Des raisons très diverses ont motivé le choix de Sud-PTT : a/ c’est un terrain encore peu exploré ; b/ le succès de l’expérience suscite la curiosité ; c/ c’est un syndicat « jeune », en construction, et donc un terrain favorable à une investigation sur les principes généraux qui fondent les pratiques ; d/ et enfin, c’est un terrain ouvert et aisément accessible. Si le syndicalisme n’occupe pas – ou plus – une place très élevée dans la hiérarchie des objets travaillés par les sciences sociales 11 , le syndicat Sud a su attirer la curiosité de quelques chercheurs. Il bénéficie de l’intérêt porté par les politistes et sociologues au renouveau de la contestation sociale, dont les syndicats Sud seraient des acteurs et/ou des vecteurs. Les études disponibles demeurent toutefois peu nombreuses du fait de l’apparition encore récente de cette organisation sur la scène politique.
On peut citer le travail de Renaud Sainsaulieu, qui a réalisé une thèse de doctorat en Science politique sur le syndicalisme autonome, soutenue en 1998, et dans laquelle il intègre le cas de Sud-PTT. Il a poursuivi ensuite ses recherches sur ce terrain, travaillant sur le profil « culturel » des adhérents de Sud-PTT et sur le « modèle » sudiste, son évolution et son exportation hors du secteur des PTT (SAINSAULIEU 1998 ; 1999a et 1999b). Jean-Michel Denis s’est lui aussi intéressé au cas de Sud-PTT, mais dans le cadre d’une étude portant sur un terrain plus large, celui de l’Union syndicale G10-Solidaires (DENIS & ROZENBLATT 1998 ; DENIS 2001a et 2001b). Renaud Damesin s’intéresse quant à lui à Sud-PTT pour analyser sa stratégie syndicale et sa place dans le système de relations professionnelles (DAMESIN 1999, 2001a et 2001b). Les ouvrages parus sur le syndicalisme français après la création de Sud-PTT consacrent en général quelques pages à la nouvelle organisation, mais livrent simplement des indications succinctes permettant de situer celle-ci dans le paysage syndical (son histoire cédétiste, ses positionnements syndicaux et son audience électorale) (voir par exemple AMADIEU 1999, p. 19-27). La question du fonctionnement interne de Sud-PTT n’a donc pour l’instant pas été véritablement travaillée.
Dans ce contexte d’étendue encore limitée de la connaissance scientifique disponible sur le cas de Sud-PTT, la thèse se présente comme une contribution à cette connaissance. Cet argument, appuyé sur la rareté des analyses sur Sud-PTT, a néanmoins une portée limitée en terme de justification du choix du terrain dans la mesure où l’on a vu que, tous syndicats confondus, la vie interne des organisations est mal connue. On aurait ainsi très bien pu choisir de travailler sur la CFDT ou la CGT sans risquer de (re-)produire du déjà connu. D’autres éléments sont venus nourrir le choix du terrain d’enquête.
Ce qui motive l’attrait du chercheur vis-à-vis de Sud-PTT, c’est son succès : succès médiatique, succès en termes d’adhésion et d’implantation électorale, succès du fait de l’exportation du label Sud hors des PTT et de la naissance de syndicats Sud dans différents secteurs professionnels, dans le public comme dans le privé 12 . Sud-PTT demeure néanmoins un « petit » syndicat et, si l’on peut parler aujourd’hui de « succès », de « réussite », c’est parce que cette organisation est parvenue à s’implanter durablement dans le paysage syndical français et, au moins dans le secteur des Postes et Télécommunications, à jouer jeu égal avec les acteurs syndicaux majeurs affiliés aux confédérations. Elle a su s’imposer dans la « cour des grands » et ceci dans un contexte de crise du syndicalisme. Du fait de ce succès, la naissance de Sud-PTT constitue un des événements marquants survenus dans la vie syndicale française ces dernières années. Le terrain de Sud-PTT nous a ensuite semblé pertinent dans le cadre d’une analyse du fonctionnement syndical à partir de la question démocratique. Le syndicat est en effet de création récente et les structures et modes de fonctionnement ne sont pas encore stabilisés, les routines peu ancrées, les principes qui les fondent encore bien visibles. Sud-PTT, c’est aussi une organisation qui développe un discours autour de la thématique de la rénovation démocratique de l’action syndicale et qui place la démocratie au cœur de son projet syndical, invitant le chercheur à aller voir les débouchés pratiques de ces discours. Le choix de travailler sur le syndicat Sud-PTT répondait enfin à un motif pratique. Du fait de notre insertion militante dans un syndicat Sud-Éducation, l’accès au terrain se trouvait facilité.
René Mouriaux note « une moindre importance de la ‘syndicalogie’ au sein des principales disciplines qui y contribuent, histoire, droit, sociologie, relations professionnelles, science politique, linguistique » (MOURIAUX 1998, p. 9).
Comme le note Jean-Michel Denis, « la principale raison de l’attention manifestée par les observateurs sociaux à l’égard de Sud-PTT tient à la réussite de son développement sur le plan de son audience électorale, de ses effectifs et de son implantation géographique » (DENIS 2001a, p. 56).