Les capitalistes prennent conscience que la banque est un secteur névralgique dans l'organisation économique en train de se constituer et que le contrôle de la banque constitue un enjeu stratégique pour l'avenir de leur position sociale et de leur fortune. Ils prennent alors le parti de s'immiscer dans le groupe des banquiers avec l'intention bien arrêtée de détourner l'organisation de la banque de son objectif industriel premier.
Or, les saint-simoniens sont bien conscients que la position institutionnelle privilégiée des capitalistes au sein de la structure sociale leur offre, s'ils en décident ainsi, la possibilité d'investir un secteur aussi dynamique présentant des opportunités de profit aussi larges. Ces derniers s'impliquent de plus en plus dans la constitution des banques et dans leur fonctionnement au point, dit Enfantin, que "les banques actuelles sont fondées par et pour les oisifs" 682 .
Ces oisifs perdent nécessairement de vue les fonctions originelles de la banque, qui consistent d'après les saint-simoniens à faciliter le financement de l'industrie. Les intérêts des oisifs et ceux des travailleurs sont totalement incompatibles : il est incohérent d'espérer que des rentiers vont se consacrer au développement de l'industrie : "les banques actuelles sont fondées par des capitalistes intéressés par conséquent à retirer le revenu le plus élevé des capitaux qu'ils consacrent à la fondation de ces établissements" 683 .
Comme le taux d'intérêt constitue la principale source de revenu des ces banques dirigées par des capitalistes, il se maintient à un niveau élevé pour rémunérer largement le capital financier : "voilà pourquoi les banques se décident si difficilement à favoriser la baisse de l'intérêt" 684 .
Or ce niveau trop élevé du taux d'intérêt, parce qu'il met des obstacles pour la circulation des richesses, comme nous l'avons vu, est pour les saint-simoniens en grande partie responsable de l'apparition des crises cycliques. Or ces mêmes banquiers capitalistes, qui sont dans une large mesure responsables de l'existence de ces crises, parviennent ensuite à en tirer parti en infléchissant le fonctionnement du système bancaire dans le sens de la spéculation.
Idem.
Ibid.
Ibid.