Entretien n° 4. Monsieur et Madame GUÉRIN : « du test de grossesse… à l’échographie »
- AS : Pourquoi avez-vous demandé un agrément adoption ?
- Mme : parce qu’on ne pouvait pas avoir d’enfant naturellement et c’est vrai que c’est une envie d’enfant qui s’est faite très tard pour nous et c’est vrai qu’on a persévéré très longtemps dans la voie d’avoir un enfant biologique. On a essayé pendant deux ans sans succès et que à la suite de ça on s’est vite engagé dans le processus de l’adoption, pour des raisons personnelles, comme moi, parce que j’avais absolument un désir d’enfant adopté et puis c’était déjà inscrit finalement dans notre projet de couple de toute façon et puis parce qu’il se faisait déjà assez tard. J’avais trente huit ans et il me semblait qu’il était plus opportun de se lancer dans une aventure qui serait plutôt fiable par rapport à des investigations médicales qui sont lourdes.
- AS : vous n’avez pas trop voulu aller dans le champ médical ?
- M : exactement. On n’a pas voulu pousser trop loin ces investigations, peut-être par crainte que le résultat apporterait forcément la responsabilité sur l’un ou sur l’autre, et n’apporterait rien de plus au fait qu’on ne peut pas avoir d’enfant biologique. Globalement, l’adoption est venue de ma femme dans un premier temps, mais j’ai très vite embrayé sur cette démarche.
- AS : donc vous n’avez pas d’élément disant une infécondité ou stérilité de l’un ou l’autre ?
- M : non.
- AS : ça ne vous intéresse pas de savoir ?
- M et Mme : non
- AS : quand vous disiez : «j’avais déjà envie d’adopter... » ?
- Mme : c’est quelque chose que je porte en moi depuis longtemps. J’avais la chance d’habiter près d’une cité de l’Enfance et à l’école, je côtoyais des enfants orphelins qui étaient dans des familles d’accueil et pour moi, je me sentais privilégiée d’avoir une famille et je me disais que plus tard je voulais faire ce don à un enfant de lui offrir une famille et c’est vrai que j’en ai parlé à Pierre et avant qu’on se pose la question de vouloir un enfant, de se dire que de toute façon on pourrait adopter, même en ayant déjà des enfants biologiques.
- AS : c’est quelque chose qui vous a été commun, dont vous parlez depuis longtemps ?
- Mme : ma mère me racontait l’histoire de Jiji Jeanmaire qui avait adopté énormément d’enfants venus de partout et moi je trouvais ça grand, c’était vraiment donner de son amour à des enfants qui en ont besoin ; c’est une cause juste.
- AS : quand vous avez commencé à en parler ensemble, vous souhaitiez accueillir quel enfant ?
- Mme : je ne sais pas. On ne s’est pas fait une idée vraiment... non
- M : on n’a jamais défini de profil, d’ailleurs maintenant on n’en fixe aucun, aucun critère de préférence, hormis qu’on ne se sent pas de taille à assumer l’adoption d’un enfant qui aurait un handicap majeur, sinon...
- Mme : mais le projet a quand même évolué depuis qu’on a demandé cet agrément et puis maintenant dans l’attente ; on ne projetait pas vraiment un profil, pas une idée précise ; maintenant on commence à avoir une idée un peu plus précise.
- AS : entre le moment où vous avez commencé à en parler, le moment où vous avez fait la demande d’agrément et le moment où vous avez obtenu l’agrément, vous pensez que ça a changé ?
- Mme : pas au cours de l’agrément en tout cas.
- M : c’est vrai qu’il faut le temps de mûrir et de se projeter vers une situation qu’on veut atteindre, il faut le temps de s’imaginer dans ce rôle de parents et de s’en rapprocher de plus en plus. C’est une prise de conscience qu’on a, petit à petit, en se disant que plus le temps passe, plus on se rapproche de ce moment là.
- AS : et qu’est-ce qui favorise ces petits changements ?
- Mme : l’agrément, on le donne au bout de neuf mois, la règle est un peu symbolique, en se disant que ça représente le temps de grossesse ; au contraire quand on a l’agrément, c’est comme si on faisait un test de grossesse ; et là on vous dit «vous allez pouvoir avoir un enfant ». Ce qui veut dire que vous ne savez pas si la grossesse vous allez la mener à terme ; il peut toujours y avoir des aléas, mais c’est vraiment à ce moment là qu’on réalise concrètement qu’on va pouvoir devenir parents ; et c’est là que se fait la schématisation, qu’on prend conscience.
- M : c’est là qu’on se met en situation et qu’on se dit finalement, maintenant c’est une question de temps. On va aller vers cette adoption. Tant qu’on est dans la phase d’attente d’agrément, le premier objectif c’est de l’obtenir ; tant qu’on ne l’a pas obtenu, on ne peut pas se projeter dans l’avenir et se dire : «demain, on partira pour adopter un enfant ».
- AS : donc, l’obtention de l’agrément est une étape qui a représenté quoi pour vous ?
- Mme : c’est une grande joie, c’est vraiment l’idée de savoir comme si on avait fait un test de grossesse. Après, si on va plus loin, on ne sait pas combien de temps la grossesse va durer et c’est là où c’est le plus délicat, c’est après, après l’agrément.
- AS : qu’est-ce qui a fait que vous avez, à un moment donné, fait la demande d’agrément ?
- M : une conjoncture, un environnement professionnel qui a fait qu’on a différé cette demande : le temps que la situation professionnelle de l’un et de l’autre se stabilise. On a toujours eu un petit décalage qui faisait qu’on était pas prêt matériellement à s’engager dans cette démarche.
- Mme : mais quand on a eu pris la décision, ça a été relativement vite. Moi, je suis un peu freinée par les démarches administratives ; heureusement qu’il y avait Pierre et c’est Pierre qui a embrayé.
- AS : il y avait un relais... comment avez-vous vécu cette période d’agrément ?
- Mme : c’était surtout des démarches administratives ; d’un côté, ça nous a permis de réfléchir, de mûrir le projet, de rencontrer des gens, de voir si effectivement on pouvait se lancer dans cette aventure là, si on en avait la force, on pouvait s’évaluer dans l’aventure.
- AS : donc, vous n’avez pas été surpris des contraintes ?
- Mme : on a été plutôt même agréablement surpris, on s’attendait à ce que ce soit plus...
- M : on partait sur quelque chose de très difficile...
- AS : plus inquisitorial peut être ?
- Mme : voilà oui, c’est-à-dire qu’on avait lu des tas de bouquins romancés ; franchement on a vécu assez sereinement.
- AS : et vous en avez retiré quoi ?
- Mme : je pense que c’était important
- M : je pense que l’arrivée d’un enfant biologique ne nous aurait pas amenés à avoir la réflexion qu’on a eue ; on a eu à analyser nos motivations, à comprendre pourquoi on désirait cet enfant. L’arrivée d’un enfant biologique, il n’y aurait pas eu cette réflexion.
- AS : cette demande de réflexion vous paraît légitime ?
- Mme : oui. J’espère que tous les parents se posent et se remettent en question de cette façon-là ; cette phase d’agrément est nécessaire, c’est forcément un bien.
- AS : c’est un bien nécessaire pour adopter ?
- Mme : je pense que pour tous les parents...
- AS : tous les parents ne le font pas. Mais pour vous, quelle différence il y aurait entre devenir parents et parents adoptants ? est-ce que les parents adoptants auraient à se préparer ?
- Mme : moi, je ne pense pas, sincèrement. Maintenant qu’on a bien réfléchi, qu’on a vu des familles de ce type-là...
- M : le seul «avantage », un des avantages de l’adoption, c’est que globalement on dispose de plus de temps pour la réflexion ; le temps permet de s’interroger ; les choses se déroulent plus lentement.
- Mme : du coup, le projet, on le porte à deux. Je n’ai pas l’impression, quand on vit une grossesse, le mari soit autant impliqué dans le projet. Pierre m’en a parlé au début, je l’ai constamment senti à mes côtés et on le porte à deux.
- AS : ce serait une différence ?
- Mme : oui, fondamentale.
- AS : quand vous disiez que vous aviez rencontré des personnes ?
- Mme : on a rencontré pas mal de familles par l’association EFA, par l’OAL plus récemment et puis par l’APAEC, mais moins. Mais ça nous a permis de nous rassurer aussi un petit peu, qu’on était dans la bonne voie.
- AS : donc ce sont des contacts que vous avez pris pendant l’agrément ?
- Mme : oui et qu’on poursuit d’ailleurs puisque maintenant on est en relation... ça nous a permis d’étoffer le nombre de nos amis.
- AS : les premiers adoptants que vous avez rencontrés, vous vous rappelez ?
- Mme : en fait, j’avais pris contact avec le président de EFA, et il nous avait conviés à une réunion de postulants ; à cette réunion, on avait pu rencontrer différents couples qui avaient adopté et notamment Monsieur et Madame N.
- AS : vous connaissiez auparavant des personnes qui avaient adopté ?
- Mme : non, pas spécialement.
- AS : ces contacts n’ont pas été déclencheur de votre demande d’agrément ?
- Mme : non
- AS : et ces contacts vous ont apporté quoi ?
- M : globalement ils nous ont plutôt rassurés parce qu’on a l’impression, qu’une fois passées les démarches d’adoption et une fois l’enfant arrivé au foyer, que l’enfant... que les choses se passaient de la même façon que pour les enfants biologiques ; on voyait déjà la faculté d’adaptation de ces enfants arrivés de l’étranger. Globalement, ça nous a rassurés, on a eu le sentiment que les choses se passaient sans plus de difficultés que pour les enfants biologiques.
- AS : une fois que l’enfant était là ?
- Mm : voilà, tout à fait.
- AS : est-ce qu’il y en a eu d’autres ?
- Mme : oui, c’était important pour nous, ça nous sécurisait, ça nous permettait de nous dire qu’on était dans la bonne voie et que malgré toutes ces procédures administratives, ça valait le coup parce qu’on aurait cet enfant.
- M : globalement quand on démarre dans la démarche, quand on voit la lourdeur, la manière dont on approfondit les choses avant de confier des enfants à des parents souhaitant adopter, on a tendance fatalement à se dire : «si on prend toutes ces précautions, c’est que quelque part ce doit être difficile ». Donc inconsciemment, on va dans ce cheminement-là, on s’attend à rencontrer des gens qui sont confrontés à des difficultés particulières, chose qu’on n’a pas ressentie.
- AS : donc, vous avez un agrément en 1999 , vous faites quoi à ce moment-là ?
- Mme : alors là, on est super content et puis on se dit, «il y a deux voies ». On l’avait déjà envisagé avant l’agrément, soit en direct, ce qui était la majorité des gens qu’on a rencontrés, soit passer par un organisme agréé.
- AS : petite question encore par rapport à l’agrément. Vous avez réagi de la même manière ?
- Mme : oh bien oui, c’était une joie commune.
- AS : vous étiez sûrs de l’avoir ?
- Mme : eh bien, a priori d’après les...
- M : on était assez confiant.
- Mme : c’est vrai qu’on n’est jamais sûr, mais bon... mais ça nous a fait une grande joie.
- AS : ça représente une porte ?
- Mme : c’est ça, c’est un test positif. C’est enfin la sensation de se dire : on va pouvoir devenir parent. Je dis bien pouvoir parce qu’on réalise plus tard que la démarche n’est pas finie. Parce que c’est là que tout commence finalement. On ne voit pas du tout combien de temps ça va mettre. Donc la solution de passer par un organisme nous a paru évidente, déjà pour une question de sécurité ; on s’était beaucoup documenté aussi, on savait qu’il y avait des filières qui n’étaient pas très sûres ; donc on a commencé par contacter pas mal d’organismes et c’est là qu’ont commencé les déceptions. On s’est vu refuser. On a eu quatre refus sur cinq. Et là ça fait mal parce qu’on ne comprend plus pourquoi. On sait qu’on a passé une étape, l’agrément et on comprend mal pourquoi certains organismes vous refusent.
- M : d’autant plus que le refus n’est jamais motivé. On ne comprend pas pourquoi.
- Mme : mais on a eu la grande chance d’être pris par l’OAL ; donc là, ça a été une deuxième joie ; et seulement après coup, à une deuxième réunion de postulants, l’année suivante, on a appris que la plupart des gens passaient en direct parce qu’ils s’étaient vus refuser justement par différents organismes et là je suis tombée des nues.
- AS : donc, actuellement votre dossier est retenu par l’OAL. Vous êtes dans quelle situation aujourd’hui ?
- Mme : on est dans l’attente ; ce n’est pas pénible à vivre parce qu’on sait être patient ; on a rencontré des couples qui sont dans la même situation que nous et qui attendent déjà depuis deux ans.
- AS : et quand vous avez eu l’agrément, est-ce que vous étiez en situation de demande, est-ce que vous aviez des attentes particulières et à qui vous les avez adressées ?
- Mme : des demandes ? pupilles de l’État, vous voulez dire ? Et bien, à part pupille de l’État, je ne vois pas.
- M : ? ? ?
- AS : et à qui, au moment où vous avez eu l’agrément, vous avez fait le plus confiance ?
- M : on est parti directement sur les œuvres.
- AS : actuellement, vous avez confiance en l’OAL ?
- Mme : oui, parce qu’on connaît pas mal de gens qui sont passés par ce circuit. C’est des gens qu’on connaît, en qui on fait confiance.
- AS : et si vous aviez une information à demander, un conseil, une aide... vous iriez demander à qui ?
- Mme : ça dépend de quel conseil il s’agit. Je ne sais pas. On a plein de personnes sûres.
- M : on irait dans un premier temps vers les personnes qu’on a rencontrées, maintenant on connaît des personnes qui ont adopté en Colombie, c’est vers ces personnes...
- AS : donc, vous avez tissé un réseau de parents adoptants qui aujourd’hui sont plus que des connaissances pour vous ?
- M et Mme : oui, oui
- AS : ils font un peu référence ces gens-là ? ou c’est trop fort ?
- Mme : référence, oui forcément, un peu.
- AS : et pourquoi ?
- Mme : parce qu’ils ont déjà... ils ont l’expérience, donc de ce fait-là...
- M : ils ont l’expérience et puis ils démontrent simplement du fait qu’ils existent que notre projet peut aboutir.
- Mme : et puis c’est un lien avec ce pays qu’on ne connaît pas ; eux ils le connaissent.
- AS : et quand vous les rencontrez, soit en contact individuel, soit en réunion, vous parlez de quoi ?
- Mme : de leur expérience, de ce qu’ils ont vécu, comment ça s’est passé.
- AS : donc par quel chemin, quelles démarches ils ont faites, les problèmes qu’ils ont rencontrés ?
- Mme : et puis surtout comment ça se passe maintenant. Parce que maintenant à la limite, ce qui nous intéresse, c’est comment ça se passe avec les enfants, c’est clair. On n’est plus à aller les chercher, maintenant c’est comment ça se passe concrètement.
- AS : donc maintenant la question «quel chemin » n’est plus pour vous une question ?
- Mme : non
- AS : est-ce qu’il y a des questions que vous ne poseriez qu’aux parents adoptants ?
- Mme : oui, qu’à des parents et des questions à d’autres personnes type assistant social, si... ça dépend un peu du problème.
- AS : votre famille est informée ? ils en disent quoi ?
- M et Me : ils sont dans l’attente.
- AS : et vous en parlez, y compris avec des personnes qui ne sont pas parents adoptants ?
- Mme : oui, avec des collègues, avec des gens de nos connaissances.
- AS : avez-vous rencontré des personnes qui précisément vous ont montré l’inverse de ce que vous souhaitiez ?
- M : non, parce que le contre modèle, à la limite, on s’y attendait aussi ; on avait quelques appréhensions par rapport à l’âge de l’enfant ; on s’était dit que la difficulté d’intégration serait plus grande si on adoptait des enfants de plus de cinq ans. Et on a rencontré des personnes qui ont adopté des enfants un petit peu grands et on a vu poindre ces difficultés... tout ça on savait que ça existait, donc ce n’était pas une surprise.
- AS : quelles ont été les personnes les plus importantes dans votre projet d’adoption ?
- M : eh bien nous deux.
- Mme : nous deux, oui, mais tout le monde nous soutient, les amis qui nous demandent tout le temps où on en est, les parents, les amis qu’on s’est créés et qui sont des amis forts parce qu’on vit des choses fortes. On ne peut pas comparer ; mais c’est vrai qu’on est dans la même galère, ça crée forcément des liens ; donc c’est très important tout ça. On ne se sent pas tout seul, c’est sûr, on ne se sent pas tout seul dans notre projet.
- M : et puis, on a fait l’effort de dire, de présenter les choses, de dire qu’on allait dans un projet d’adoption.
- AS : aujourd’hui, avez-vous des questions relatives à l’adoption et à qui les posez-vous ?
Silence.
- Mme : des questions ? non, non.
- M : non
- AS : soit relatives à ce qui sera vécu avec l’enfant, soit relatives au chemin à prendre ?
- M : avant on était dans une position de recherche d’informations, de rencontrer des gens, d’aller vers des gens qui avaient vécu cela. On a fait ces démarches de rencontrer des adoptants.
- Mme : et de se documenter, de lire des ouvrages.
- AS : et vous pensez qu’il y a combien de personnes qui sont informées de votre projet d’adoption ?
- M : une trentaine, une bonne trentaine.
- AS : et pour vous, ça sert à quoi d’en parler ?
- Mme : c’est important, c’est de le concrétiser, de le formuler.
- AS : quand vous dites concrétiser ? le fait d’en parler ça devient concret ?
- Mme : oui
- AS : et le fait d’en parler ensemble ?
- Mme : à voir si on a les mêmes points de vue sur ce désir d’enfant, sur ce qu’on attendait de cet enfant, comment on allait l’accueillir, comment on envisageait cette vie avec cet enfant. Cela permet de faire le point.
- AS : et EFA représente quoi pour vous ?
- Mme : c’est très important parce que quand on a commencé cette démarche, ça a été les premiers à nous dire «bon, vous n’êtes pas tout seuls » et ça, c’était hyper important. Autant maintenant, on est fier, on en parle, autant au début, on ne savait pas trop si on allait être capable d’assumer.
- AS : c’est un lien un peu privilégié ?
- M : oui
- Mme : c’est vrai qu’il y a la DIPAS aussi.
- AS : et avec l’OAL ?
- Mme : on a eu un entretien avec une responsable et on est allé à un pique-nique qui était à peu près similaire à celui qui était organisé par EFA ; donc on s’est retrouvé dans la même conjoncture, de rencontrer des gens en attente comme nous. C’est fantastique parce qu’on se repère tout de suite... Là aussi, c’est instinctif, je suis rentrée directement en contact avec une jeune femme et on s’est dit : «toutes les deux, on est dans la même situation ».
- AS : le fait de rencontrer des personnes dans la même situation ?
- Mme : c’est important.
- AS : pourquoi ?
- Mme : parce qu’on se dit «on n’est pas tout seul », ça sécurise.
- M : ça permet de relativiser.
- AS : attendre, c’est quoi ?
- Mme : voyez, on construit la chambre, on vit.
- M : on continue à vivre.
- Mme : on attend et on pense au gamin. La vie change, parce qu’on ne se voit plus tous les deux ; c’est-à-dire, quand on achète une voiture, on achète une voiture plus grande, on fait plus attention aux relations entre parents et enfants...
- AS : à partir de quel moment le projet devient plus, ?
- M : plus palpable ?
- Mme : à l’agrément.
- M : c’est à ce moment-là qu’on arrive à se projeter dans l’avenir, en ayant pratiquement la certitude de se projeter dans le rôle de parents.
- Mme : pour reprendre ma métaphore, quand on a déposé notre dossier et qu’on sait qu’il est parti en Colombie, c’est l’échographie, la première. Et même à l’écho, on vous dit «on ne voit pas bien », on est un peu soucieux, mais bon... Mais on espère qu’ils verront un peu mieux à la seconde, ce sera bon.
- AS : et par rapport aux professionnels, vous avez quelles relations ?
- Mme : ça s’est très bien passé.
- M : si on avait à témoigner, je crois qu’on la présenterait de façon très positive, on dédramatiserait les choses.
- Mme : on sait que les démarches sont faites dans le but de l’enfant.
- AS : après l’agrément, vous attendiez quelque chose des professionnels ?
- Mme : non, parce qu’on savait qu’après on allait être actif pour lancer les démarches, donc on n’attendait pas spécialement.
- AS : et c’est comme ça que vous envisagiez votre projet.
- Mme : oui, on peut demander des conseils, mais il ne faut pas attendre qu’on vous règle la situation.
- AS : et les conseils, ce serait de quel ordre ?
- Mme : ce qu’il faut faire pour les gens qui ne sont pas informés.
- AS : actuellement, avez-vous des attentes par rapport à la DIPAS ?
- Mme : oui, on pourrait éventuellement reparler un peu des pupilles de l’État.
- AS : qu’est-ce que signifie pour vous le fait que des parents adoptants soient accompagnés... ?
- Mme : «accompagnés », ça me gêne un peu ; soutenus oui.
- AS : par qui ?
- Mme : n’importe qui, des amis, des conseillers, il faut que ça reste un projet qui soit porté par le couple avant toute chose. Il ne faut pas que ce soit de l’assistanat.
- M : on peut avoir besoin d’un avis professionnel pour certains problèmes après l’arrivée de l’enfant.
- AS : être accompagné, ça signifie quoi pour vous ?
- Mme : aidé
- M : non, moi, je n’irais pas jusque là. Avoir un avis de quelqu’un qui est à l’écoute avant tout, qui donne des conseils, qui est toujours présent quand on a besoin. Il faut qu’il ait une bonne connaissance de l’éducation des enfants, des relations parents-enfants, des problèmes que peuvent rencontrer des parents biologiques.
- AS : donc quelqu’un qui aurait des connaissances spécifiques en éducation et en adoption ?
- Mme : essentiellement oui ; mais aussi d’écouter et de déceler des appréhensions de façon à pouvoir conseiller des parents.
- AS : et quelle serait la fonction spécifique des professionnels et des adoptants ?
- Mme : avant l’agrément les professionnels évaluent. Après c’est différent, c’est une autre relation. Avant l’agrément, c’est comme une relation professeur-élève. C’est rien que quand on sort diplômé qu’on peut dire «tu » à son professeur. Et d’autres relations s’engagent sur un terrain plus égalitaire .
- AS : égalité entre qui et qui et sur quel point ?
- Mme : sur le fait que les deux ont la capacité à être parents ; c’est là aussi où on rejoint le camp des... (rires) et oui, c’est vrai, on a changé de camp.
- AS : vous avez senti un changement de ton dans la relation avec les professionnels après l’agrément ?
- Mme : tout le monde change un peu ; on est plus détendu ; on est plus en confiance.