Le choix de recourir à l’observation directe répond à une volonté de capter les pratiques au moment où elles se produisent, et pas simplement après coup, par le biais de récits, de témoignages ou par d’intermédiaire de comptes rendus écrits. Il nous a semblé que l’usage de cette méthode était prescrit par les ambitions de la recherche : analyser un projet de démocratie à l’épreuve du quotidien, analyser le travail quotidien des acteurs militants dans l’organisation, comment ils s’organisent, comment et où ils décident, etc. Le recours à l’observation directe permet d’avoir accès à des choses qui importent peu pour les acteurs et/ou qui sont de l’ordre de l’indicible, à ce qui est de l’ordre de ce « savoir-faire quotidien […] incorporé et donc inexprimable » (CHAMBOREDON et alii 1994, p. 130), et donc d’avoir accès à des éléments qui n’apparaîtront jamais dans les comptes-rendus et que l’on aura du mal à faire dire, dont on aura du mal à obtenir une restitution dans le cadre de l’entretien 33 . C’est notamment le cas de la prise de parole, de la production de l’accord et de la clôture de la discussion, éléments qui nous ont particulièrement intéressée ici.
Recourir à l’observation directe permet de mesurer les limites importantes des analyses, de type juridique, qui rendent compte du fonctionnement interne des organisations syndicales en s’appuyant presque exclusivement sur l’analyse des comptes rendus de réunions et des textes officiels (statuts et règlements intérieurs), sans aller voir directement comment les choses se passent. On s’aperçoit en effet que les pratiques qui se déploient à l’intérieur des organisations débordent constamment et largement ce que l’on peut lire dans les comptes rendus et ce qui est prescrit par les textes statutaires.
Pour éclairer ce point, on peut reprendre la distinction opérée par Anthony Giddens entre « conscience pratique » et « conscience discursive » La conscience pratique renvoie à « tout ce que les acteurs connaissent de façon tacite, tout ce qu’ils savent faire dans la vie sociale sans pour autant l’exprimer directement de façon discursive » (GIDDENS 1987, p. 33) et la conscience discursive à « tout ce que les acteurs peuvent exprimer de façon verbale (orale ou écrite) » (p. 440).