L’idée d’un traitement de remplissage dans le cas des scotomes a rapidement été émise par Walls (1954). Par la suite, Gerrits et Timmerman (1969) ont étudié les temps de remplissage chez des patients ayant des scotomes rétiniens. Pour cela, les auteurs plaçaient un carré autour de la zone du champ visuel correspondant au scotome, et les patients décrivaient ensuite leur perception. Cette observation montrait que le carré était perçu immédiatement ou dans un délai bref comme étant homogène. Les temps de remplissage dépendent principalement de l’étendue du scotome (Gerrits & Timmerman, 1969).
Ramachandran (1993) a étudié les capacités de remplissage de patients ayant des scotomes corticaux. Lorsque l’auteur présentait une ligne droite dans la zone du champ visuel correspondant au scotome de ces patients, ces derniers avaient l’expérience d’une tache noire qui interrompait la ligne, mais très rapidement ils arrivaient à percevoir cette ligne comme continue. Par la suite, Ramachandran (1993) a présenté deux lignes non-alignées, et les résultats de cette expérience ont indiqué que les patients percevaient une ligne droite. Une dernière expérience consistait à présenter aux patients deux segments de colonnes de X, et les résultats ont montré que les deux segments étaient perçus comme continus. Une présentation des stimuli et de la perception des patients est montrée à la Figure 20. Pour l’auteur, l’expérience visuelle de ces patients ne pouvait pas être la conséquence d’une activité neuronale de la zone corticale correspondant au scotome, mais bien à une activité de haut niveau.
Ces expériences montrent le lien étroit qui existe d’un point de vue phénoménologique entre le remplissage pour la tache aveugle et les scotomes.