a - Une conception fausse de la monnaie.

En premier lieu, estime O. Rodrigues, Law développe une fausse conception de la monnaie. Law commet d'abord l'erreur, d'après lui, de confondre la monnaie avec la richesse et il l'accuse de se référer à la théorie mercantiliste : "il [Law] s'imaginait que l'abondance des monnaies de métal ou de papier devait être considérée comme la cause efficiente de la prospérité des peuples possesseurs de cette monnaie" 470 .

Il s'agit d'une grave accusation sous la plume de O. Rodrigues. Les saint-simoniens critiquent très souvent les mercantilistes qui sont à leurs yeux les purs représentants d'une époque critique : ils prônent, à leurs yeux, la guerre économique comme corollaire de la guerre entre les armées ; ils sont, en outre, victimes du fétichisme de l'or 471 .

Notes
470.

Idem., p. 8. Law a souvent été classé parmi les économistes mercantilistes. P. Harsin, en particulier le présente comme un représentant éminent de ce courant au XVIIIe siècle, mais en même temps il caractérise ces auteurs mercantilistes comme des nationalistes, partisans d'une autarcie poussée propageant une "croyance chrysohédonique […] – à savoir que l'or et l'argent sont l'unique richesse" (P. Harsin, op. cit., p. 15-16). Concernant Law, une telle classification paraît donc assez discutable. Il est difficile de transformer un banquier cosmopolite en représentant d'un nationalisme quelconque ; et surtout il s'est attaché à développer de nouvelles formes monétaires tendant à réduire le rôle du métal dans l'activité économique. Nous verrons d'ailleurs que, fondamentalement, les saint-simoniens récusent cette idée d'un Law mercantiliste même si O. Rodrigues, ponctuellement semble y souscrire pour critiquer son action.

471.

De fait dans la logique mercantiliste, l'or est bien le but et le moyen de la conquête puisqu'il permet au Prince d'entretenir une armée puissante.