Entretien n° 20. Monsieur et Madame PONCET : « Qu’il ne soit pas différent de son frère ».
- AS : donc vous avez obtenu un agrément en 98, vous en aviez fait la demande en 97, pourquoi avez-vous fait cette demande ?
- M : on avait des difficultés à avoir des enfants, suite à une maladie génétique de ma femme, donc on s’est tourné vers l’adoption, sachant qu’on aurait d’énormes difficultés pour avoir des enfants, ma femme avait déjà fait une fausse-couche tardive, ce qui nous a amenés à envisager l’hypothèse de l’adoption ; on avait la possibilité, peut-être d’avoir un enfant, mais c’était vraiment hypothétique, donc on s’est tourné vers l’adoption ; on a mûrement réfléchi notre désir d’avoir un enfant.
- AS : et il s’est passé combien de temps entre. ?
- Mme : en fait on s’y est pris à deux fois ; on a fait une première demande deux ans avant de rencontrer l’assistant social la première fois ; on avait fait les premières démarches, un courrier et on avait dit “on va attendre, on va réfléchir encore un peu” ; je crois qu’on a vraiment démarré deux ans après...
- M : oui, c’est ça, on a mûri ça pendant deux ans et on a fait notre demande au bout de deux ans, sachant qu’on réfléchit toujours d’ailleurs...
- Mme : c’est pas quelque chose qui se fait sans y penser, sans...
- AS : vous continuez de réfléchir, de vous poser des questions sur l’adoption ?
- Mme : à plein de choses, autour de l’enfant, c’est aussi la venue de Rémi, le fait d’être vraiment parents maintenant, de savoir un petit peu comment ça marche, ce que c’est que d’être parents ; ça fait poser des questions.
- AS : vous avez eu un parcours médicalisé ?
- M : non, c’est plutôt des accidents.
- Mme : voilà, je vais vous expliquer. Pour être enceinte, ça ne pose pas trop de problème ; c’est la grossesse qui est difficile ; en fait c’est un peu l’inverse des autres couples.
- M : on n’a pas vraiment un problème de fond, c’est plus un problème mécanique, donc on y a pensé dès le début, et en plus tu as été malade...
- Mme : oui, j’ai eu un cancer du col quand j’avais vingt cinq ans
- M : donc à partir de ce moment là, on a su qu’on aurait des problèmes.
- AS : vous aviez déjà pris vie commune ?
- M : oui, ça faisait longtemps, on était ensemble depuis sept ans déjà.
- AS : quand vous avez pris commune, vous ne saviez pas donc que vous auriez des difficultés, quand vous l’avez appris, vous l’avez vécu comment ?
- Mme : il y a d’abord la maladie, parce que ce n’est pas une maladie anodine, c’est vrai que ça fait peur, donc en premier il faut sauver sa peau, c’est ça à quoi on pense en premier et ensuite, j’ai eu une première grossesse, j’ai été mal suivie, je ne peux pas avoir de grossesse normale, et à cinq mois de grossesse, grosse catastrophe, donc là encore je m’en suis sortie par miracle, parce que c’était très compromis, pour le bébé et pour moi, donc après on a pensé à l’adoption parce que je me disais finalement “j’ai été enceinte, donc... ” j’avais une approche de ce que pouvait être une grossesse, tout ça, donc c’était pas tant cette idée là qui me... c’était avoir un enfant, c’était l’après.
- AS : donc ayant été enceinte, vous n’avez pas eu après le sentiment d’en être privée, vous savez ce qu’est être enceinte ?
- Mme : voilà, par contre je n’avais pas d’enfant.
- AS : donc quand vous pensez adopter, vous souhaitez accueillir quel enfant ?
- Mme : un bébé ; voilà un : tout bébé.
- M : c’était notre seul... mais autrement on était ouvert à tout... un enfant étranger, il n’y a pas de problème.
- AS : et le fait d’avoir Rémi, c’est venu modifier l’attente d’un enfant qui vous arriverait par l’adoption ?
- Mme : c’est toujours pareil, ce qui a été modifié c’est tout ce côté, difficultés, démarches, cette attente, ça nous pèse. Je dirais qu’on a déjà tellement eu de soucis, de problèmes, qu’on aimerait que ce soit maintenant facile.
- AS : donc ce n’est pas tellement le fait d’accueillir un enfant en adoption qui vous pose question, c’est le fait de vous remettre dans des choses qui vous paraissent des obstacles difficiles ?
- M : et pour un enfant naturel, c’est pareil, on a eu la chance d’avoir Rémi, mais il y a toujours un très grand risque, on ne peut pas lancer ça comme ça et dire c’est parti, c’est toujours très compliqué ; il n’y a aucune garantie et il y a de gros risques. En fait, quand on a décidé d’avoir Rémi, on ne prenait un risque que pour nous, on ne mettait personne d’autre en cause ; là actuellement c’est différent. Il y a d’autres questions, pour un deuxième enfant, pour un enfant à l’étranger, il faut aller sur place, c’est quand même lourd.
- AS : donc cet élément par rapport à l’âge et vous disiez, vous n’aviez pas d’autre souhait ?
- M : non excepté peut-être pour l’Afrique noire et le Maghreb, plus par rapport à la situation française que par conviction personnelle.
- AS : quand vous avez pensé à l’adoption ou commencé les démarches pour l’agrément, vous connaissiez des personnes qui avaient adopté ?
- Mme : on avait été en contact avec des gens, mais on ne les avait pas rencontrés, c’était des amis d’amis, qui avaient une petite fille biologique et ils avaient adopté une petite fille vietnamienne, et nous on était très axé justement sur l’Asie, donc on les avait eus au téléphone, ils nous avaient donné quelques renseignements sur comment ça s’était passé pour eux ; mais c’était juste avant que l’adoption soit modifiée par la Convention de La Haye, parce qu’ils étaient passés directement.
- AS : donc ce sont les premiers adoptants que vous avez rencontrés, et par téléphone ?
- M : voilà, et on a eu aussi des contacts avec des adoptants qui avaient adopté un enfant tchèque, c’est un peu marginal parce qu’il y a peu d’adoption, mais ça n’avait pas été très poussé parce qu’il y a peu de possibilité.
- Mme : et on a rencontré des gens à Bourg, par l’association Enfance et Famille d’Adoption, donc suite au premier contact qu’on avait eu avec le service adoption, on s’était mis en contact avec eux, et ils avaient adopté un enfant asiatique aussi.
- AS : donc ces premiers contacts, vous les avez eus quand vous étiez en cours d’agrément ?
- Mme : oui, voilà, on nous a dit, «si vous voulez, vous pouvez passer un soir », on y est allé, en 97, on leur a posé tout un tas de questions, comment ça se passait, on a vu la petite.
- AS : et ils l’avaient eue à quel âge ?
- Mme : toute petite, à un mois ; ils nous ont expliqué que là-bas, c’était un peu différent, c’était la mère biologique qui remettait l’enfant...
- AS : et cette rencontre vous avait apporté quoi ?
- M : pour nous qui n’avions pas d’enfant, c’était ...
- Mme : c’était magique, c’était l’espoir, de se dire que c’est possible, que ce n’est pas insurmontable
- M : oui, et c’était vraiment une famille à part entière, c’était vraiment une famille tout à fait... heureuse quoi.
- AS : comme vous en rêviez ?
- Mme : oui, oui (rire), heureuse quoi d’avoir des enfants.
- AS : et vous les avez revus après ?
- M : non, parce qu’après l’agrément, ma femme est tombée enceinte, on a passé une période hors du monde, donc on est toujours adhérent à l’association, mais on ne va pas aux réunions.
- AS : et ça vous apporte quoi d’être en contact avec EFA et d’être toujours adhérent ?
- Mme : et bien comme on reçoit les livrets, on apprend plein de choses, il y a des choses concrètes de parents qui parlent de leurs difficultés, ça permet d’aborder toute la réalité...
- M : et puis c’est vrai qu’on se sent ; même si on n’est pas parents adoptants pour l’instant, on se sent, pas solidaire, mais partie prenante du monde, de ce monde. On fait des gens qui sont intéressés, on est un petit peu parents adoptants.
- AS : vous avez quels souvenirs de la manière dont s’est passé l’agrément ?
- Mme : justement un bon souvenir ; par rapport à tout ce qui est véhiculé par les médias, c’est ça aussi la première fois ce qui nous avait freinés, ça nous avait fait un peu peur, on entendait toujours “le parcours du combattent, c’est ci, c’est ça”
- M : l’inquisition
- AS : donc pour vous ça n’a pas été ça ?
- M : ça a été très...
- AS : et vous avez l’impression que ça servait à quoi d’avoir des entretiens ? et est-ce que les entretiens vous ont apporté quelque chose à vous ?
- Mme : et bien moi je pense que ça nous a bien fait progresser, vraiment ce que c’était que qu’avoir un enfant, parce que se dire, je veux un enfant comme ça, ça ne veut pas dire grand chose, il faut voir ce qu’il y a derrière, une fois qu’il est là cet enfant, comment on va faire... et ça nous a bien fait progresser. Quand je vois tous les gens qui ont des enfants, un peu comme ça, tout le monde devrait se poser un peu plus de questions, au lieu de faire les choses un peu légères.
- AS : donc vous avez l’impression que c’était en même temps une évaluation, mais pas un jugement ?
- M : non, non, pas du tout, on ne l’a pas ressenti comme ça. Non, c’est pas une enquête de moralité, c’est pas une enquête pour la personne, mais il faut quand même un minimum, ne pas faire de bêtise par rapport aux enfants, c’est plutôt une progression, une prise de conscience de ce que va être leur acte.
- AS : vous iriez jusqu'à dire que c’est une forme de préparation ?
- M : oui, tout à fait.
- Mme : oui, parce que ça pose des questions qu’on ne se poserait peur être pas tout seul.
- M : plus une aide qu’un jugement
- Mme : mais ça dépend aussi comment c’est vécu ou...
- M : le jugement on ne l’a pas ressenti, à aucun moment.
- AS : vous aviez parlé de votre projet avec qui ?
- M : famille proche, amis et entre nous, avec ma femme.
- AS : et vous en parliez facilement ?
- Mme : oh oui
- M : c’est vrai qu’on est assez ouvert et on a des amis et les familles qui sont assez ouverts aussi, on en a parlé tout de suite ; on a vécu assez facilement, ce qui est dur c’est d’attendre un enfant, mais non...
- AS : vous avez l’impression qu’il y aurait une différence entre le fait d’être parents et le fait d’être parents adoptants ?
- Mme : je ne sais pas, peut-être oui, je me dis que quand c’est son propre enfant c’est pas toujours évident au départ, pas inné quoi, alors c’est vrai que maintenant, avec un enfant dont on ne connaît pas l’histoire avant, ça doit pas toujours être facile non plus, même tout bébé la première période, c’est pas évident non plus, mais c’est quand même plus facile avec son propre enfant
- M : moi, je suis moins attaché à l’enfant biologique.
- AS : donc vous avez un agrément, et vous faites quoi ? Vous avez eu quelle réaction quand vous l’avez reçu ?
- M : même si on peut espérer qu’on l’ait, c’est quand même un soulagement de l’avoir, mais c’est vrai qu’on continuait encore les procréations, mais on n’était pas sûr du tout donc...
- AS :vous étiez dans les deux possibilités ?
- M : oui, mais les procréations, on ne pensait pas y arriver aussi facilement, donc l’adoption, c’était vraiment notre espoir d’avoir un enfant.
- AS : même s’il n’y avait pas beaucoup de suspense ?
- M : oui, parce que pour nous c’était clair.
- AS : et en même temps c’était un soulagement ?
- M : même une joie, on peut dire, ça nous ouvrait les portes, même si pour nous c’était clair et qu’on était conscient de ce que l’on faisait, il faut quand même avoir l’agrément ?
- Mme : moi, je me souviens quand j’ai reçu l’agrément, c’était champagne.
- AS : et vous étiez enceinte ?
- Mme : oui j’étais enceinte. On a arrêté les entretiens pendant l’été et j’étais enceinte début septembre.
- AS : donc vous aviez terminé les entretiens, mais il n’y avait pas encore une décision d’agrément ?
- M : voilà.
- AS : donc champagne pour vous ?
- Mme : et bien oui, c’était une super nouvelle.
- AS : vous avez l’impression d’être conforté ou reconnu comme pouvant être parents ? ou c’était autre chose ?
- M : pour nous, c’était plutôt la sanct... une autorisation administrative, une accréditation d’être parents, ça ne veut pas dire “vous êtes aptes à être parents”, parce qu’on était tranquille sur ce niveau-là, mais c’était un assentiment sur notre capacité. On était devant la porte, mais il nous manquait la clef.
- AS : et le fait d’avoir vécu des choses difficiles comme la maladie et l’absence d’enfant, votre parcours médicalisé, ça fait quoi ?
- M : ça permet de mieux rencontrer des personnes qui vivent aussi des choses difficiles, de les comprendre et de les écouter, parce que quand quelqu’un vous parle de maladie ou de quelque chose comme ça, si vous n’êtes pas au fait de savoir ce que c’est que d’être au fond du trou, vous dites, bon c’est bien, quand vous êtes passés par des éléments durs, vous comprenez mieux la personne, vous êtes prêt à l’écouter, vous écoutez vraiment ses mots (maux ?).
- AS : vous pensez que pour vraiment comprendre un couple qui n’a pas d’enfant, ou qui a passé un temps sans enfant, il n’y a vraiment qu’un couple qui a passé cette période-là qui puisse vraiment le comprendre ?
- Mme : on ne peut pas aller jusque-là, mais quelqu’un qui n’a pas connu les procréations ou la maladie, il ne peut pas se mettre à la place, il faut vraiment être impliqué, c’est vraiment un manque profond, c’est pas comme un manque d’autre chose, c’est viscéral.
- AS : et par rapport aux adoptants ?
- M : on ne peut pas dire non plus qu’ils sont les seuls à pouvoir comprendre, ce serait aller un peu loin, mais en partie quand même, il faut l’avoir vécu pour comprendre ce que c’est.
- AS : et pour vous, le fait d’avoir vécu une grossesse et un accouchement, est-ce que ça a changé ce que vous imaginiez être mère adoptante ?
- Mme : pas ma vision d’être mère, ce qui a changé c’est la réalité ; à la limite je dirais que la grossesse c’est un temps, après il y a toute la vie.
- AS : et le fait d’avoir vécu une grossesse vous fait ou pas ressentir le besoin d’être enceinte une seconde fois ?
- Mme : non, c’est même à éviter.
- AS : et quand vous comparez un agrément et une grossesse, un agrément pour vous c’est quoi ?
- M : je ne pense pas que ce soit la même chose ; tous les parents ne peuvent pas être parents adoptants, je pense qu’il faut avoir conscience de ce qu’on fait, c’est une démarche sur soi-même ; on ne peut pas comparer les deux. L’adoption c’est insérer un enfant dans son histoire, donc ce n’est pas pareil.
- AS : et le fait qu’on dise qu’un agrément ça dure neuf mois, ça vous dit quoi ?
- M : c’est vrai qu’il ne faut pas raccourcir, c’est dur pour les gens, mais pour nous, ça a fait deux ans de réflexion, plus les neuf mois, on a bien le temps d’y penser, c’est bien comme ça, c’est un minimum.
- AS : et quand vous avez l’agrément vous attendez Rémi et votre projet d’adoption est devenu quoi à ce moment ?
- Mme : c’est vrai que quand on a une attente, il y a une adaptation, donc on l’a mis en attente, un peu entre parenthèse ; on ne peut pas tout faire à la fois.
- M : et puis on s’est dit “on verra”
- AS : et aujourd’hui, vous en êtes où ?
- Mme : maintenant ce qui se passe c’est que par rapport aux démarches qu’il faut faire avec les associations, c’est presque un nouvel agrément, il faut contacter les œuvres ; certaines œuvres peuvent refaire le travail...
- AS : et vous en pensez quoi ?
- Mme : je trouve que ça fait trop, on aimerait que ce soit un petit peu plus...
- AS : et vous êtes aujourd’hui dans un projet où vous pensez utiliser votre agrément pour adopter un enfant ?
- Mme : oui, mais peut-être pas comme on se l’était fixé au départ ; le fait d’avoir à partir deux mois à l’étranger, parce qu’il y a des priorités financières, donc pour l’instant tout ce qui est Asie, c’est un peu suspendu.
- AS : et dans quelle disposition vous êtes quant à une attente ou une demande ? Vous attendez quoi ?
- M : aujourd’hui, c’est plus une phase d’attente, plus que de recherche ; on n’est pas prêt à faire des démarches ; on se pose des questions même par rapport... on aimerait bien un deuxième enfant, ça on aimerait mais sur la réalisation, on se pose des questions. Est-ce qu’on en fera un deuxième nous, c’est toujours difficile...
- AS : donc vous n’avez pas pris une décision définitive ?
- Mme : là c’est tout en suspens ; on se pose beaucoup de questions, parce qu’on ne peut pas faire... c’est presque plus compliqué qu’avant...
- M : maintenant on se pose des questions justement par rapport à Rémi, lui imposer la vie d’un autre enfant. Maintenant, c’est par rapport à lui, lui il faudra qu’il vive toute sa vie avec ça.
- AS : est-ce que c’est un élément qui vous dit “peut être qu’on n’adoptera pas ? »
- Mme : peut-être pas un enfant étranger en tout cas parce que les démarches sont difficiles... et maintenant on serait plus axé vers un enfant pupille de l’État, c’est plus passif. Et en plus, si Rémi avait quelques années de plus, ce ne serait pas plus mal, parce que je me dis “par rapport à l’adoption d’un enfant étranger, comment il va le vivre par rapport à ses copains, l’école, les voisins ? ”, moi je me suis posée la question à laquelle je n’avais pas pensé avant, c’est qu’il ne faudra pas qu’on lui dise un jour, ‘’c’est pas ton frère’’ ; ça c’est une chose qui me pose question, parce que lui il va subir. Tout ça, c’est compliqué, le regard de l’autre sur Rémi, la bêtise humaine.
- AS : et ça c’est une crainte que vous n’aviez pas avant ?
- M : non, pour nous ça ne nous gênait pas
- Mme : et puis l’enfant biologique était tellement peu probable que la question ne s’est pas posée et on pensait que ça irait dans l’autre sens, d’abord un enfant adopté et puis après...
- AS : et aujourd’hui est-ce que vous avez une attente particulière ?
- Mme : oui, j’aimerais bien qu’on puisse axer sur un pupille.
- AS : c’est ça, donc votre attente, c’est qu’un pupille vous soit confié, mais vous n’avez pas téléphoné, vous n’avez rien demandé ?
- Mme : c’est vrai parce qu’on ne sait pas trop... mais on envoie toutes les années la lettre de confirmation, on se sait pas s’il faut qu’on se manifeste plus, on ne sait pas exactement réagir en fait.
- AS : vous ne savez pas mais vous ne demandez pas non plus ? et pourquoi ?
- Mme : je ne sais pas, mais c’est vrai que c’est un peu contradictoire parce que je me dis “si le téléphone sonnait demain... ” donc c’est bien que j’attends quelque chose, c’est vrai que je ne suis pas du tout active...
- AS : vous auriez attendu que je vous téléphone ?
- Mme : non, non
- M : mais on doit être plus actif quand on est impatient, quand on n’a pas d’enfant ; avant que ma femme soit enceinte, on se démenait, on a pris contact avec les associations, on était en phase active de recherche, maintenant on est en phase passive de recherche.
- AS : OK. Il y a combien de personnes environ à qui vous avez parlé de votre projet d’adoption ?
- Mme : en comptant les amis et les familles, une vingtaine à peu près.
- AS : et quand vous parliez de la famille que vous aviez rencontrée, c’est la seule ?
- Mme : on connaît des amis du frère de mon mari qui ont adopté un enfant quand Rémi est né, on ne les connaît pas directement, mais on a des nouvelles régulièrement.
- AS : donc vous avez effectivement rencontré une famille adoptante ?
- Mme : oui, c’est ça.
- AS : et vous pourriez me redire ce qui a été important pour vous dans la rencontre avec cette famille ?
- M : c’était la réalité, la démarche était hypothétique, pour voir la réalité d’une famille, savoir que ça peut aboutir ; la dame nous a dit “de toute façon, un enfant vous attend quelque part”
- Mme : voilà, c’est ça, c’est une parole d’espoir, ça fait voir concrètement...
- M : on attend un enfant mais on ne sait pas trop où il est, et de voir des familles comme ça... le parcours n’est pas si difficile que ça.
- AS : et vous vous étiez renseignés sur le chemin qu’ils avaient pris pour adopter la petite, ils vous avaient donné des éléments ?
- M : oui, tout à fait
- Mme : mais la petite avait déjà sept ou huit ans, donc c’était un peu différent.
- AS : vous avez quels contacts avec les professionnels de l’adoption à la Dipas ?
- M : catastrophiques (rire). Non très bons, c’est vrai que ça s’est bien passé, on a pu parler, c’était assez tranquille.
- AS : c’est resté sur un niveau professionnel ?
- M : professionnel ? non, c’est plus des rapports humains ; on sait qu’il y a quand même un jugement à la clef mais c’est pas un examen
- AS : et quand vous dîtes “humain”, ça veut dire un cadre qui dépasse quelque chose qui serait uniquement professionnel ?
- Mme : oui
- M : c’est plutôt une écoute de notre histoire, de notre vie, sur ce qu’on est.
- AS : ça vous sert à quoi d’être toujours en contact avec EFA ?
- Mme : je trouve qu’il y a beaucoup de témoignages de parents, avec les difficultés, l’adoption internationale, de savoir où on va.
- M : et puis même on se sent proche, même si on n’adopte pas, je pense qu’on se sentira toujours proche de l’adoption ; notre démarche est faite ; on n’est pas parents adoptants directement mais on est relié, on fait partie du monde de l’adoption.
- Mme : nous c’est un peu différent parce qu’il n’y a pas de frustration par rapport à une grossesse, donc le problème est réglé, donc il n’y a rien à combler.
- AS : donc vous voulez dire que dans ce qui vous motive, vous n’êtes plus dans les mêmes... ce n’est plus la même chose qui vous motiverait ?
- Mme : Non, ce serait comme celui qui déciderait d’avoir un deuxième enfant ou pas ; mais même si je n’avais pas eu Rémi, ma démarche aurait été un petit peu différente parce que j’ai déjà été enceinte, donc je ne suis pas stérile.
- AS : et le fait d’avoir un enfant est venu changer quoi dans l’attente d’un enfant en adoption ?
- Mme : par rapport à son origine ? Qu’il ne soit pas différent de son frère
- AS : qu’il ne soit pas différent de son frère ?
- Mme : oui, c’est ça, oui c’est bête , mais il y aura moins de question
- M : oui, c’est plus pour le protéger
- AS : donc le fait d’avoir un enfant a modifié un peu votre attente ?
- M : oui parce que nous on est protégé.
- AS : et quand vous disiez tout à l’heure “on n’a pas encore pris notre décision, donc on n’a pas téléphoné”, c’est que vous n’avez pas remis en route la machine ?
- M : oui tout à fait.
- AS : et le fait que je vienne aujourd’hui, ça vient faire quoi ?
- M : mais on en parle tout le temps, on est toujours branché, et on se dit “qu’est ce qu’on fait ? ”.
- AS : vous savez comment sont décidées les adoptions des enfants pupilles de l’État ?
- M : oui, en gros, c’est par ordre chronologique
- Mme : oui, c’est le Conseil de Famille qui fait l’apparentement pour chaque enfant en fonction de la famille
- AS : et aujourd’hui vous attendez quoi de la Dipas ?
- Mme : qu’on nous en confie un tout de suite ; si, c’est un peu ça (rire).
- AS : donc vous allez plutôt concentrer vos possibilités d’accueil sur un pupille ?
- Mme : oui ; ou européen à la limite.
- AS : vous avez ressenti le besoin d’être accompagnés ?
- Mr : au début les contacts avec les associations, c’est quand même difficile d’ouvrir des portes, les œuvres c’est bien que ce soit privé et indépendant, mais d’un autre côté c’est un peu tout et n’importe quoi, il y a des bénévoles. Et si on était vraiment rentré dedans, on aurait pris contact avec des gens qui seraient passés par ces œuvres, pour nous parrainer ou quelque chose comme ça, et se faire accompagner par quelqu’un qui serait déjà parti ; je pense que c’est une chaîne, se rapprocher de couples, c’est un peu l’initiation des anciens qui apprennent aux plus jeunes, sinon on part de rien, et on a tout à faire, tout à découvrir alors qu’on peut se faire aider par des gens qui ont déjà vécu ça, leur expérience...
- AS : et vous seriez allés chercher du côté des personnes qui ont déjà vécu çà ?
- M : oui, c’est vrai qu’on n’est pas allé chercher plus loin du côté d’EFA, mais on serait rentré à fond dans l’association.
- AS : ça veut dire quoi pour vous “être accompagné ? »
- M : c’est soutenir, et puis voir ces parents, voir les vrais familles, ça donne un espoir, parce qu’autrement on est face à un mur alors si vous ne voyez pas des gens qui y sont facilement arrivés, qui vous disent que c’est possible, ça devient impossible.
- AS : donc ceux qui ont adopté offrent la perspective de la réussite, de l’accueil, donc c’est plutôt de ce côté que vous iriez chercher un accompagnement, une aide ?
- Mme : oui, c’est ça.
- AS : et du côté de la Dipas, vous iriez chercher quoi ?
- M : et bien pour l’instant rien, pas trop de choses ; c’est vrai qu’on aimerait que ce soit plutôt un travail commun, que tout le monde travaille ensemble pour le bien des enfants, la facilité des parents ; maintenant on a l’impression que tout le monde travaille dans son coin, c’est pas ça, c’est peut être plus facile pour certaines personnes mais... il faudrait centraliser sans avoir toute la lourdeur administrative dessus, quelque chose d’humain, ce serait peut être ça l’évolution de la Dipas, il n’y a pas encore un travail de fond avec les associations, de se mettre en relation...
- AS : vous voulez dire qu’il y ait plus de liens entre les services départementaux et les œuvres ?
- Mme : oui c’est ça, mais que ça reste départemental, que ça reste à taille humaine, qu’il y ait plus d’intéressement entre les associations bénévoles et la Dipas ; et pas seulement que vous nous donniez les adresses.
- AS : d’autres choses qui vous paraissent importantes ?
- Mme : est-ce que vous connaissez des familles qui sont dans la même situation que nous, des familles mixtes ?
- AS : oui, et vous souhaiteriez entrer en contact avec eux ?
- Mme : et bien oui, pour voir comment ils ont fait et comment ça se passe à la maison.
- Réponse.
- AS : ça vous sert à quoi d’en parler ?
- Mme : c’est vrai qu’on en parle toujours parce qu’on est toujours dans l’hypothèse d’une adoption ;
- Mr : c’est vrai que ce serait bien que la Dipas aide un peu pour tout ce qui est démarche.
- AS : et concrètement ça pourrait se traduire comment cette aide ?
- M : justement, en prenant contact avec des œuvres, pour l’adoption internationale, que la Dipas se mette en rapport avec elles, et aussi avec les pays et les orphelinats, comme elle traiterait directement avec les autorités locales, l’adoption est claire comme ça.
- Mme : voilà pour faciliter
- Mr : oui, je me rappelle, on avait contacté une œuvre, on avait à peine reçu le dossier qu’ils demandaient déjà un chèque de... le courrier est passé à la poubelle, mais ce n’est pas très normal.
- AS : et si vous alliez en adoption internationale, vous prendriez quel chemin ?
- M : par une association agréée, parce que nous on sait ce que c’est que d’avoir un enfant, on imagine une mère qui doit abandonner son enfant, c’est terrible.
- AS : et le couple que vous avez rencontré, qui avait reçu l’enfant de sa mère d’origine ?
- M : et bien non, c’était assez clair pour eux, effectivement ils ne nous ont pas caché que ça n’a pas dû être facile pour la mère de confier l’enfant, mais à la limite ils s’étaient fait une raison, plus ou moins, ils disaient qu’elle n’allait pas pouvoir l’élever, elle donnait une chance à son enfant. Savoir le fond...
- Mme : c’est vrai que moi ça m’avait posé des questions, c’était un peu bizarre, mais enfin on ne peut pas juger.
- AS : je vous remercie de cet entretien.