B - Ambiguïté et dimension hétérodoxe de la théorie monétaire des saint-simoniens : ils distinguent la monnaie et le crédit, mais c'est pour privilégier le crédit.

Dans son ouvrage magistral, Histoire de la monnaie et du crédit depuis John Law jusqu'à nos jours, Charles Rist insiste longuement sur la nécessité de distinguer le papier monnaie et le billet de banque. Faute d'avoir respecté cette règle fondamentale, de nombreux économistes sont responsables, estime-t-il, de nombreuses dérives : la conséquence la plus apparente en fut à ses yeux un certain laxisme dans la conduite de la politique monétaire qui a pu se traduire par une émission de monnaie excessive ou encoure par une distribution de crédit exagérée responsables de graves perturbations monétaires.

De ce point de vue, les saint-simoniens ne peuvent être comptés au rang des économistes qui proposent une définition approximative de la masse monétaire et ils ne peuvent être critiqués au nom d'une classification stricte des instruments de paiement : apparemment en effet ils se livrent à une délimitation scrupuleuse des deux moyens de paiement considérés, la monnaie et le crédit. Mais les conclusions de leur analyse ne vont pas assurément dans le sens souhaité par Charles Rist qui voulait garder comme point de repère la référence intangible à la monnaie métallique, seule garantie possible, dans son esprit, contre toute politique aventureuse. Ils proposent, en effet, de donner la priorité au crédit comme moyen de financement de l'économie afin de contourner les contraintes liées à l'utilisation de la monnaie stricto sensu, c'est à dire de la monnaie métallique. Nous retrouvons, ici encore, à l'occasion de cette définition des moyens de paiement la dimension hétérodoxe de l'analyse saint-simonienne qu'il est impossible de situer dans un courant théorique déjà constitué.