VII.1.2.1.Une concertation-consultation pour les organismes HLM

Dans la typologie des formes de participation des habitants élaborée par A. MOLLET (MOLLET, 1986 ; cf. II.3.3.), quatre niveaux sont définis : la participation-information, la participation-consultation, la participation-animation et la participation directe.

Dans chacun des deux sites étudiés, les organismes HLM ont porté une grande attention à l'information des habitants. Une première réunion à laquelle étaient conviés tous les locataires concernés et à laquelle participaient les différents professionnels, a été organisée. Les représentants des habitants qui ont participé ensuite aux réunions de concertation ont été des relais dans la communication entre les organismes et les habitants, et des comptes-rendus et des notes d'information ont été régulièrement adressés aux locataires. Les visites des appartements préparatoires aux travaux ont été l'occasion d'ouvrir une discussion entre les pilotes de chantier et les ménages. La réalisation d'un logement-témoin, avec la présence des professionnels lors d'heures de visite précisées a également été l'occasion de communiquer avec les locataires.

Outre cette information collective, une information personnalisée a été réalisée avant le démarrage des travaux, qui a permis de simuler pour chaque ménage la hausse de loyer tenant compte du versement des éventuelles aides personnalisées au logement (APL). Une note dans les boîtes aux lettres et un affichage en pied d'immeuble avertissaient chaque ménage du moment de la réalisation des travaux intérieurs, de telle sorte que les habitants puissent modifier la date si celle-ci ne leur convenait pas. Enfin, les gardiens d'immeuble, auxquels les locataires ont l'habitude de s'adresser, ont également pu apporter de nombreux renseignements aux personnes qui les interrogeaient, en raison de leur implication dans la phase de concertation. Le premier niveau de participation, relatif à l'information, a ainsi été atteint par chacun des deux organismes.

Le deuxième niveau, relatif à la consultation, l'a été également pour les deux sites. L'organisation de réunions régulières, permettant aux professionnels des organismes de rencontrer directement les représentants des habitants, a instauré une forme de dialogue, par lequel les habitants avaient la possibilité de demander plus d'information, de transmettre leurs opinions sur les projets, et de proposer directement de nouvelles solutions en faisant valoir leurs arguments, même si les organismes se réservaient la possibilité d'opposer un refus à ces suggestions. Sur des questions particulières, notamment la transformation des façades, les deux organismes ont organisé des votes, de façon à tenir compte de la majorité des réponses. Les programmes de travaux ont donc évolué en fonction des réactions des habitants aux premières propositions. A Garches, par exemple, l'architecte a dû reprendre entièrement son projet initial de dessin des façades, car les habitants accusaient l'habillage des balcons de favoriser les cambriolages, en offrant la possibilité de passer aisément d'un appartement à l'autre par l'extérieur. A Gennevilliers, un long questionnaire, portant sur de très nombreux aspects des logements, a été envoyé à tous les locataires afin d'adapter éventuellement le programme de travaux, ce qui a été l'occasion pour les locataires d'exprimer leurs souhaits. La fermeture des balcons en loggias a également fait l'objet d'un vote de tous les locataires, qui devaient transmettre un coupon-réponse au gardien ou à l'organisme HLM. L'offre de participation des professionnels comportait ainsi une dimension consultative, même si les organismes restent les initiateurs, les organisateurs et les décideurs finaux des projets.

Si les deux premiers niveaux de participation : information et consultation ont été atteints à Garches comme à Gennevilliers, les deux suivants, beaucoup plus rares à l'occasion de simples réhabilitations d'immeubles, n'ont pas été mis en œuvre. Une participation-animation, qui repose sur la délégation de responsabilités à des associations de locataires structurées et organisées, n'a pu avoir lieu, de même qu'une participation directe des habitants qui seraient devenus des partenaires dans la réalisation projet. D'une part, aucune association effective n'existait avant le lancement du projet, et d'autre part, les comités de représentants des locataires, s'ils ont correctement joué leur rôle consultatif, ne se sont pas transformés en forces de proposition et d'opposition fédératrices et mobilisatrices.

Les organismes HLM ne souhaitaient certainement pas avoir à faire face à des associations ou représentants des locataires très puissants, bénéficiant d'un large soutien de l'ensemble des habitants et prêts à déclencher un conflit ouvert en bloquant l'opération en cas d'insatisfaction. Le soin qu'ils apportent à la phase de concertation leur permet d'éviter toute forme de contestation trop vive, en montrant d'emblée toute la considération qu'ils portent aux souhaits des locataires et en intervenant très vite dès qu'ils perçoivent de profonds mécontentements, afin d'éviter que ne se cristallise une opposition forte à l'ensemble du projet. De ce fait, pour éviter une participation directe des habitants qui entraînerait des pertes de temps et d'énergie importantes pour les professionnels et qui risquerait de les déstabiliser, les organismes HLM préfèrent mettre en œuvre une concertation-consultation effective, par laquelle ils s'inquiètent tout au long de l'opération de la réaction des habitants et tentent d'apporter des réponses satisfaisantes de leur point de vue, tout en conservant leurs capacités d'initiative et de décision finale.