La retranscription des entretiens

Presque tous les entretiens ont fait l’objet d’une retranscription intégrale. Le travail de retranscription produit un effet bénéfique pour l’analyse. C’est en effet un moment propice à la découverte de pistes de réflexion et à l’ébauche d’analyses.

Dans le travail de retranscription, le choix a été fait de réécrire légèrement les propos d’acteurs, de les « toiletter ». La réécriture consistait principalement à éliminer les répétitions, les hésitations, les « euh », les « bon », les bafouillages – sauf quand ils nous ont semblé dénoter une gêne et une hésitation significative par rapport aux questions posées –, à reformuler parfois, de manière prudente et minime, des propos, à reconstruire les phrases sur un plan syntaxique, en demeurant toujours attentive à ne pas altérer le sens du propos et à respecter les choix de vocabulaire. Ce choix, qui n’avait pas été celui fait lors des travaux de recherche précédents, répond en fait à la prise en compte de remarques formulées par des militants qui se sont sentis dévalorisés dans la retranscription, strictement fidèle, qui était faite de leur propos et pouvant en effet donner parfois l’image d’une maîtrise limitée de la langue. Deux des quatre militants qui ont eu entre les mains notre compte rendu de recherche de DEA nous ont adressé une remarque de ce type : un, rapidement après la restitution, à l’occasion d’une rencontre informelle dans le local syndical, et l’autre, bien plus longtemps après, à l’occasion d’un nouvel entretien dans le cadre du présent travail (l’échange est restitué ci-après). Il convient de noter que ces deux militants font partie des militants du syndicat les mieux dotés en ressources linguistiques et discursives et qu’ils ont suivi des études supérieures. Cette réclamation nous a semblé juste et a donc été prise en compte. La retranscription écrite scrupuleuse d’un discours oral est déformante et accentue en les fixant dans l’écrit des défauts de langage invisibles dans le cours d’une discussion (les normes du bien parler sont différentes des normes du bien écrire). Il faut aussi reconnaître que le chercheur n’hésite bien souvent pas à gommer les hésitations qui marquent aussi son discours quand il pose des questions. Enfin, il nous a semblé que cette réécriture n’entamait en rien ici la richesse du matériau recueilli en entretien (ce qui pourrait être le cas dans d’autres études) 43 .

Voici donc un extrait d’entretien réalisé avec un militant du syndicat étudié et qui faisait partie des militants interrogés dans le cadre de notre recherche de DEA. Nous nous rencontrons dans un café, après sa journée de travail. Je mets mon dictaphone en marche. Alors que je m’apprête à poser ma première question, il dit :

Je lui fournirai ensuite la retranscription réécrite de notre entretien en l’invitant à me signaler ce qui éventuellement ne lui conviendrait pas dans celle-ci. Il ne me demandera finalement aucune modification.

Parallèlement aux entretiens planifiés, préparés et enregistrés, dans le cours de nos séances d’observation et même en dehors, lors de rencontres au local syndical, dans des cafés au moment de l’après-réunion, dans des déjeuners, des manifestations, etc., nous avons aussi multiplié les discussions, conversations, échanges, à caractère informatif ou personnel, avec les acteurs. Nous désignons ces échanges comme des « conversations informelles », c’est-à-dire non préparées, non enregistrées, sans prises de notes. Nous nous sommes néanmoins efforcée de les retranscrire après coup. Dans ce cas de figure, les propos restitués ne constituent qu’une version approchante de ce qu’il s’est effectivement dit.

Notes
43.

Voir dans BEAUD & WEBER 1997 le propos sur l’inutilité de la transcription littérale des entretiens, p. 245.