1-3 : Le désir de la fusion et la phorie.

Le deuxième trait caractéristique de Tiffauges réside dans son désir d’une fusion complète. Nous avons vu que la blessure narcissique donne naissance chez Tiffauges aux figures mythiques de grandeur, et pouvons relever un phénomène similaire sur le plan existentiel. Pour remédier à sa condition solitaire et séparée, Tiffauges invoque la figure mythique d’Adam androgyne qui représente la plénitude originelle permettant de transcender non seulement la solitude et la séparation, mais aussi le temps humain : ‘«(...)une vie surhumaine, placée par sa plénitude même au-dessus des vicissitudes du temps et du vieillissement ’(RA, 35)». L’unité brisée de l’Adam androgyne signifie l’absence de plénitude et le désir de combler ce manque se manifeste tout d’abord dans l’acte de manger, qualifié comme une communion avec l’objet consommé, puis dans l’acte de porter un enfant qui se veut être l’expression d’une fusion heureuse entre enfant et adulte. Ces deux actes fondamentaux pour Tiffauges basculent constamment entre la volonté de possession de l’objet aimé par la violence et le désir de communion avec l’autre par dissolution de soi dans l’autre. Les modèles mythiques et légendaires que Tiffauges collectionne pour tenter de satisfaire son désir montreront l’ambivalence de ces aspirations.