Au mois d'août 1717, la Compagnie d'Occident fondée par Law obtient le monopole du commerce avec la Louisiane pour une période de vingt ans 453 .
En mai 1719, la Compagnie d'Occident acquiert toutes les grandes compagnies de commerce qui subsistaient encore. Elle prit, à partir de là, le nom de Compagnie des Indes et elle est autorisée à émettre 25 000 actions de 500 livres chacune.
Les actions de cette société connaissent un grand succès dans le public et leur cours s'élève rapidement et régulièrement grâce à toute une série de dispositions habiles prises par Law :
Comme le succès de la Compagnie des Indes s'amplifie, la confiance dont Law bénéficie auprès du public comme auprès du pouvoir progresse aussi. Le 25 juin 1719, l'Etat concède à la Compagnie des Indes, contre la somme de 50 millions, le monopole de la fabrication des monnaies et tout le bénéfice qu'elle pouvait en retirer. Cette disposition renforce encore le prestige de cette la Compagnie des Indes qui peut procéder dans de bonnes conditions à une nouvelle émission de 25 000 actions nouvelles. Il fallait, cette fois-ci présenter cinq actions anciennes pour en acquérir une nouvelle : cette clause entretint le mouvement de hausse sur les actions de la Compagnie.
Les actions vendues 1000 livres à l'émission valent 5000 livres quelques mois plus tard. A ce moment, le prestige de Law est immense : il obtient la résiliation du bail des fermes générales accordé jusqu'alors aux frères Pâris. Ce bail est attribué pour une durée de neuf ans à la Compagnie des Indes contre une somme de 50 millions. A cette occasion, Law s'engage à payer 1500 millions des dettes de l'Etat. Afin de réunir les fonds nécessaires au paiement de cette somme énorme, la Compagnie des Indes obtient l'autorisation de procéder à une nouvelle augmentation de capital ainsi qu'à une émission de titres de rentes à 3 % d'intérêt. Les spéculateurs ayant le choix entre ces deux placements, choisissent d'acheter massivement des actions dont le cours s'élevait si vite.
Dès lors, le gonflement d'une bulle spéculative devient de plus en plus manifeste aux yeux des spéculateurs les plus avisés. A la fin de cette année 1719, ils commencent à vendre des actions en réalisant des bénéfices confortables 455 .
Comme toujours lors des périodes d'intense spéculation, l'apparition des premiers vendeurs marque le signal du retournement du cycle. A partir de là, un mouvement de baisse incontrôlable se développe qu'il est impossible d'arrêter. Les tentatives de Law pour freiner ce mouvement, ou du moins pour le ralentir, s'avèrent vaines et la Compagnie des Indes se trouve dans l'impossibilité inéluctable de rembourser ses créanciers.
Law envisage successivement d'interdire l'utilisation de la monnaie métallique pour racheter les titres, de détruire les actions rachetées pour raffermir leur cours, et de fixer un cours forcé pour les billets devant être acceptés en remboursement des actions.
Aucune de ces mesures, pourtant, ne parvient à enrayer le mouvement de baisse. Celui-ci prend même l'allure d'une véritable débâcle financière du fait de l'imbrication étroite de la Compagnie des Indes et de la Banque royale : les émissions de billets de banque, en effet, avaient continuellement accompagné les émissions d'actions et elles avaient assuré leur placement auprès du public.
La faillite de la Banque royale et celle de la Compagnie des Indes eurent un retentissement énorme : leurs conséquences furent considérables et très durables sur l'évolution ultérieure des activités financières dan le pays. A tel point que, près d'un siècle plus tard, les saint-simoniens devaient encore tenir compte de leur impact sur le public lorsqu'ils présentaient leur propre système.
Ce monopole lui fut cédé par Crozat, un négociant célèbre qui, depuis 1712, détenait l'exclusivité du commerce sans en retirer le bénéfice qu'il en espérait. C'est donc a priori une entreprise peu rentable que Law récupère à cette occasion.
Ainsi une action de 500 livres pouvait être acquise en versant seulement, à titre de prime, 50 livres au comptant. Les 450 livres restantes devaient être payées à terme fixé.
L'action avait atteint jusqu'à 20 000 livres.