Le 16 décembre 1988, les statuts de la fédération Sud-PTT sont déposés à la mairie de Paris. Cet événement marque la naissance officielle d’une nouvelle organisation syndicale. Elle est créée par des militants oppositionnels issus de la CFDT. Les tensions internes, qui font l’ordinaire de la vie de la confédération, s’exacerbent à l’autonome 1988. Cette année-là, la rentrée est marquée par un regain des luttes sociales, aux PTT (notamment dans les centres de tri et chez les chauffeurs de camions postaux), mais aussi dans le secteur de la santé (infirmières) ou encore dans celui des transports. Ces mouvements sont pour la plupart animés par des coordinations qui bousculent les directions syndicales. Un certain nombre de militants de l’opposition CFDT s’engagent, à revers des positions de leurs directions fédérale et confédérale, dans ces luttes et entretiennent l’agitation, ce qui contribue à exacerber des tensions préexistantes et mène à la rupture. La direction de la centrale lance une opération de « nettoyage » dans ses rangs. Lors du congrès confédéral qui se tient à Strasbourg en novembre 1988, Edmond Maire déclare à la tribune qu’« il faut exclure les moutons noirs de la contestation dont certains se réclament abusivement de la CFDT ». Des responsables syndicaux, principalement dans la région Ile-de-France, sont suspendus, démis de leurs mandats syndicaux. Alors qu’ils ne sont pas formellement exclus, ils font le choix de quitter la CFDT. Plutôt que de rejoindre l’une des confédérations existantes, dont ils rejettent les orientations et/ou les pratiques, ils s’engagent, avec une partie de leurs équipes militantes, dans la création d’une nouvelle organisation qu’ils appellent « Sud » pour « Solidaires, Unitaires, Démocratiques ».
La fédération Sud-PTT revendiquait au total 15.399 adhérents au 30 décembre 2002, dont 10.864 pour le secteur Poste et 4.535 pour le secteur Télécoms 8 . Les élections professionnelles de 1989 sont les premières auxquelles Sud-PTT participe et les résultats obtenus, après quelques mois seulement d’existence, sont analysés comme un succès : 4,5% à la Poste, 5,9% à France Télécom, avec des chiffres qui montent jusqu’à 15% en Ile-de-France. Suite aux élections professionnelles de 2000, Sud-PTT représente 28,02% à France Télécom et 18,74% à la Poste et devient la deuxième organisation, après la CGT (voir annexe n°2).
La fédération Sud-PTT est constituée de syndicats départementaux, couvrant parfois plusieurs départements (deux ou trois maximum), disposant d’une autonomie juridique (chaque syndicat membre de la fédération est doté de statuts propres) et politique. Elle réunit aujourd’hui 91 syndicats sur l’ensemble du territoire français métropolitain et les DOM 9 .
Sur un plan interprofessionnel, la fédération Sud-PTT n’est pas intégrée dans une confédération. Mais elle est membre de l’Union syndicale Groupe des dix – Solidaires, produit de la transformation du Groupe des dix 10 . Elle y entre en 1989, d’abord en qualité d’observatrice, puis en devient membre adhérente en 1992. Annick Coupé, fondatrice et première secrétaire de la fédération Sud-PTT (jusqu’en 1999) en est aujourd’hui l’une des porte-parole.
Source : Fédération Sud-PTT, dossier préparatoire à la réunion des responsables de syndicats du 14 janvier 2003. Du côté de la Poste, la plus grande partie des adhérents se trouve dans les centres de tri et, dans une moindre mesure, dans la distribution et aux guichets. Du côté de France Télécom, le syndicat est implanté de manière privilégiée dans les secteurs techniques. A l’issue du congrès fédéral de 1999, les militants de l’organisation ont décidé d’élargir leur champ de syndicalisation à l’ensemble des entreprises du secteur postal et des télécommunications. Dans les faits, l’implantation y demeure encore très limitée (dans le secteur des télécommunications, Sud-PTT est par exemple implanté dans les entreprises Céritex et Quali-Phone à Rouen ; une grande partie des entreprises dans le secteur des activités postales appartiennent à la branche transport). Sur un plan catégoriel, le syndicat demeure peu implanté dans la catégorie A et chez les contractuels, dont le nombre est pourtant aujourd’hui en forte augmentation à La Poste comme à France Télécom. Le berceau du syndicat, c’est la région Ile-de-France et c’est seulement depuis 1997 que les adhérents de province sont devenus majoritaires dans la fédération.
Dès 1993, le syndicat est implanté dans la quasi-totalité des départements français, y compris ceux de l’Outre-mer.
Le Groupe des dix naît en décembre 1981 de l’appel d’un militant de la FGSOA (Fédération générale des salariés des organismes agricoles) invitant les syndicalistes autonomes à travailler à la construction d’une unité syndicale sans s’aligner sur le modèle confédéral. Dix syndicats répondent à cet appel (SNUI, SNJ, FGSOA, FASP, etc.). Ils forment le « Groupe des 10 ». Ces syndicats, bien implantés dans leur milieu professionnel, principalement dans le secteur public, sont pour la plupart de tradition cégétiste : en 1947, quand intervient la scission entre FO et la CGT, ils choisissent l’autonomie afin de préserver leur unité. Pendant ses premières années, le G10 n’est qu’ « un pole informel de rencontres, d’échanges et de débats » et l’arrivée de Sud-PTT en provoque « le deuxième démarrage », (DENIS 2001a, p. 20 et 21). Les organisations membres les plus réformistes le quittent pour rejoindre l’UNSA – Union nationale des syndicats autonomes créée en 1993 –, ce qui permet une clarification de la ligne politique de l’organisation et accélère le processus de construction organisationnelle (il ne fallait pas « laisser à l’UNSA […] le monopole des syndicats non confédérés », A. Coupé). Désormais, la majorité des membres fondateurs du G10 se retrouvent au sein de l’UNSA. Mais le G10 a été renforcé par l’arrivée des nouveaux syndicats Sud qui se créent hors PTT, notamment à la suite du mouvement social de l’hiver 1995. Le début de l’année 1998 marque l’institutionnalisation de ce regroupement de 17 syndicats, avec la tenue de son congrès fondateur et le dépôt des statuts de la désormais « Union syndicale G10-Solidaires ». Elle compte aujourd’hui 32 organisations membres. Des structures interprofessionnelles locales se sont constituées. On en comptait 52 en 2002. Au moment de son deuxième congrès national, en novembre 2001, l’union syndicale réunissait environ 80.000 adhérents.