La rente foncière, nous venons de le voir, montre la voie de la restauration des loyers au détriment des salaires lorsqu'une crise se déclenche. Elle constitue en quelque sorte le noyau dur de la propriété capitaliste à partir duquel toutes les formes de propriété vont voir leur rémunération augmenter, y compris la propriété mobilière, qui va percevoir un taux d'intérêt plus élevé. C'est une telle augmentation que Decourdemanche a constatée, lors des événements de Lyon, dans un autre article du Globe : "Plus la crise commerciale augmente d'intensité, plus le taux de l'escompte augmente" 658 .
Si le taux d'escompte de la Banque de France est immuable, fixé une fois pour toutes au niveau de 4 %, les autres banques sont de plus en plus exigeantes pour accorder des crédits : comme avec la crise, les faillites "exercent leurs ravages sur la société" , ces banques courent des risques accrus de ne pas être remboursées ; c'est ainsi qu'elles exigent des garanties encore plus précises de la part des emprunteurs et qu'elles leur demandent un taux d'escompte encore plus élevé.
Or cette augmentation du taux d'escompte est très grave estiment les saint-simoniens car elle marque le retour de la défiance dans les relations industrielles : c'est toute l'économie monétaire, sur laquelle ils fondent tant d'espoirs, qui est frappée au cœur lors des crises cycliques.
Les périodes de crise permettent ainsi aux rentiers de retrouver leur pouvoir et leur fortune laminés pendant les périodes d'intense activité industrielle. Les saint-simoniens déplorent avec amertume une telle évolution : ils expliquent alors comment les rentiers parviennent à se prémunir contre la crise en tirant parti de toutes les ressources institutionnelles ; ils montrent aussi comment ils parviennent à prospérer en trouvant de nouvelles opportunités de spéculation.
Decourdemanche , "Sur la nécessité de résoudre promptement les questions soulevées par l'insurrection de Lyon. Causes de la crise actuelle et moyens de la faire cesser", Le Globe, 14 décembre 1831. L'escompte de la Banque de France est fixé, nous le savons, au taux intangible de 4 %. Cela signifie que les remboursements sont de plus en plus durement ressentis par les industriels dont le revenu baisse parce qu'ils subissent le marasme des affaires. Cela signifie surtout que le taux d'escompte de la Banque de France augmente en valeur réelle, relativement au niveau des prix qui chute pendant la crise. Un taux d'escompte nominal inchangé correspond donc bien à un taux réel plus élevé.