Entretien n° 12. Monsieur et Madame MARÉCHAL : «… qu’on annonce l’agrément de vive voix… ».
- AS : la première question que je voulais vous poser est celle de savoir pourquoi vous avez fait une demande d’agrément ?
- Mme : et bien moi, j’ai subi une intervention chirurgicale, donc on ne peut pas avoir d’enfant, il y a quatre ans, non sept ans.
- AS : donc vous êtes un couple qui n’avez pas d’enfant de votre couple, mais vous avez deux enfants nés d’une première union de l’un de vous ? Et aujourd’hui vous considérez cela comme quoi ?
- Mme : comme une infécondité, je ne peux plus donner naissance.
- AS : donc il y a aujourd’hui une impossibilité physiologique ?
- Mme : oui c’est cela
- AS : et quand vous avez pensé adopter un enfant, vous aviez une idée de cet enfant que vous souhaitiez adopter ?
- M : tout de suite non, je ne pense pas. Déjà, il faut se faire à l’idée d’adopter, on s’était fait à l’idée qu’il n’y aurait pas d’enfant, il y en avait déjà deux, en se disant qu’on va élever un enfant qui n’est pas de nous, donc il faut se faire à cette idée, et petit à petit en en parlant, donc on a fait les démarches pour l’agrément et en suivant les démarches d’agrément et en en parlant parce qu’on en parle souvent, on s’est fixé un petit peu l’âge de l’enfant, justement pour... enfin c’est surtout vis-à-vis de moi, parce que je n’ai jamais connu... enfin des enfants et petits-enfants, j’en ai connu pas mal parce que ma maman était garde maternelle, donc je les ai vu grandir et marcher, mais quelque chose que je n’ai pas vu : marcher : le premier point c’était ça. Je voulais et je voudrais toujours voir marcher cet enfant.
- AS : c’est-à-dire que cet enfant ait moins de un an quand il arrive ?
- M : tout à fait voilà
- AS : et c’est un point très important pour vous et c’est le premier point qui fixe un peu le cadre général de l’accueil de cet enfant ?
- Mme : voilà
- M : mais c’est toujours pareil, dans la mesure du possible, parce que...
- AS : et par rapport à son origine, culturelle ou ethnique, vous aviez, soit des préférences ou des souhaits ?
- M : et bien culturel, on s’en fiche un petit peu parce qu’une fois qu’il arrive petit, on l’élève un petit peu comme on veut ; ethnique oui, parce qu’on s’est rendu compte, on n’en a pas parlé tout de suite, que vivant dans un petit village, et moi venant d’un petit village, on a pensé qu’il serait peut-être pas heureux si c’était un enfant de couleur ; on s’en est rendu compte il y a peu de temps quand on en a discuté ; et aujourd’hui on a l’agrément et notre entourage voisinal n’est pas du tout au courant des démarches qu’on a pu faire si ce n’est les gens de la Mairie avec tous les documents qu’on est allé chercher. Et dans une soirée, il y a une remarque qui a fusé : «je ne pourrais pas prendre un enfant que je ne connais pas parce qu’on ne sait pas quelle tare il peut avoir » ; il y avait eu une émission à la TV qui parlait de gens un peu barjots donc c’est là qu’on s’est dit : bon il faut faire attention.
- AS : il y a combien de personnes qui, dans vos familles, amis et connaissances, sont au courant de votre projet d’adoption ? Vous pourriez évaluer le nombre de personnes à combien ?
- M : du côté de chez moi, il y a deux personnes qui sont au courant ; mon frère on l’a pas mis au courant ; et puis de ton côté quatre ou cinq
- AS : donc environ une dizaine de personnes ?
- Mme : oui c’est ça
- AS : et vous avez l’impression que vos souhaits relatifs aux caractéristiques de l’enfant ont été changés dans le cours de l’agrément et après l’agrément ?
- M : entre l’image qu’on pouvait se faire éventuellement de l’enfant qu’on désirait... Mme : c’est peut-être en train de changer
- M : oui là c’est en train de changer
- Mme : pour l’âge
- AS : et sous quel effet ?
- Mme : parce que c’est difficile d’avoir un bébé, un petit quoi. Tous les contacts qu’on a eus, c’est difficile
- AS : est-ce que ça veut dire que vous seriez obligés de modifier un peu ? ? ?
- M : ma façon de penser, ma façon de voir les choses
- AS : et vous êtes prêts à ça ?
- M : je pense que je pourrais l’être ; il faut que je me fasse à l’idée ; on n’a pas beaucoup de temps parce que à priori on a déjà eu une touche. C’est-à-dire que quelqu’un nous a contactés, l’enfant a plus de douze mois, quatorze à peu près ; non je pense que je m’y ferai. On s’est déplacé, on en a parlé un petit peu parce qu’on avait une dame sur Paris ; elle nous en a parlé et elle a été confrontée pas mal à ce genre de problèmes de personnes qui voulaient avoir éventuellement un enfant en bas âge et il était très difficile d’en avoir, mais ça arrivait.
- AS : et comment finalement vous arrivez à passer de l’attente forte d’un enfant de moins d’un an à un enfant qui serait un peu plus grand et qui marcherait ? Parce que, si j’ai bien compris, c’est plus vous qui avez ce souhait ?
- Mr : oui, tout à fait
- Mme : oui, moi, moins
- M : et bien on grille les étapes ; on se dit que le voir marcher c’est super, mais je pense qu’on ne peut pas s’arrêter à ça, je ne vais pas m’arrêter à ça ; après c’est au coup de tête, au coup de flash, ça peut marcher en disant «il y a peut-être un enfant de huit mois qui va nous être présenté » et je n’aurai peut être pas le coup de foudre alors qu’un gosse de deux ans qui sera à côté, je craquerai, donc après c’est au feeling. Jusqu'à aujourd’hui je me disais «si je le vois marcher, ce serait super », c’est voir marcher son gosse, un gosse, c’est quelque chose ; maintenant je peux craquer devant un gosse de deux ans. AS : quelles sont les personnes ou rencontres qui, pensez-vous, ont eu une influence sur votre décision de demander un agrément adoption ?
- M et Mme : personne
- Mme : on en a parlé entre nous deux
- M : ça s’est passé entre nous deux, c’est pas du tout sorti du couple
- AS : c’est un projet que vous avez discuté tous les deux
- M : disons qu’on n’avait pas d’autres solutions ; la seule solution c’étaient les mères porteuses et c’est interdit en France, c’est clair, net, précis ; donc on n’avait qu’un recours, c’était l’adoption. Donc on n’est pas allé pour se poser des questions. AS : OK. Je passe à la procédure d’agrément. Vous avez vécu comment cette procédure d’agrément ?
- Mme : longue. C’est moi qui suivais plus le dossier parce que mon mari est souvent en déplacement, donc il faut faire les papiers, prendre les rendez-vous.
- M : pour moi, je n’étais pas dedans ; moi je le vivais le soir sur son compte-rendu ; donc pour moi c’est pas pareil, je ne suis pas imprégné pareil du négatif.
- AS : et vous en diriez quoi encore ?
- Mme : c’est long, voilà autrement...
- AS : et les entretiens ?
- M : bien, il n’y a pas eu de problèmes
- AS : et vous vous rappelez de quelque chose qui était centré d’abord sur l’évaluation, c’est-à-dire qu’on était là pour donner un avis sur votre demande ?
- Mme : non, j’ai pas senti le regard inquisiteur, non
- AS : et vous pensez qu’il y avait d’autres choses ?
- Mme : et bien ils nous ont servi pour savoir quand il fallait avouer à l’enfant qu’il était adopté, et qu’on n’était pas ses vrais parents.
- M : moi, je pensais le plus tard possible, mais je pensais pas si jeune, je ne pensais pas qu’il comprendrait si jeune.
- Mme : oui, c’était la révélation
- AS : et c’est une procédure que vous trouvez normale, légitime ?
- Mme : et bien oui, tout à fait.
- M : je suis surpris quand même au regard de cette démarche qu’il y ait des enfants en France qui soient dans une mouise phénoménale, parce que l’assistant social est venu nous visiter, on en a parlé, ça me surprend de voir qu’encore aujourd’hui il y a des enfants malheureux, ça me surprend ; mais l’agrément ne nous a pas choqués, on a trouvé tout à fait normal.
- AS : quelles différences vous imaginez entre le fait d’être parents d’enfant qu’on a conçus et le fait d’être parents d’enfants adoptés ?
- Mme : moi, je n’en vois pas, je ne peux pas m’imaginer ne pas aimer un bébé, j’ai une amie qui, il y a deux ans, a eu un cancer et on avait fait les papiers pour qu’on recueille son bébé, à l’époque il avait quatre ans, ça posait aucun problème pour moi, enfin pour nous.
- AS : et vous pensez que pour être parents adoptants, il faudrait se préparer ?
- M : psychologiquement, je pense qu’il faut, il faut que ça mûrisse, on ne peut pas être parents adoptants du jour au lendemain.
- AS : et ça veut dire quoi «mûrir » ?
- M : il faut se préparer ; parce que, quoiqu’on en dise, enfin je ne sais pas, je n’ai jamais eu d’enfant, mais au départ ça ne va pas être mon gosse, génétiquement parlant ce n’est pas le mien, donc je ne vais pas reconnaître en lui tout de suite des traits de mon caractère, ou de mes ancêtres ; donc si on n’est pas prêt, ça peut choquer, ça peut... physiquement il y a de grande chance qu’il ne me ressemble pas.
- AS : donc être prêt ou plutôt se préparer à devenir parents adoptants, ça voudrait dire quoi pour vous ?
- M : pour moi, c’est admettre que j’aurai en face de moi quelqu’un qui n’aura aucun de mes traits
- AS : qui peut ne pas vous ressembler ?
- M : donc il faut que je l’admette et je l’ai admis, c’est clair, sinon on n’aurait pas fait les démarches ; mais au départ il fallait que je l’admette...
- AS : donc si ça fait partie d’une préparation, ça veut dire que ce n’est pas naturel et spontané ?
- M : non ça se réfléchit, il faut se préparer
- AS : et on se prépare comment ?
- M : j’ai eu la chance d’avoir sous mes yeux les deux enfants de ma femme, et que je les accepte au sein de ma famille comme étant les miens, je pense que ça m’a beaucoup aidé. Maintenant si j’étais parti de zéro, le fait de vouloir un enfant avec mon épouse et pas avec une autre, ça vous forge, on se forge un enfant comme on le veut, comme on le pense et en se disant que le jour qu’il est là il va falloir qu’on fasse avec, avec son caractère à lui, avec le nôtre et que les deux s’harmonisent le mieux possible.
- AS : est-ce qu’il y a d’autres points sur lesquels vous pensez qu’il faudrait se préparer ?
- M : déjà pour tout ce qui est externe, on n’en a rien à faire ; la personne qui nous a sorti ça l’autre jour, elle va être bien surprise ;
- Mme : ce que je ne voudrais pas c’est qu’on l’accuse ce pauvre gosse
- M : non quand même, les gens ne sont pas tous dangereux non plus ; et surtout ce qu’on ne voudrait pas c’est qu’il ait une tare intellectuelle comme dans l’émission qu’on a vue, ils l’aimaient ce pauvre gosse, mais ils sont tombés de haut. C’est ce qu’on pense, quand on veut un gosse, on veut qu’il bouge, alors que eux c’était pareil, ils le voyaient bouger et le jour où ils l’ont eu, il a bougé pendant trois semaines et après ils ont vu qu’il avait une tare mentale et c’est un légume après et ils sont tombés de haut. Comme nous, ils se sont faits une idée de l’enfant qu’ils voulaient, et entre le moment où ils l’ont vu et le moment où ils l’ont eu, et bien on invente sa vie, on le voit, on s’invente un gosse, on le voit, et bien eux ils se sont inventés une vie autour de cette fille qu’ils avaient vue pendant deux ou trois heures et après au bout de trois ou quatre mois, c’est tombé ; ils l’ont fait voir à un médecin en France et voilà
- AS :OK : Donc vous avez un agrément, vous l’avez reçu comment ?
- Mme : au mois d’avril par la Poste. On était heureux.
- M : oui, on était content ; donc ça a été une délivrance un petit peu parce qu’on n’attend plus qu’une chose pour partir.
- AS : et cet agrément qui dure neuf mois maximum, vous avez l’impression que ça pourrait correspondre à une grossesse ?
- Mme : ah, non ; c’est maintenant le plus long ; l’agrément ce n’est rien ; le temps de grossesse c’est maintenant
- AS : et le temps d’agrément correspondrait à quoi ?
- Mme : je ne sais pas ; d’abord on a peur de ne pas l’avoir.
- AS : vous aviez une crainte ?
- Mme : oui il y a toujours une crainte
- M : on n’est jamais sûr à cent pour cent, c’est pour ça qu’on ne peut pas entreprendre les démarches
- AS : et quand vous dites «une délivrance », ça veut dire quoi pour vous ?
- M : c’est un poids en moins ; on a le feu vert, on peut y aller. C’est la première étape ; on se sent plus léger.
- AS : et vous faites quoi avec cet agrément ?
- Mme : et bien, on a fait internet, la MAI, et on a sorti les fiches des pays qui pouvaient éventuellement nous intéresser, la Roumanie, le Brésil, la Bulgarie, la Hongrie, l’Inde, le Vietnam
- AS : donc Asie et Europe, donc vous avez regardé méthodiquement les fiches ?
- Mme : et on a ciblé par rapport à la rapidité
- M : et puis par rapport à l’âge ; donc en Bulgarie c’est plus de deux ans, donc pour nous ça n’allait pas ; voilà on regarde et on fait des tris ; et puis c’est venu se greffer une émission où ils ont parlé du Guatemala, ils ont parlé de cette famille d’une petite brésilienne...
- AS : et cette émission elle vous a apporté quoi ?
- M : et bien ce qui nous a marqués, en fait le titre c’était «un enfant à tout prix », c’était la première et c’était la plus dure ; on en a vu une après mais ce n’était pas pareil.
- AS : et vous en avez retiré quoi ?
- Mme : et bien on croit pouvoir faire confiance à un organisme reconnu et en fait, ils n’ont pas tenu leurs engagements par rapport à la famille qui voulait un enfant sain, alors que la maladie de l’enfant était décelable.
- AS : donc vous vous êtes dit ?
- M : eh bien qu’il y a de la malhonnêteté de la part ce cette association qui est pourtant reconnue en France. Alors on a commencé à prendre une douche froide, si cette association fait des choses comme ça, qu’est-ce que ça va être le reste.
- AS : donc le Net, la MAI, vous faites une sélection en fonction des possibilités des pays et
- Mme : on se retrouve en Roumanie pour les vacances. Pourquoi la Roumanie ? D’après la MAI, c’est le pays qui donnait le plus d’enfants adoptables
- AS : donc le pays qui offrait le plus de possibilités
- M : et en fait, il y avait le décalage d’âge entre les adoptants et l’enfant, quarante ans maximum
- Mme : et dans d’autres pays, on ne serait pas passé parce que j’ai déjà deux enfants
- M : et en plus on avait une petite idée de la Roumanie ; mais ce qui nous a convaincus en totalité, c’est la deuxième émission où il y avait la fameuse infirmière qui était célibataire et qui avait cinquante ans qui avait adopté un enfant là-bas. Et l’autre couple qui est de la région, qui réside dans l’Ain, qui a aussi adopté un enfant roumain.
- AS : pourriez-vous dire que ces rencontres par la TV, ce sont les premières rencontres que vous avez eues avec des adoptants ?
- M : oui
- Mme : pour moi aussi. Mais pour toi, ta tante, elle a adopté
- M : enfin adopté ! enfin elle a élevé deux enfants qui l’appellent maman d’ailleurs, qui étaient à la DDASS et qui n’avaient plus de parents
- AS : et ça remonte à quand ?
- M : les gosses, ils ont une trentaine d’années maintenant ; moi, je les ai connus tout petits, j’avais une quinzaine d’années... Mais les premières personnes qu’on avait rencontrées, c’était à la réunion pour l’agrément, le jeune couple qui avait adopté une petite guatémaltèque de sept mois
- AS : et sur le Guatemala alors ?
- Mme : à l’émission de télévision oui, il y avait le taxi qui faisait la retape
- AS : parce que là vous aviez peut-être l’opportunité d’accueillir un enfant qui aurait moins de un an ; et finalement vous ne l’avez pas choisi, pourquoi ?
- Mme : parce que c’est une magouille
- M : ça n’avait pas l’air propre dans la façon de faire, nous on a compris ça comme un trafic
- Mme : et on n’était pas sûr que la maman, elle ne vienne pas frapper un jour à notre porte
- M : et puis à la deuxième émission, il y avait la fameuse infirmière qui expliquait qu’il fallait faire attention, qu’il y avait de plus en plus de trafic d’enfants et que ce n’était pas rare, il y avait un couple qui avait adopté, la fille était chez eux et il fallait qu’ils la rendent, parce qu’il y avait quelque chose, donc on a reculé, il ne s’agit pas d’adopter un enfant et six mois après de le voir repartir.
- AS : donc maintenant vous êtes en contact avec une fondation via un intermédiaire qui est à Paris ?
- M : oui, qui nous a aidés, disons
- Mme : oui, on l’a appelé
- M : voilà, on a ciblé minutieusement les associations, on s’était donné trois semaines, un jour on allait voir celle-là, et puis ainsi de suite, on en a fait plusieurs
- Mme : la première on a failli repartir tout de suite, on nous a dit que les bébés étaient pour les Américains parce que les Américains payaient bien
- M : après on en fait d’autres, et puis on en a rencontré une qui nous a expliqué le fonctionnement, que les fondations étaient obligées de faire pour avoir des enfants et ce qu’il fallait faire, ce qu’il ne fallait pas faire.
- AS : et pour y voir clair, vous avez demandé conseil à qui ?
- Mme : aux fondations, on parle anglais donc ça se passait bien.
- AS : donc aujourd’hui, quand vous avez une question à poser, soit par rapport à la Roumanie, ou une autre question, vous iriez voir qui de préférence ?
- Mme : tout dépend de la question, parce que l’assistant social est quand même là aussi pour nous aiguiller.
- M : quand il s’agit vraiment d’un problème concernant l’enfant, on s’adresse à la fondation par le Net, pour demander des éléments ou des renseignements
- Mme : et pour les papiers administratifs, à la MAI.
- M : là on est à un stade où on est en rapport avec l’association ; par contre quand il faudra y aller pour voir l’enfant ou les enfants qu’ils voudraient nous présenter, c’est le dossier médical où on va se trouver confronté à.. et il faudra qu’on fasse des démarches pour savoir son état de santé.
- Mme : la MAI nous a dit qu’il fallait aller à l’ambassade de France et ils nous donneraient l’adresse de médecins pour faire des examens complémentaires.
- AS : je passe à autre chose. Avec qui vous parlez plus facilement de votre projet d’adoption ?
- M : avec la famille surtout
- AS : vous avez l’impression qu’il y a certaines familles ou parents adoptants qui ont été importants dans votre projet ?
- Mme : on n’en connaît pas
- M : on n’en connaît pas. Les seuls qu’on puisse connaître c’est à travers la TV
- AS : et si vous aviez une demande à faire auprès de parents adoptants, donc qui ont déjà adopté, ce serait laquelle ?
- Mme : combien de temps ils ont mis ? Par contre il y a un reproche que je peux faire dans la démarche, c’est quand on reçoit les fiches de la MAI, en passant par une association française, j’ai eu la désagréable surprise de m’entendre dire qu’il fallait à nouveau passer des tests avec des psychologues, et qu’il fallait à nouveau prendre au minimum une année, alors ça, ça a été le coup de grâce
- AS : et c’est ça qui vous a fait dire que vous n’iriez pas voir un organisme français.
- AS : vous auriez aimé être plus informés
- Mme : sur ça oui
- AS : et ça aurait été à qui de le faire ?
- Mme : et bien c’est à l’assistant social parce qu’on n’a pas été préparé à ça. On aurait été préparé psychologiquement, ils nous auraient dit, si vous voulez passer par un organisme agréé, sachez que vous devrez à nouveau passer par des tests, ça prendra approximativement tant de temps, on s’y serait fait.
- AS : est-ce que vous voulez dire, il manque un peu d’informations
- Mme : et bien, sur ce coup là, il en a manqué carrément
- M : en fait, on n’a eu peu d’informations de la Dipas ou de l’assistant social, nous disant «voilà, maintenant vous avez l’agrément, même si on ne l’avait pas, vous avez la solution de vous adresser à tel organisme, attention ça coûte tant, à tel autre...
- AS : et pourtant quand vous avez été reçus à la Dipas lors d’un premier entretien, l’assistant social vous a donné de l’information, mais visiblement vous ne l’avez pas gardée en mémoire ?
- Mme : et bien moi je n’ai pas entendu qu’avec les organismes il fallait repasser par des tests psychologiques ;
- M : voilà, mais dans l’Ain, il y a bien des gens qui ont adopté donc reconnaître une bonne fondation d’une mauvaise.
- AS : une fois que vous avez l’agrément, vous auriez aimé avoir quoi comme informations et par qui ?
- M : je pense que les personnes avec qui on était en contact c’était la psychologue et l’assistant social, mais c’est pas son travail à elle, je ne pense pas que ce soit son travail, je pense que c’est l’assistant social qui, au stade de l’agrément, à la limite quand vous envoyez un papier, ou «vous avez votre agrément, venez le récupérer », on passe vous voir et on a un entretien et vous nous expliquez comment il faut faire avec cet agrément. De nous dire attention, vous pouvez y aller, mais vous risquez d’être confrontés à telle et telle chose...
- AS : vous avez été surpris de recevoir l’agrément par la poste ?
- M : non, mais ce qui aurait été bien c’est que l’assistant social ou quelqu’un du service nous le donne, qui nous dise «voilà votre feuille d’agrément, bienvenue dans le monde des adoptants, simplement vous l’avez, qu’est-ce que vous comptez faire ? ». Et en fonction des émissions de TV qu’on avait vues, on aurait demandé telle chose. Un peu plus d’aide sur ce qui nous attend, sur ce qui va nous arriver.
- AS : les relations que vous avez eues avec les professionnels, vous les qualifieriez comment ?
- M : pour nous, c’était normal ; c’était professionnel, il n’y a pas de laisser-aller, on n’a pas ressenti que c’était une formalité, je pense que c’était professionnel.
- AS : et vous ne trouvez pas gênant que ce soit les mêmes personnes qui fassent l’agrément, qui vous donnent des informations et qui assurent le suivi ?
- Mme : non, pas du tout. Au contraire.
- M : oui, au contraire, l’assistant social a un suivi de A à Z
- Mme : c’est le parrain en fait de l’enfant, c’est la personne qui nous a accompagnés dans les démarches pour avoir le gosse. Au contraire, oui, je préfère avoir la même personne, parce que raconter sa vie à d’autres personnes, bon
- M : je pense que dans certains cas, l’assistant social, il pourra comprendre, il ne sera pas surpris parce qu’il nous connaît. On parlait d’ethnie tout à l’heure, si c’est une autre personne, elle ne comprendra peut-être pas qu’on n’a pas eu d’enfant noir ou vietnamien... Là, l’assistant social, il nous a suivis, il nous connaît bien, de A jusqu'à Z.
- AS : donc le fait de bien connaître quelqu’un permettrait un meilleur accompagnement et un meilleur suivi ?
- M : oui, certainement
- AS : et vous accompagner, ça voudrait dire quoi ?
- Mme : et bien nous aider dans les coups durs
- M : dans les démarches, dans le manque d’informations, dans les problèmes de papiers... et puis l’accompagnement se continue une fois que l’enfant est là et on va se trouver certainement dans une situation que l’assistant social aura vécue avec d’autres parents adoptants.
- AS : et pourquoi ce serait de préférence l’assistant social plutôt que directement les parents adoptants ?
- Mme : vous connaissez mieux notre caractère
- M : je pense que ce serait intéressant éventuellement une fois que l’enfant est là, pour voir des problèmes qu’ils ont déjà rencontrés.
- AS : ce qui est un peu étonnant dans votre démarche, c’est que vous n’avez pratiquement pas rencontré de parents adoptants,
- Mme : on en a eu au téléphone, avec un couple qui avait adopté un enfant au Vietnam
- M : c’est vrai, mais en fait le problème, je pense qu’il faudrait qu’on s’y attache
- AS : mais en tout cas, ce n’est pas un besoin pour vous ?
- Mme : et bien non
- AS : et le premier couple adoptant que vous avez vu à la TV, avait adopté quel enfant ?
- Mme : une enfant vietnamienne ; la première émission nous montrait ce qu’il ne fallait pas faire.
- AS : Vous disiez que vous en avez beaucoup parlé entre vous, à quoi ça sert d’en parler comme ça ?
- M : déjà être sûr qu’on est sur la même longueur d’onde, d’être sûr qu’on n’a pas changé d’avis, après... ;
- AS : donc en parler ?
- M : le problème, c’est qu’on est toujours en attente de quelque chose, d’une réponse, de quelque chose, on attend toujours, donc en parler, c’est extérioriser l’impatience qu’on a, il vaut mieux que ça sorte.
- AS : est-ce que vous auriez autre chose à me dire par rapport à l’accompagnement ?
- M : non, on a parlé de l’accompagnement avant, mais ce qui me paraît important, c’est qu’on leur annonce qu’ils ont l’agrément de vive voix, directement. Parce que c’est vrai qu’on a été surpris avec l’agrément : «qu’est-ce qu'on va faire maintenant ?
- AS : et si vous aviez à me dire les personnes qui sont les plus importantes pour votre projet, ce serait qui ?
- M : l’accompagnateur, et la MAI et notre intermédiaire à Paris qui avait adopté aussi. Les personnes qui ont adopté en fait, elles rentrent en jeu à partir du pays où elles ont adopté, c’est pas les mêmes législations ; donc s’il y a quelqu’un qui peut nous aider, c’est quelqu’un qui a adopté dans le pays où on veut adopter, qu’il nous explique sur quels points il a buté.
- Mme : et puis après une fois qu’on a l’enfant.
- AS : je vous remercie de cet entretien.