(2) : Ralph et Deborah : la quête d’un double identique dans l’amour conjugal.

Ralph et Deborah forment un couple selon le modèle gémellaire, poussé à l’extrême. La quête du double joue plus profondément dans ce couple qui cherche une affinité plus forte qu’une simple ressemblance physique. En s’aimant trop, ils construisent leur nid sur une île déserte et s’enferment dans un «oeuf de marbre (M, 490)». Dans leur couple, l’identité de chacun s’estompe pour pouvoir exister dans la fusion de l’Un, en refusant tous les facteurs de troubles qui peuvent venir du monde extérieur. C’est sans doute leur enferment total qui sera la première cause de leur défaite. Car la clôture qu’ils ont construit autour d’eux est un refus total de l’altérité. C’est pourquoi en perdant Deborah, Ralph ne vit plus, sinon dans son souvenir. L’autre cause de tragédie de leur amour se trouve, selon Paul, dans leur volonté de refuser la condition du couple normal, c’est à dire le temps dialectique, et de construire artificiellement la gémellité alors qu’elle ne leur est pas destinée :

‘Différents par le sexe, l’âge et la nationalité, Ralph et Deborah n’ont pas voulu de l’union normale, temporelle, dialectique qui se serait épanouie et épuisée dans une famille, des enfants, des petits-enfants. Le fantôme gémellaire qui hante plus ou moins tous les couples sans-pareil a poussé celui-là à des extrémités assez rares. Il l’a stérilisé et expédié dans le désert (M, 486). ’

D’ailleurs, le besoin que ce couple éprouve d’adopter une petite fille, Hamida, et de la transformer plus tard en maîtresse de Ralph, en raison de l’âge avancée de Deborah, ne prouve-t-il pas la limite de ce rêve de l’amour éternel qui veut fuir le temps ?

Dans ces deux exemples du couple hétérosexuel dans Les Météores, la quête du double dans le couple traditionnel est vouée à l’échec, comme si l’oeuvre dénonçait l’impossibilité d’un amour fraternel et d’un amour éternel dans un couple à cause du temps dialectique et de la procréation qu’il implique.