2.5.4. Le Paysage à fables1459

Le 7 novembre 1812, Jean Zuber annonce à Mongin, avec qui il est décidé de créer ce qui s’appellera la Grande Helvétie, que rien ne presse :

‘Cette latitude nous est donnée par un intermezzo que nous faisons à vos tableaux à fables et c’est votre élève Jahn1460 qui s’acquitte très bien de la besogne. Vous savez que ce décor ne se vend pas quelque joli qu’il soit et déjà à votre dernier voyage je vous ai parlé du besoin où nous étions de trouver quelqu’ajustement heureux pour le rendre vendable , c’est ce que Feer a trouvé par l’idée qu’il m’a donné de lier les tableaux de manière à en faire un paysage suivi, à l’exception du bûcheron et du sculpteur. Les 6 autres sont ainsi transformés en paysage par les neaux lés dont chacun se rapporte entre deux des anciens et de cette manière nous espérons tirer encore un bon parti des fonds que jusqu’ici nous avons du regarder à peu près comme perdus. Dès que le 1er lez sera gravé nous vous l’enverrons avec les deux qu’il réunit pour que vous ayez la bonté de nous en dire votre avis1461.’

Les « Tableaux à fables » auxquels Jean Zuber fait allusion sont le Décor à fables créé en 1809 dont quatre panneaux subsistent au Deutsches Tapetenmuseum de Kassel1462. Décrit par un prospectus, « ce décor se compose d’un lambris qui supporte des pilastres, sur lesquels vient s’appuyer un entablement » de façon à encadrer les tableaux, réalisés par Mongin. Comme le courrier ci-dessus le laisse entendre, ce décor ne semble pas avoir rencontré le succès : d’où l’idée de le transformer en y introduisant des lés de raccord dessinés par Jahn entre les tableaux de Mongin : Jahn, d’après le prospectus, semble essentiellement avoir privilégié des « lointains agréables ». Le résultat est le Paysage à fables, en 12 lés, une formule courte, rare, à l’exception des Lointains de 1822, avant les années 1860.

Ce panoramique à petit prix (24 francs seulement, lors de sa création en 1813, alors qu’il est polychrome), n’a rencontré qu’un bien médiocre succès : 289 exemplaires vendus entre 1813 et 1823 ; il semble avoir été réimprimé seulement quatre fois, ce qui est inhabituel. Il disparaît des stocks en 1856. Nous n’en connaissons aucun exemplaire conservé.

Notes
1459.

1813, 12 lés, colorié, non reproduit.

1460.

Théodore Jahn, né à Gotha en 1788, mort à Mulhouse en 1826 (communication écrite de Serge Chassagne).

1461.

MPP Z 78.

1462.

Et d’autres dans une collection privée à Cluny, sous forme de paravent (doc° MPP).