant et torturé. A ce stade, Thomas a cherché une communion charnelle avec le Christ et a été inspiré par Saint Thomas qui a exigé de mettre ses doigts dans les plaies du corps du Christ pour croire à la résurrection. Thomas, qui voyait dans cet épisode de Saint Thomas, la preuve d’une expérience mystique «‘d’une communion charnelle, d’une pénétration de son corps dans le corps du Bien-Aimé (’M, 151)», finit par considérer Saint Thomas comme le jumeau du Christ. Cette réflexion vient d’abord du surnom de Thomas, « Didyme » qui signifie «du grec, didumos, jumeau (M, 151)» :

‘Peu à peu, une idée audacieuse (...) s’est imposée à mon esprit : ce frère jumeau de Thomas, il n’en était jamais fait mention parce que c’était Jésus lui-même. Thomas n’était donc pas un frère jumeau déparié, mais le Jumeau Absolu, celui dont le pareil ne doit être cherché nulle part ailleurs qu’en Dieu (M, 152).’

Obsédé par cette idée, Thomas Koussek sombre de plus en plus profondément dans une fixation sur le corps du Christ, et fait preuve d’un étrange mimétisme : cheveux longs, barbe blonde, douceur, etc. Ainsi, devenant lui-même le « didysme » du Christ, il fait éclater le scandale, surtout quand il commence à présenter les premières traces des saints stigmates. Envoyé au monastère du Paraclet131, «‘église orientale au sein de l’Eglise catholique’», il est reçu comme un fils par le père Théodore.

L’enseignement donné par le père Théodore marque l’évolution de Thomas vers le spiritualisme. Car il a appris que la fixation sur le corps du Christ, qui correspond à une fixation névrotique des profanes arrivés à un certain stade d’évolution, doit «‘être dépassée vers un autre état plus proche de la maturité ’(M, 153)». Pour aborder cette nouvelle étape, il introduit sa réflexion sur les trois étapes du christianisme qui correspondent à chaque évangile. Selon lui, l’Ancien Testament correspond à l’époque du Père où l’on n’entend que sa voix solitaire, et le Nouveau Testament est celui du Fils auquel l’Eglise occidentale est désespérément attachée, au point d’être christocentriste, voire christomonoiste. Pour dépasser ce stade d’attachement au Christ, il faut accepter que «‘le Christ est mort parce que sa mission était terminée, et cette mission consistait à préparer la descente du Saint Esprit parmi les hommes’ (M, 154)». Le troisième Testament, les Actes des Apôtres, ouvre alors une ultime étape, celle de la venue du l’Esprit-Saint. En insistant sur la primauté de l’Esprit, Thomas considère que Jésus « ‘n’était lui-même que le précurseur de l’Esprit-Saint’ » et qu’il fallait d’abord que ‘« le Verbe assumât la Chair pour qu’ensuite nous puissions recevoir l’Esprit-Saint’ (M, 155) ». C’est pourquoi le jour de la Pentecôte, où les apôtres ont reçu l’Esprit-Saint et ont parlé la langue universelle comprise par tous, prend la plus haute valeur pour lui. Cette langue universelle des apôtres rétablit la langue profonde, « ‘le logos divin dont les mots sont les semences des choses’ », car ‘« ce logos exprime le fond commun de l’être et de l’humanité’ (M, 159) ».

La langue universelle rêvée par Thomas, grâce au miracle de la Pentecôte, va faire écho à l’éolien des jumeaux. Paul, pendant son voyage en Islande, entrevoit une possibilité d’élever le langage des jumeaux au rang de celui des apôtres. Mais, cette élévation n’est réalisable qu’au prix du renoncement aux retrouvailles avec son frère :

‘Mais quid de la cryptophasie dépariée ? Parce qu’il a perdu son frère-pareil, le cryptophone sera-t-il réduit à l’alternative du silence absolu ou du langage défectueux des sans-pareil ? En vérité je suis soutenu par un espoir invérifiable, mais je m’effondrerais s’il venait à être déçu. Cet espoir, c’est que la fausse ubiquité à laquelle me condamne la fuite de Jean aboutira--si mon frère-pareil demeure définitivement introuvable-- à quelque chose d’inouï, d’inconcevable, mais qu’il faudrait appeler une ubiquité vraie. De même cette cryptophasie rendue vaine par la perte de mon unique interlocuteur débouchera peut-être sur un langage universel, analogue à celui dont la Pentecôte dota les apôtres (M, 512).’

En reliant sa propre évolution spirituelle à celle du christianisme, Thomas insiste sur l’importance de chaque étape de l’évangile : Verbe (Père), Chair (Fils) et Esprit. Il souligne par là l’importance du passage du corps de Christ comme une étape nécessaire pour que l’Esprit prenne de la substance humaine ‘«sa couleur, sa chaleur et sa douceur» : «l’Esprit avant de devenir la lumière doit se faire chaleur. Alors il atteint son plus haut degré de rayonnement et de pénétration’ (M, 161) ». La nécessité de ces trois dimensions est d’ailleurs comparée à la cohabitation de trois sphères :

‘En vérité tout est sacré. Vouloir distinguer parmi les choses un domaine profane et matériel au-dessus duquel planerait le monde sacré, c’est simplement avouer une certaine cécité et en cerner les limites. Le ciel mathématique des astronomes est sacré parce que c’est le lieu du Père. La terre des hommes est sacrée, parce que c’est le lieu du Fils. Entre les deux, le ciel brouillé et imprévisible de la météorologie est le lieu de l’Esprit et fait lien entre le ciel paternel et la terre filiale. C’est une sphère vivante et bruissante qui enveloppe la terre comme un manchon plein d’humeurs et de tourbillons, et ce manchon est esprit, semence et parole (M, 158).’

Cette réflexion de Thomas tisse la résonance textuelle, car elle correspond à celle exprimée par Paul au sujet des deux temps opposés, le temps météorologique et le temps chronologique, qui sont mis en relation avec deux ciels, deux « ‘niveaux célestes superposés et antithétiques’ (M, 447) » :

La troposphère –ou sphère de trouble—(...), champs des perturbations, chaos humide et venteux, cohue imprévisible d’interactions et d’intempéries, est dominée par un olympe serein dont les révolutions sont réglées comme un cadran solaire, sphère astrale éternelle, monde sidéral inaltérable (M, 448). ’

La réunion de ces deux temps et de ces deux ciels que tente le roman à travers le voyage de Paul est ainsi suggérée dans la réflexion de Thomas. La résonance thématique est encore plus explicite à travers le modèle d’évolution de Thomas qui annonce en quelque sorte le voyage de Paul, le dépassement de la fixation sur le corps du Bien-Aimé pour atteindre l’universalité de l’Esprit-Saint, considérée comme un langage concret et vivant qui exprime le fond commun de tout être. La poursuite de Paul aux trousses de son unique interlocuteur, témoigne de son désir de retrouver le langage fusionnel par la présence corporelle de l’autre, et marque une ressemblance avec la communion charnelle de Thomas avec le Christ. Le dépassement de cette étape corporelle et la réalisation d’une langue universelle interviendront à mesure que Paul avancera dans l’espace symbolique du voyage. Nous retiendrons la description de la dernière étape atteinte par Thomas, qui accentue la ressemblance des deux aventures :

‘Cette gémellité dépariée dont je souffrais comme d’une amputation, je l’avais reportée sur Jésus (...). Mais il ne fallait pas demeurer prisonnier du corps du Crucifié. Il appartenait au Père Théodore de m’ouvrir à la tempête de l’Esprit. (...). Ce qui demeurait le prisonnier du corps du Christ a éclaté et s’est répandu jusqu’aux confins de la terre. Le fond commun que je ne trouvais qu’en Jésus, s’est découvert à moi en chaque homme vivant. Ma didymie est devenue universelle. Le jumeau déparié est mort, et un frère des hommes est né à sa place (M, 160).’

Ainsi, la cryptophasie, ce langage secret et intime des jumeaux contient une dimension plus symbolique, grâce à la dimension religieuse de Thomas, mise en parallèle à l’aventure de Paul. La langue universelle et originelle rêvée par soeur Béatrice, Thomas, et Paul donne une densité au roman, tout en introduisant le fantasme de l’origine avant la séparation. L’imaginaire romanesque de Tournier laisse son empreinte dans la création du mot «éolien» qui désigne le langage du vent «ruah, spiritus», mot évocateur par rapport aux «météores» qui renvoient à la fois à la réalité cosmique des jumeaux et au titre du roman.

Nous avons vérifié le caractère narcissique du double identique dans la figure des jumeaux qui exprime puissamment la nostalgie d’un monde symbiose. La relation gémellaire fournit un modèle idéal aux différents couples du roman, par son caractère sécurisant où moi et autre fusionnent, effaçant l’altérité et protégeant de la solitude et de l’agression extérieure.

Notes
126.

Françoise Merllié, Michel Tournier, Les dossiers Belfond, 1988, p. 43.

127.

Jean Starobinski signale que la rêverie du « non langage » de Rousseau exprime la nostalgie d’une plénitude où “le langage n’est pas encore un agent de division. Il autorise la communication expressive du sentiment et la pleine compréhension réciproque”, in Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l’obstacle, Paris, Gallimard, 1971, p. 374.

128.

R. Zazzo, Le paradoxe des jumeaux, op, cit., p. 60.

129.

Signalons sur ce point l’article de Jacques Chabot, (“Un frère jumeau du monde, Michel Tournier”, Revue Etudes, juillet 1976) qui montre le rapport entre le langage des jumeaux et celui des poètes : “La cryptophasie, c’est la face silencieuse des mots tournée vers l’au-delà (ou l’en-deçà) de la simple dénotation, vers un espace intérieur de silence et de mort où tout (et pas seulement le sens des mots) signifie et symbolise la relation intime (la gémellité) du poète et du monde dans sa parole propre”.

130.

Ce rêve d’une communication transparente et totale dans un silence intime rappelle le rêve de Rousseau pour qui le langage nostalgique de l’âge d’or permet la communication immédiate de l’âme et du coeur.

131.

Tournier avait initialement prévu de donner le titre Le Vent Paraclet aux Météores dans le but de «resacralisation des phénomènes célestes par une fusion de la théologie et de la météorologie (VP, 260) ». Il signale que cela devait permettre « la construction d’une théologie éolienne ».