Élaborer un cadre d’analyse du fonctionnement d’une organisation syndicale à partir de la notion de projet, c’est introduire une part d’intentionnalité dans l’explication des pratiques des acteurs qui y agissent 48 . La notion d’intention occupe une place centrale dans la phénoménologie husserlienne et elle désigne « l’éveil ou encore l’environnement d’idées qui oriente une action » (PHAR0 1992, p. 137). Patrick Pharo précise que « l’intention est une idée qui oriente l’agir en direction du futur et qui s’incarne dans des mouvements physiques ou symboliques […] – une intention qui n’aurait aucune réalisation physique ou symbolique extérieure n’étant pas une intention, mais plutôt une simple idée » (p. 137). On verra que le projet de démocratie est objectivé dans des dispositifs de fonctionnement qui contribuent à en permettre la réalisation pratique. Nous parlons ici d’intentions normatives (collectives) dans la mesure où les intentions définies par le projet renvoient à une forme de bien commun, ici la démocratie.
Dans son ouvrage Les règles du jeu, Jean-Daniel Reynaud mobilise la notion de projet dans la définition de l’acteur collectif, du groupe social, etc. Il écrit : « Ce qui nous semble définir un groupe social, ce n’est pas le fait d’être ensemble. […] C’est au contraire une finalité, une intention, une orientation d’actes, ce que nous avons appelé un projet » (REYNAUD 1989, p. 91). Dans son analyse des mouvements sociaux, Erik Neveu définit l’action collective comme un « agir-ensemble intentionnel » (NEVEU 2000, p. 10).