2 : L’image de la Mère androgyne.

L’image de la mère est omniprésente dans l’oeuvre de Tournier : qu’elle soit enfouie ou explicite, elle exerce, par son caractère androgyne, une grande attirance sur les héros tourniériens. L’amour des jumeaux Jean et Paul, l’homosexualité d’Alexandre, la sexualité avec l’île de Robinson, la phorie de Tiffauges, paraissent en effet directement ou indirectement liés à l’image de la mère. En ce sens, nous pouvons dire que toute la quête de la sexualité masculine de Tournier semble se référer à la mère, ou au moins à l’image de la mère.

L’image de la mère revêt dans l’oeuvre de Tournier un sens plus profond sur le plan mythique. Incarnant la Terre-mère, elle est directement liée à la nature et au mythe du paradis perdu. Le retour à la nature explicite des premiers romans de Tournier se réfère donc à cette image mythique de la nature-mère qui est une structure fondamentale du romantisme et du rousseauisme. L’union avec la terre-mère de Robinson, de même que l’enfoncement dans la terre prussienne de Tiffauges, peuvent être interprétés comme la fusion avec la nature permettant de surmonter la séparation et la distance avec l’origine. Cette image de la mère fonctionne donc sur les deux plans : plan individuel qui désire la fusion régressive avec la mère et plan cosmique qui recherche une fusion avec l’UN originel.