a) Riche et pécheur

Dans les divers recueils de distinctions, la richesse se divise en trois catégories : temporelle, spirituelle et éternelle, mais seule la première est considérée comme un danger qui attire vers le péché. 1045 On retrouve une idée similaire chez  Hugues de Saint-Cher, quand il insiste sur les différents dangers d’être riche : en effet, l’amour des biens temporels est à l’origine de nombreuses peines spirituelles.

Le riche subit un appauvrissement spirituel, déclare l'auteur, car les biens temporels le font détourner de la contemplation du Seigneur en lui infligeant des préoccupations mondaines. 1046 Dans le sermon Afferebant ei paralyticum (Mt. IX. 2), Hugues explique que si le pécheur demeure dans le vice, c’est en partie dû aux biens temporels. L’auteur se sert d’une image expressive en comparant le paralytique du passage évangélique au pécheur qui est incapable de quitter son lit - c’est-à-dire ses vices - à cause de l’abondance des biens temporels. 1047 Hugues utilise également une autre image dans le sermon Exiit qui seminat (Lc. VIII. 5), où il compare le souci des biens temporels aux épines qui étouffent le grain de la parole de Dieu. 1048 De même, dans une distinction qui nous servira de fil directeur pour exposer les péchés associés à la richesse, Hugues recense les effets négatifs de la richesse qui “embourbe, appauvrit spirituellement, occupe l'esprit, rend orgueilleux, donne la peur et mène à la damnation éternelle ”. 1049

Enfin, l'auteur déclare que - à la différence des avares - les disciples du Seigneur abandonnent les biens temporels qui occupent l'esprit humain. 1050

Le moyen le plus sûr d’éviter la dépendance envers la richesse est de ne pas en posséder. C'est l'idée essentielle que Hugues expose dans le sermon Reddite que sunt Cesaris (Mt. XXII. 21): “ Si tu ne veux pas être assujetti à César, garde-toi de posséder  les biens de ce monde. Si tu possèdes une richesse, tu es soumis à César. Si tu souhaites ne rien devoir au roi de ce monde (terreno regi), abandonne tous tes biens et suis Jésus. Car personne ne peut être à Dieu, s’il n’abandonne pas d’abord le monde, s’il n’abandonne à César tout ce qui est à César ”. 1051

En réalité, non seulement le riche occupe son esprit en se souciant des biens temporels, mais plus grave encore, il y met tout son cœur et aime ces temporalia. En effet, le principal défaut des riches est l’attachement exagéré aux biens matériels, attitude qui transforme les princes en tyrans, les chevaliers en pilleurs, les marchands en fraudeurs et en usuriers, les juges en injustes, les prêtres en simoniaques, les religieux en possesseurs de biens et les pauvres en voleurs. 1052 Or, cet amour des choses matérielles se mue souvent en avarice, un des péchés les plus fustigés de l’époque. Dans le sermon Relictis omnibus (Lc; V. 11), Hugues de Saint-Cher recense - sous forme d'une distinction - les quatre raisons pour lesquelles les avares aiment leur richesse : ceux-là n’approuvent pas la vraie pauvreté, aiment toujours l’oisiveté, regardent la faute des autres, enfin désirent l’enrichissement de leur parenté. 1053

Le premier des péchés inhérent à la richesse et qui se réfère à son origine est le vol. Dans sa Summa de abstinentia, Nicolas de Biard affirme que la richesse salit ceux qui la touchent et il est difficile de l’acquérir sans risquer de voler, de mentir ou de frauder. 1054 Dans le même ordre d’idée, Hugues de Saint-Cher affirme que les biens du riche ne lui appartiennent pas car ils proviennent de la rapine, de l’usure ou du vol. Le riche qui est à la fois usurier et voleur est comparé à la bête de somme embourbée dans la vase et que l'on ne peut retirer de la boue qu’avec difficulté. 1055 De même, dans l’homélie Redde quod debes  (Mt. XVIII. 28), l’auteur rappelle que les gens accumulent leurs biens temporels par la rapine et la fraude. 1056

Dans les sermons des dimanches de Hugues de Saint-Cher, la richesse est souvent associée à l’orgueil. Le groupe social le plus exposé au péché de l’orgueil est la noblesse, fière de sa lignée. Envers cette noblesse, Hugues adopte une attitude méfiante et conformément à la position de son Ordre, il prône une certaine égalité des hommes par la naissance. Ainsi, dans le sermon Cecus quidam sedebat (Lc. XVIII. 35) Hugues écrit que les nobles sont quasiment aveuglés par l’orgueil, pourtant ils devraient considérer les circonstances - peu glorieuses - de leur naissance, ainsi que leur vile nature et la mort. 1057 De même, dans le sermon Est puer unus hic (Io. VI. 9) Hugues reprend le sujet de la pauvreté ab utero en affirmant que personne ne devrait tirer gloire de sa naissance, car “ même le fils d’un roi vient au monde nu, et non pas dans le rire mais dans les pleurs ”. 1058 Notons ici que si Hugues fustige l’orgueil issu d’une noble naissance, il accepte tout naturellement que les gens soient soumis à leurs seigneurs. Il déclare qu’on doit au seigneur de ce monde (domino terreno) l’honneur, la soumission et des biens temporels. 1059

Parmi les péchés associés à la richesse revient souvent la vaine gloire. Tout comme  l’orgueil, ce vice appartient surtout à la noblesse fière de son origine. La vanité et la vaine gloire de la noblesse se traduisent en premier lieu par le port de vêtements précieux. Nous avons vu dans le sermon Homo quidam erat dives (Lc. XVI. 19) que Hugues dénonçait les hommes - et surtout les femmes ! - qui tirent gloire de leurs vêtements superflus et précieux. 1060 Dans un autre sermon (Quid existis in desertum videre? Mt. XI. 7) il reproche aux chevaliers de se vêtir d’habits délicats. 1061 Les avares adorent à la fois Dieu et Mammon, déclare Hugues, et il leur suffit que les gens disent «Qu’est-ce qu’il a bien marié ses filles !» ou «Qu’elle est belle, sa maison !». 1062

Notons ici que les chevaliers (milites) constituent une catégorie spéciale à l’intérieur du groupe des riches. Cette catégorie de la noblesse est rarement spécifiée dans les sermons et pour déceler la position de Hugues à son sujet il nous faut recourir aux Postilles. Ici, l’auteur expose les péchés typiques des chevaliers qui oppriment les pauvres, font de fausses accusations et commettent des exactions. 1063

Les riches sont donc perpétuellement exposés au danger de commettre un péché et ce péril est intrinsèque à leur statut social. Leur richesse tend à les mener à la damnation éternelle, mais leur âme peut être sauvée à certaines conditions. Dans une distinction, Hugues montre l'issue possible pour les riches : “ on peut servir Dieu et posséder des richesses, pourvu que l’on n’y mette point son cœur (voir supra), que l’on en prête gratuitement, que l’on en donne aux pauvres et que l’on s’en serve pour  pourvoir aux besoins du corps. 1064 Parmi ces qualités requises du riche, la plus importante est le don des biens aux pauvres : l’aumône.En effet, dans le sermon Exi in vias (Lc. XIV. 23),  Hugues explique en paraphrasant un passage paulinien (II. Cor. VIII. 14), qu’un des moyens d’accéder au Royaume des Cieux est de l’acheter aux pauvres. Selon cette idée, les riches doivent donner une partie de leurs biens aux nécessiteux pour tendre vers l’égalité : l’abondance matérielle des riches complète l’indigence des pauvres, et l’indigence des riches au niveau des mérites sera complété par l’abondance des pauvres, ainsi l’égalité sera faite car les deux parties auront des mérites. 1065 Néanmoins, l'avarice empêche à tout moment les riches d'offrir l'aumône aux pauvres. Hugues rappelle que l'avarice de ceux qui ne veulent pas écouter les pauvres rend sourds. 1066 Pour clarifier l'effet de l'avarice, l'auteur se sert d'une image expressive : il déclare que comme la tête de l'enfant doit être rasée afin que la teigne ne lui consume pas la chair, de la même manière, le surplus des biens temporels doit être distribué aux pauvres de peur qu'il n'en naisse un péché qui ensuite consumera l'âme. 1067

Notons au passage qu’à l’instar de ses contemporains, Hugues utilise souvent l’image de la main étendue comme symbole d’un acte charitable et de la largesse. Dans une distinction, il précise qu’il faut étendre la main de trois manières : en venant en aide aux pauvres, en accomplissant de bonnes actions et en  priant Dieu. 1068 Il en est ainsi dans le sermon Ascendens Iesus in naviculam (Mt. IX. 1), où l’auteur affirme que celui qui ne tend pas les mains vers les pauvres a les mains desséchées. 1069 Néanmoins, l'auteur constate que nombreux sont les puissants qui - au lieu de défendre les pauvres et de faire preuve de largesses envers eux - les oppriment quotidiennement. 1070

Si nous examinons le don de l'aumône du point de vue des pauvres, nous rencontrons la même insistance. Lorsque Hugues traite de la place des pauvres dans la société, il désigne d’emblée l’attitude pratique à adopter vis-à-vis des dépossédés : la charité et le don de l’aumône. On trouve cette méthode dans le sermon Si tetigero fimbriam (Mt. IX. 21) où l’auteur compare les justes aux vêtements de Dieu et l’extrémité de ces vêtements aux pauvres. Or, écrit-il, comme le bout d’un vêtement est la dernière partie (ultima pars), de même les pauvres sont les derniers - abjects et vils - parmi les hommes. Pourtant, l’âme pécheresse doit toucher cette extrémité en faisant l’aumône aux pauvres. 1071 C'est principalement cette dépendance des pauvres envers les riches que l'auteur exprime dans une longue distinction du  sermon Erant appropinquantes publicani (Lc. XV. 1). Ici Hugues compare les pécheurs s'approchant de Jésus aux pauvres qui côtoient les puissants afin de bénéficier de leur richesse. 1072   

Notes
1045.

On retrouve cette catégorie tripartite dans les Distinctiones de Maurice de Provins et dans celles de Nicolas de Gorran. (Jussi Hanska, “ And the Rich Man also died; and He was buried in Hell ”. The Solcial Ethos in _Mendicant Sermons, Helsinki, 1997, p. 41.)

1046.

“ Sequitur: necesse habeo exire, id est illa emitur que utinam non gratis haberetur, quia compellit exire a semita Dei sui contemplatione ad exteriorem sollicitudinem. ” (63,2)

1047.

“ Sunt autem quatuor que detinent eum in lecto suo, scilicet carnis : - Voluptas. […] - Ambitio honorum.[…] - Habundantia temporalium. […] - Sanitas corporis. ” (104,3).

1048.

“ Item. Aliud cecidit inter spinas. Per spinas corda divitum avarorum intelliguntur, ubi semen verbum Dei a sollicitudinibus et curis divitiarum tamquam a spinis suffocatur. ” (26,4).

1049.

“ Divitie enim multa faciunt mala: - Inviscant. […] - Spiritualiter depauperant. […] - Valde sollicitant. […] - Hominem inflant. […] - Timorem dant. […] - Eternaliter dampnant. ” (60,2)

1050.

«Relictis omnibus secuti sunt eum, (Luc. V. 11). Nota quod discipuli Domini reliquerunt ista temporalia: - Quia nimis sollicitant. […] - Quia timorem dant. […] Ysa. XXIII. (17), Formido, scilicet avaricie et luxurie, et laqueus, scilicet superbie, super te, per dominium, qui habitatores terre, quasi dicat: non celi. Ps. (LXXXVIII. 41), Posuerunt firmamentum eius formidinem, scilicet divitis. Gene. IIII. (6), Legitur quod posuit Deus signum, tremorem sui capitis, in Chaym, qui interpretatur possessio. […] - Quia spiritualiter depauperant. Luc. XII. (21), Qui sibi thesaurizat non est in Deum dives. Hoc bene patet in divite illo de quo Luc. XVI. (1), Homo quidam erat dives. Erat, dicit, quia modo non est, immo pauper. Ideo dicit Dominus euuangelio Mt. VI. (19), Nolite thesaurizare vobis, etc. - Quia eternaliter dampnant. Hiis quatuor rationibus reputaverunt viri sancti temporalia ista stercora, quia nos similiter ad exemplum eorum facere debemus, quod quia avari facere renuerunt.» (70,1).

1051.

“ Si non vis esse obnoxius Cesari, noli habere que sunt mundi. Si habes divitias, obnoxius es Cesari. Si vis terreno regi nichil debere, omnia tua relinque, et Christum sequere. Non enim quis potest esse Dei, nisi prius mundum relinquat, id est omnia redde que sunt Cesaris Cesari. ” (118,5).

1052.

Berthold von Regensburg, OFM, Sermones rusticanus de dominicis, cité d’après Jussi Hanska, And the Riche Man also died, op. cit. p. 64.

1053.

“ Nota quod quatuor rationibus amant avari divitias suas: - Quia paupertatem veram non approbant. […] - Quia ociositatem semper amant. [...] - Quia alterius culpam considerant. […] - Quia ditacionem parentum desiderant. ” (70,2). Nous lisons dans ce même sermon que les riches doivent avoir peur.

1054.

“ Sunt ergo divitie periculose acquirendo propter multa, quia ad peccata trahunt et inquinant tangentes, vix enim sine periculo furti vel mendacii vel doli acquiritur. ” In. L. K. Little, Religious Poverty and the Profit Economy in Medieval Europe, New York, 1983, p. 164

1055.

“ Abac. II. (6), Veh ei qui multiplicat non sua. ‚Non sua‘, dicit, quia forte ex rapina, vel ex usura, vel ex furto habuit. Iob. XXIIII. (6), Agrum non suum demetunt, etc. Item: ‚non sua‘, dicit, quia ea secum non attulit, nec ea _apportabit. I. Ad Thi. VI. (7), Nichil intulimus in hunc mundum. Item: ‚non sua‘, dicit, quia erant pauperibus eroganda. Ysa. LXIII. (7), Frange esurienti panem tuum, quasi dicat: non alienum. Sequitur. Usquequo aggravat contra se densum lutum?, (Abac. II. 6). ‚Contra‘, dicit, quia ut idem Paulo post dicit (Abac. II. 11): Lapis de pariete clamabit, contra usurarios, raptores et huiusmodi, et hoc in die iudicii, et lignum, quod inter iuncturas edificiorum est, respondebit. Iac. V. (1), Agite nunc divites, etc. Nota etiam quod dicit: ‚densum lutum‘. Temporalia enim ista densum lutum vocat, quia ut equus, vel mulus, vel asinus vix de denso luto extrahitur, ita usurarius, vel raptor, et huiusmodi cum magna difficultate de usuris suis vel rapinis extrahuntur, etc. ” (60,2).

1056.

“ Redde quod debes,(Mt. XVIII. 28). Nota quod istud potest dici de illis qui multiplicant sibi temporalia : - Per rapinam quibus imprecatur Ysa. XXXIII. (1), Veh qui predaris, etc. […] - (Per usuram.) […] - Per fraudem.” (114/a,1)

1057.

“ Quasi cecus nascitur, qui de generis nobilitate superbit. Osee IX. (11), Effraim quasi avis avolavit, quia per superbiam, gloria eorum a partu, et ab utero, et a conceptu. Yronia est quasi dicat: si considerarent quomodo concepti sunt et qualiter in utero obvoluti et qualiter ex utero nati, non haberent inde gloriarentur. Set certe, alienati sunt peccatores a vulva, erraverunt ab utero, locuti sunt falsa, (Ps. LVII. 4). Talis curatur appositione luti super oculos, id est ex consideratione proprie vilitatis ac mortis. ” (29,1). Notons qu'Alain de Lille - qui considère que les principaux défauts des riches sont l'orgueil, l'avarice et la cruauté - propose également la méditation sur la mort en tant qu'un remède contre l'orgueil des riches. (Alan. de Ins., Ars praedicandi, c. 42, ad principes et iudices, PL 210, 188 B - 189 B.)

1058.

“ Humane fragilitatis cognitio. [...] Panis iste frangendus multipliciter, scilicet ut consideremus: - Periculum quod patet quia in multis est, ut infans in utero matris causa mortis matri. […] - Paupertatem que in ortu, quia filius regis nudus nascitur et non cum risu, set cum fletu. ” (125,2).

1059.

“ Notandum quod Cesari, id est domino terreno, debent subditi tria, scilicet : - Honorem. […] - Subiectionem. […] - Temporalem, in casibus subventionem. ” (118,5).

1060.

“ Et nota quod ex superfluis vestibus et preciosis hominum, et maxime mulierum, multa mala proveniunt. Primum est quod vir inde gloriatur vel mulier. Unde: de talibus, qui nimis rubeas et delicatas habent vestes potest dici Domino id quod dictum fuit Iacob de filio suo Ioseph. Gene. XXXVII. (32), Vide utrum hoc sit tunica filii tui, an non? Ipse vero verus Iacob videns tunicam istam rubeam et pendentem superfluam et pompam mundi eiulando clamat (Gene. XXXVII. 33): Fera pessima, id est superbia, devoravit filium meum, Ioseph. ” (60,3).

1061.

“ Secundo cavendo ne sit mollibus indutus. Hoc debent cavere maxime milites. Tria enim frequenter inde mala proveniunt. - Primum est quod Christus inde spoliatur amittendo, scilicet animas. […] - Secundum est quod impudicus aspectus vulneratur. […] - Tertium est ne homo (P2: tertium est quod mulier) inde glorietur. ” (6,2)

1062.

“ Non dicit ‘Non potestis Deo servire et divitias habere’, sed ait ‘Non potestis Deo servire et Mammone’, quod faciunt avari et hoc multis de causis : - Propter inanem gloriam. [...] Sufficit avaro quod a populo dicatur : Ecce quomodo alte maritavit filias suas, ecce quod pulcras domos habet, et huiusmodi. […] - Propter gule voluptatem. […] - Propter carnis suavitatem. - Propter edificiorum preciositatem. ” (94/a,2)

1063.

“ Nota quod triplex consilium dat Iohannes militibus contra triplex peccatum eorum. Quarum primum est oppressio pauperum contra quod dicit: ‘Neminem concutiatis, qui opprimendo.’ [...] Secundum est falsi criminis impositio quod saepe faciunt praepositi, et officiales ad emungendam pecuniam a divitibus. Contra quod dicit: ‘Neque calumniam faciatis.’ [...] Tertium est exactio contra quod dicit: ‘Et contenti estote stipendiis vestris.’ ” (Postilla super evangelium secundum Lucam, cité d’après I. Hanska, And the Rich Man also died, op. cit. p. 67.)

1064.

“ Non potestis deo servire et Mammone (Mt. VI. 24) [...] Nota quod non dicit : ‘Non potestis Deo servire et divitias’, sicut fecit Abraham, Iob et multi alii iusti. Potest ergo quis Domino servire et divitias habere : - In eis cor nullatenus apponendo. […] - Eas gratis accomodando. […] - Eas pauperibus largiendo. […] - Eas magis ad necessitatem corporis adquirendo. ” (94/a,1)

1065.

“ Ideo Apostolus ad equalitatem invitans dicens: II. ad Cor VIII. (14), Habundantia vestra illorum inopiam suplet, ut eorum habundantia vestre inopie sit suplementum, ut fiat equalitas. Cum enim habundantia divitum suplet inopiam pauperum, inopia divitum quam habent circa meritum per pauperum habundantiam adimpletur, et sic fit equalitas, quia et isti et illi habebunt meritum. Ita fecit Zacheus sua pauperibus distribuens ut habemus in Lc. XIX. (8). ” (64,1). Une idée semblable est exprimée par un frère franciscain anonyme du XIIIe siècle qui écrit dans sa Tabula exemplorum que “ Dieu a donné à l’humanité tout ce dont elle a besoin, mais, cela incombe à l’homme vivant dans la société de distribuer ces biens. En effet, la disette dont souffrent les pauvres est la conséquence de l’abondance des riches. ” (M. Mollat, The Poor in the Middle Ages. An essay in social history, (Originally published as ‘Les pauvres au Moyen Age,’ Hachette, 1978, traduit par A. Goldhammer), New Haven and London, 1986, p. 130.)

1066.

«Nota quod tria sunt peccata que reddunt hominem surdum : - Avaritia que non vult audire pauperem. […] - Iracundia que non audit correctionem. […] - Obstinatia que non vult audire predicatorem.» (88,1)

1067.

«Per pilos peccatum avaritie intelligitur. Sicut enim sub pilis puerorum nisi radantur nascitur tinea qui carnem consumit, sic ex habundantia rerum temporalium, nisi pauperibus distribuantur, oritur iniquitas que animam consumit.» (32,8).

1068.

“ Vel aliter. Si tetigero fimbriam vestimenti eius, etc. Vestimenta Domini sunt viri iusti. Fimbria huius vesti sunt pauperes. Fimbria ultima pars est vestis. Sic et pauperes abiecti et viles sunt et ultimi inter homines. Hanc ergo fimbriam debet tangere peccatrix anima pauperi elemosiam porrigendo. Eccli. VII. (36), Pauperi porrigo manum meam, etc. Non sunt ergo ut dicit Eccli. IIII. (36), Manus tue ad accipiendum porrecte, et ad dandum collecte. Immo, sicut dicit Dominus habenti manum aridam : Mt. XII. (13), Extende manum tuam, et hoc tripliciter : - Pauperi subveniendo. […] - Bene operando. […] - Deum deprecando. ” (121,2).

1069.

“ Set nota quod mare istud transeunt : - Quidam natando ut coniugati qui significantur per Iob. - Quidam navigando ut prelati qui significatur per Noe. - Quidam volando ut contemplativi qui significantur per Danielem. Set sciendum est quod qui habet manum aridam, natare nequit, nec navigare. Manum habet aridam qui eam pauperibus non extendit. Tunc etiam per orationem minime volare potest, quoniam sicut dicit Glossa super illum locum. Mt. XII. (13), Extende manum tuam : “ Frustra manum ad Deum expandit pro peccatis rogaturus, qui hanc ad pauperem rogantem beneficium largitatis non extendit. ” Ne ergo in mediis fluctibus submergaris iuxta consilium Domini, extende manum tuam et hoc tripliciter : - Pauperibus subveniendo, et sic natavit. […] - Viriliter operando et sic navigavit. […] - Deum deprecando et sic volabit. ” (103,6-7).

1070.

«Sequitur. Et magna pressura gentium. Hoc adimpletum est in raptoribus et principibus terrarum qui cotidie opprimunt pauperes. Unde notandum quod rapiendo agunt contra triplicem legem, scilicet: - Contra naturalem. [...] Contra mosaicam. In qua non solum factum set etiam voluntas rapiendi prohibetur. […] - Contra euuangelicam. […] - Item peccant contra legem humanam si tamen inter istas debeat numerari. Unde fures et raptores cotidie mutilantur et suspenduntur. Dignum est igitur ut qui nulla lege ligantur, ligatis pedibus ne fugiant et manibus ne defendant, illic proiciantur ubi nulla lex est, nullus ordo, set sempiternus horror inhabitat.» (3,4). De même, nous trouvons une autre mention des pauvres dans le sermon Redde quod debes(Mt. XVIII. 28). «Nota quod istud potest dici de illis qui multiplicant sibi temporalia : - Per rapinam quibus imprecatur Ysa. XXXIII. (1), Veh qui predaris, etc. (- Per usuram.) - Per fraudem. Et nota quod quatuor peccata dicuntur clamare ad Dominum, scilicet : - Violentia oppressorum. Exo. III. (9), Clamor filiorum Israel venit ad me, etc. Et maxime clamorem viduarum audivit Dominus. […] - Sanguis interfectorum. […] - Detentio mercedis.» (114/a,1-2)

1071.

«Si tetigero fimbriam vestimenti eius, etc. Vestimenta Domini sunt viri iusti. Fimbria huius vesti sunt pauperes. Fimbria ultima pars est vestis. Sic et pauperes abiecti et viles sunt et ultimi inter homines. Hanc ergo fimbriam debet tangere peccatrix anima pauperi elemosiam porrigendo. (121,2)

1072.

«Erant appropinquantes publicani et peccatores, etc. (Luc. XV. 1) Nota quod publicani, scilicet peccatores publici, et peccatores, scilicet occulti, appropinquabant ad Iesum: - Tanquam frigidi ad ignem ut ab eo accendentur. […] - Tamquam infirmi ad medicum ut ab eo sanarentur. […] - Tamquam famelici ad cibum ut ab eo reficerentur. […] - Tanquam inmundi ad fontem ut ab eo mundarentur. […] - Tanquam naufragi ad portum ut sic deliberarentur. […] - Tanquam debiles ad fortem ut ab eos sustententur. […] - Tamquam insipientes ad magistrum ut ab eo instruerentur. […] - Tamquam pauperes a(d) divitem ut ab eo ditarentur. […] - Tanquam rei ad advocatum ut ab eo defendantur. […] - Tamquam mortui ad vitam ut ab eo vivificarentur. […] - Gratis eundo ut patet in pueris quibus datum est gratis.» (65,1)