Le projet sudiste ou la dissolution des fins dans les moyens

René Mouriaux pointe la distorsion entre les buts affichés par les syndicats (l’émancipation sociale) et la fonction sociale qui leur est attribuée (permettre la participation des travailleurs à la détermination de leurs conditions de travail), et donc une vision des syndicats comme porteurs de démocratie, et leurs formes organisationnelles souvent perçues comme bien éloignées de la démocratie : « à l’origine porteurs de démocratie, ils [les syndicats] sont perçus comme des institutions contraignantes pour ne pas dire bureaucratiques. En analysant leurs règles de fonctionnement, la structure de participation qu’ils proposent, la culture qu’ils véhiculent, nous nous interrogerons sur le contraste existant entre le but affiché d’émancipation collective et les rigidités constatées ou attribuées aux organisations syndicales de salariés, entre la nature volontaire de l’association et les contraintes qui marquent son fonctionnement » (MOURIAUX 1983, p. 11-12).

Le projet de démocratie de Sud-PTT s’inscrit dans une visée de congruence entre les fins visées (« l’émancipation des travailleurs et des travailleuses ») et les moyens utilisés, qui ne doivent pas contredire ces fins et qui doivent donc contribuer à réaliser cette visée émancipatrice. On peut lire dans la charte identitaire : « la fédération Sud-PTT se doit d’avoir un mode de fonctionnement en rapport avec sa pratique syndicale et son projet de société ». « Le fonctionnement de Sud, à tous les niveaux, doit être directement en lien avec notre projet de transformation sociale » (contribution collective d’un syndicat au débat, congrès fédéral extraordinaire, 2001).

Les champs d’application du vocabulaire de la démocratie sont : 1/ le fonctionnement interne de l’organisation (moyen), 2/ la pratique syndicale en direction des salariés (moyen), 3/ la définition du projet politique/de société (fin). Mais le projet de démocratie, tel qu’il se donne à voir notamment dans la charte, répond avant tout à la question des moyens. La question des fins est presque secondaire et elle semble se dissoudre dans celle des moyens. On aurait un renversement par rapport aux idéologies qui ont animé les organisations militantes depuis la fin du 19ème et le début du 20ème. Si les fins visées restent en grande partie indéterminées, en revanche, les moyens employés pour y parvenir sont assez clairement définis.