(1) : Edouard-Maria-Barbara : la quête d’un double fraternel dans l’amour conjugal.

Le couple conventionnel que forment Edouard et Maria-Barbara est basé sur la fraternité et la similitude physique. Déjà, leur ressemblance physique frappe les invités de leur mariage qui s’exclament : «‘comme ils se ressemblent ! On dirait le frère et la soeur !’». Même le mariage leur paraît être une union de la fraternité 133 :

‘Le mariage ne créait-il pas une sorte de parenté entre les époux, et puisqu’il s’agissait de deux êtres appartenant à la même génération, cette parenté n’était-elle pas analogue à celle qui unit un frère et une soeur ? Et si le mariage entre frère et soeur réels est interdit, n’est-ce pas justement parce qu’il est absurde de prétendre créer par institution et sacrement ce qui existe déjà en fait ? (M, 316) ’

Les Météores semblent faire l’éloge de cette union fraternelle qui échappe à l’altérité. L’évocation de Roméo et Juliette durant le voyage de noces d’Edouard et de Maria-Barbara rejoint encore l’idéal de l’amour fraternel, proche de l’amour gémellaire qui est le garant de l’éternité :

‘Roméo et Juliette eux aussi étaient fort dissemblables si l’on voulait bien détailler leur visage et leur silhouette, mais ils se rapprochaient par une affinité profonde, une ressemblance secrète qui imposait le soupçon qu’ils fussent frère et soeur. En somme, un couple lié par une passion absolue, immuable, inaltérable, suspendue dans un éternel présent revêt forcément la forme fraternelle (M, 317-318).’

Contrairement à Roméo et Juliette, la relation fraternelle que le couple a entrevue ne les conduira pas à l’éternité. Car l’attente d’un enfant les place dans la condition du couple conjugal voué à la procréation et au temps linéaire, et par conséquent à la mort. Ici, l’oeuvre semble proposer une solution pour sauvegarder l’amour éternel : celle de rester stérile, en maintenant la relation fraternelle. Ce point de vue reproduit celui de Paul qui déclare la supériorité du couple gémellaire qui refuse la dialectique du temps, et par là acquiert l’éternité. Le couple Ralph-Deborah partagera le même rêve.

Notes
133.

On sait dans ce passage l’évocation de l’amour incestueux entre Ulrich et Agathe de Musil dans L’Homme sans qualité.