1.3.2.3. La reliance comme miroir des liens professionnels entre enseignants spécialisés et généralistes

La reliance entre enseignants spécialisés et généralistes peut tout d'abord être approchée par un glissement métonymique. L'application première de ce terme au domaine du journalisme en donne l'occasion. Un mensuel, portant par exemple sur l'apiculture, relie et façonne un lectorat par une culture commune. A l'école primaire, le thème principal réunissant tous les maîtres concerne les élèves dits en difficulté. Ce sont alors les actions de collaboration entre enseignants spécialisés et généralistes qui jouent le rôle de journal par la ressource en connaissances et en écoute qu'ils représentent. Les enseignants se trouvent ainsi reliés dans une même recherche d'amélioration des pratiques. Mais, pour être reliants, les échanges proposés par le RASED doivent être possibles et ajustés à la situation. Comparativement, un journal invendu en kiosque reste lettre morte. Pour atteindre son but, il doit rejoindre le lecteur, l'intéresser, répondre à une attente. Le canal de diffusion doit par conséquent être approprié et les contenus correspondre aux besoins et désirs identifiés du lectorat.

La reliance entre professionnels du RASED et des écoles primaires s'établit initialement sur un liant, autrement dit sur la mise en œuvre de valeurs créant une communauté idéologique éducative. Tout groupe d'enseignants a, au minimum, une idéologie implicite. Les valeurs qui l'animent conjuguent praxis et éthique. Elles sont censées regrouper tous les acteurs autour d'une centration sur l'apprenant, compris comme personne déjà reliée ou possiblement à relier, en vue de la réussite de tous les élèves. Cette position éthique constitue une croyance fondamentale en l'éducabilité de tous. Et cette foi doit se concrétiser dans des pratiques d'enseignement réfléchies et adaptées, intrinsèquement valables. Le développement des potentialités humaines, avec l'aide du tiers médiateur que représente l'enseignant, s'effectue selon des règles à connaître et à respecter. La reliance entre RASED et Ecole primaire suppose donc une base idéologique commune qui se décline en une foi de base et des règles d'application. Ces deux aspects rapportés aux enfants en difficulté posent problème aux enseignants, suscitent une interrogation et font naître une demande. C'est ce qui constitue le moteur de la rencontre. La recherche de sens se mue en énergie pour faire équipe avec l'autre. La reliance, variable selon le degré d'implication de chacun, se fait "à la marge" par le biais des enfants "hors norme" en associant le questionnement sur l'éducabilité d'autrui et les pratiques de chacun. Elle ne relie que ce qui est possiblement reliable, c'est-à-dire les enseignants attentifs aux difficultés et soucieux d'y remédier. Elle donne naissance alors à un corps professionnel non morcelé et vivant, c'est-à-dire créateur de moyens à mettre en œuvre pour que chaque élève puisse réussir à l'école.

Dans le milieu scolaire, le couple reliance /déliance professionnelle et culturelle se retrouve nettement dans les relations entre enseignants. La reliance, toujours menacée de son antagoniste, est instable. Les professionnels oscillent entre le phantasme de la séparation et de l'union, du retrait et de l'engagement. Ils donnent de plus la préférence soit à l'individuel soit au collectif. Sous l'impulsion des personnels spécialisés du RASED, cette hétérogénéité tend à former un continuum et un accord autour de l'adhésion renouvelée au principe d'éducabilité et aux pratiques pédagogiques différenciées. En ce qui concerne les élèves, surtout pour ceux qui traversent des difficultés, la reliance suppose la déliance sociale et culturelle. Cette dimension à restaurer déborde largement celle qui vient d'être évoquée précédemment. Elle sert de toile de fond relationnelle où les liens entre enseignants peuvent se développer avec plus de force et d'efficacité.

La reliance, qui met en jeu l'énergie nécessaire à la rencontre avec l'autre, apparaît comme graduée. Dans sa forme la plus aboutie, autrement dit négociée, elle est obligatoirement de l'ordre d'une parole et peut être étudiée plus avant à l'aide d'une approche conceptuelle complémentaire.