2 : Le jeu vertical.

Il y a un niveau ordurier dans chacun de mes romans : la souille dans Vendredi, la défécation dans Le Roi des Aulnes, les ordures ménagères dans Les Météores. Ensuite on décolle et on va au ciel. Rien de tel, il est vrai, que l’ordure pour lester le mythe et l’obliger à toucher terre. J’obéis à une esthétique du merveilleux sordide248.

Cette parole de Tournier qui caractérise son art en terme d’association des contraires, tels «merveilleux et sordide», est l’image clé pour aborder son jeu réversible dans la verticalité. Car ce jeu se déploie en grande partie dans le mariage du sublime et du profane, du beau et de la laideur, du ciel et de l’enfer, ce qui engendre la relativité des valeurs, mais aussi parfois l’humour et le grotesque. Ces effets et leurs modalités de mise en oeuvre qui animent le mouvement subversif de l’écriture de Tournier permettent de rapprocher son oeuvre de l’art baroque, et surtout de l’esthétique du carnaval et du grotesque.

Notes
248.

“Dix-huit questions à M. Tournier”, Le Magazine Littéraire, N°138, p. 12.