L’analyse de documents

Les principaux types de documents militants analysés ont été : 1/ les textes statutaires (statuts et règlements intérieurs, charte identitaire) du syndicat étudié et de la fédération Sud-PTT ; 2/ les documents de congrès fédéraux (documents préparatoires et textes adoptés) ; 3/ les comptes-rendus de réunions syndicales du syndicat étudié (bureaux syndicaux, assemblées générales et congrès). On a aussi exploité des documents à usage interne, notes internes et guides divers. On a aussi utilisé un ouvrage réalisé à l’occasion du 10ème anniversaire de la naissance de la fédération Sud-PTT, produit d’une collaboration entre une journaliste et une militante fondatrice, revenant sur la création et les dix premières années d’existence du syndicat (COUPE & MARCHAND 1998).

Un des problèmes qui s’est posé sur le terrain a été la confrontation avec un mode de gestion des archives de l’organisation pour le moins anarchique (déploré par les militants eux-mêmes), et ceci tant au niveau du syndicat étudié que de celui de la fédération. Il n’y a pas, comme dans les confédérations (CGT ou CFDT), de centre de documentation et de centre d’archives, avec des personnes en charge de leur gestion et de leur mise à disposition. C’est ainsi qu’il a fallu « faire avec » les archives personnelles de militants et avec ce qui pouvait être stocké ici ou là. Dans le syndicat étudié, nous avons eu la chance de pouvoir profiter des archives personnelles d’un militant, soucieux de la conservation de la mémoire de l’organisation, une préoccupation sans doute liée à sa formation d’historien et à la prolongation de son goût pour cette discipline par son investissement dans une association de conservation de la documentation militante. Nous le remercions ici d’avoir bien voulu les mettre à notre disposition.

A côté des notes d’observation, des entretiens et des documents, nous disposions aussi de données recueillies au cours de deux (mini-)enquêtes par questionnaire. Une enquête réalisée par une militante du syndicat étudié, à l’exploitation de laquelle nous avons participé, menée auprès des adhérents sur leur investissement syndical. Une enquête réalisée auprès des participants au dernier congrès du syndicat étudié (congrès n°3). Ces deux enquêtes ne fournissent qu’un matériau très limité.

La thèse s’organise autour de deux grandes parties. La première est consacrée à la description et à l’interprétation du projet de démocratie de Sud-PTT. Ce projet est envisagé à la fois sous l’angle des principes normatifs qu’il mobilise et sous l’angle des modes de structuration et de fonctionnement dans lesquels il est objectivé. On verra qu’il est très marqué par l’expérience militante des fondateurs du syndicat, mais qu’il est aussi nourri d’éléments liés au contexte dans lequel il s’est construit : contexte syndical et contexte social général.

Dans la deuxième partie, nous observons et analysons ce projet de démocratie dans sa confrontation avec le quotidien de l’organisation militante. Le propos se déroule à partir d’un certain nombre de « coups de projecteur » sur une sélection de thèmes liés au fonctionnement interne de l’organisation, mais qui n’en recouvrent pas toutes les facettes. On analysera l’investissement militant, le fonctionnement des instances de délibération du syndicat étudié, en portant une attention particulière à la prise de parole. On s’intéressera ensuite à la décision et au vote, procédure souvent associée, de manière quasi « naturelle », au principe démocratique, en prenant en compte à la fois ses usages et ses non-usages. On traitera ensuite du contrôle des responsables syndicaux, avant de terminer sur la question des permanents syndicaux et de la mise à l’épreuve des règles qui entourent leur usage.