I : Le modèle d’androgyne et l’inégalité entre homme et femme.

L’interrogation sur la sexualité occupe une très grande place non seulement dans l’oeuvre de Tournier, mais dans la littérature en général, tant en occident qu’en orient. La sexualité dite normale, qui est le gardien de la reproduction de l’espèce humaine, est critiquée dans de nombreuse oeuvres, dans des pays différents. Cependant, la manière dont Tournier pose la question de la sexualité, qui avance l’inégalité du sexe féminin et qui présente la sexualité non génitale comme moyen d’échapper à la sexualité, peut intriguer et diviser le lecteur en deux mouvements de doute et d’acceptation.

Avant tout, le refus de la reproduction est celui de la paternité, et par là celui de la masculinité. Plus que la virilité, ce rejet de l’enfantement entraîne le désaveu de la masculinité propre et il met en cause sa nature. En effet, dans l’oeuvre de Tournier, les notions établies de masculinité et de féminité posent problème et deviennent la cause de toute la recherche d’identité sexuelle. Le cas de Tupik est exemplaire, car ce petit garçon, fasciné par le monde féminin, doux et parfumé que sa mère représente, refuse tout l’univers masculin qu’il juge sale et brutal. Il déteste ainsi le contact raide de la joue de son père, d’où vient son surnom «tu-piques». En découvrant par la suite qu’il sera lui aussi «quelqu’un qui pique» à l’image de son père, il se castre pour pouvoir rester dans un monde féminin. Cette histoire bien négative résume le refus de la division en deux mondes, celui de la masculinité et celui de la féminité. Les autres héros de Tournier rencontrent aussi ce problème et leurs modes de résolution, bien quedifférents de celui de Tupik, montrent pourtant l’importance de cette séparation des deux mondes qui s’excluent l’un l’autre.