a - Une distinction précise entre monnaie et crédit.

La théorie monétaire des saint-simoniens semble assez ambivalente au premier abord : d'un côté ils distinguent la monnaie à proprement parler, constituée par les espèces métalliques, dont la création et la circulation doivent être régis par les principes quantitativistes ; d'un autre côté, ils distinguent le crédit largement dégagé des contraintes liées au métal. Le billet de banque n'est pas de la monnaie, il est un instrument faisant office de monnaie : "les billets circulèrent comme de l'argent, et ils servirent à une multitude d'échanges" 727 .

Les saint-simoniens, nous l'avons vu, adoptent au point de départ de leur analyse, une démarche évolutionniste caractéristique de l'approche quantitativiste, mais ils établissent une distinction très marquée entre la monnaie et le crédit, de telle sorte que dans leur conception, il n'existe pas de continuité apparente dans l'évolution qui va de l'une à l'autre, mais au contraire une rupture profonde.

Isaac Péreire dans la plus pure tradition évolutionniste distingue trois moyens de paiement : la monnaie proprement dite qui ne peut consister qu'en métaux précieux, or et argent, le papier tenant lieu de monnaie et les billet qui sont des titres de crédit : "Aussi sommes-nous convaincus que la substitution complète du papier à la monnaie, puis enfin la disparition du papier lui-même sont des mesures qui doivent marcher parallèlement avec [...] l'application successive d'un système d'organisation industrielle" 729

Nous voyons qu'Isaac Péreire retient ici l'idée d'étapes successives dans l'évolution des moyens de paiement, chacun marquant un progrès par rapport au précédent ; il distingue aussi la monnaie, c'est à dire le métal, des formes de papier qui lui ont succédé. Mais s'il adopte les prémisses du raisonnement quantitativiste, il n'en retient pas les conclusions. Il ne tient absolument pas à construire l'édifice monétaire sur une base métallique, et il ne cherche pas à garantir la stabilité de l'ensemble des moyens de paiement en les adossant, comme le souhaitent les monétaristes, à une certaine quantité de marchandise qui ne serait plus utilisée dans les échanges quotidiens mais servirait toujours de base intangible.

Notes
727.

I. Pereire, "Industrie", Le Globe, 9 septembre 1831.

729.

I. Pereire, "Industrie", Le Globe, 10 septembre 1831.