Le dispositif d’enquête intègre donc un travail d’observation directe des pratiques militantes 31 , une méthode peu utilisée dans les analyses du fonctionnement interne des organisations syndicales et même plus largement dans la science politique 32 . L’étude présente donc une part ethnographique, au sens où elle mobilise des instruments ethnographiques (une enquête de terrain de longue durée et le recours à l’observation directe). Elle ne constitue cependant pas une ethnographie du groupe militant étudié dans la mesure où elle ne satisfait pas au principe d’exhaustivité établi par Marcel Mauss (MAUSS 1947, p. 7) comme un des principes fondamentaux de l’enquête ethnographique. Au contraire, la recherche a répondu à un principe de sélectivité : sélection des données sur le terrain en fonction du « problème » posé au départ, ici assez restreint, ce qui implique une « indifférence » par rapport à une partie des choses qui se passent et se disent sur le terrain. Pour autant, la trame déployée permet de rendre compte d’une part importante du fonctionnement du syndicat étudié.
Voici quelques références bibliographiques sur cette méthode. Pour des réflexions et conseils pratiques sur son usage : ALTHABE 1990 ; ARBORIO FOURNIER 1999 ; BEAUD WEBER 1997 ; GRIAULE 1957 ; PERETZ 1998 (notamment pour les utiles conseils d’écriture, p. 93-94) ; QUIVY VAN CAMPENHOUDT 1995, p. 199-203. Pour quelques exemples d’analyses s’appuyant sur de l’observation directe : MASSON 1997 (analyse appuyée sur un travail d’observation participante, dans une position d’enseignant, dans des établissements scolaires du secondaire) ; BALAZS & FAGUER 1986 (analyse appuyée sur un travail d’observation non participante de réunions d’une commission d’orientation des élèves dans des sections d’éducation spécialisée) ; BIZEUL 2003 (compte-rendu d’une enquête ethnographique au sein du Front national, une étude « de l’intérieur », « par implication directe », avec pour principal lieu d’insertion l’Entraide nationale, une association caritative liée au FN, voir particulièrement le 1er chapitre « Un monde à part », p. 23-69, et la conclusion générale dans laquelle l’auteur revient sur les modalités du travail empirique qu’il a mené).
On peut faire mention de deux exceptions avec le travail de Pierre-Éric Tixier qui, dans le cadre de son étude sur la CFDT, a réalisé de nombreuses observations du travail des instances de décision de l’organisation, notamment des organes de décision confédéraux (TIXIER 1992), et aussi le travail Jean-Michel Denis qui a travaillé sur le G10-Solidaires et qui, revendiquant « une approche par observation, voire même par immersion », a assisté à de nombreuses réunions et décrit le déroulement des réunions du Conseil national du G10 (DENIS 2001a). Si l’on ne s’en tient pas qu’aux analyses des organisations syndicales et que l’on élargit aux organisations militantes, il semblerait que l’on assiste aujourd’hui à une ouverture méthodologique sur l’observation directe. On peut citer par exemple les travaux très intéressants de Daniel Mouchard sur AC ! et de Janine Barbot qui a travaillé sur la prise de parole dans les réunions hebdomadaires d’Act-Up (BARBOT 1995).