Le projet de démocratie développé par Sud-PTT est sous-tendu par une norme participative et énonce, implicitement, en direction des salariés et des adhérents, un impératif de participation active aux affaires syndicales. Les conceptions du fonctionnement syndical, à la fois dans le rapport aux salariés et dans les rapports internes à l’organisation, sont fondées sur une logique de l’activité : le salarié est un salarié actif, l’adhérent est un adhérent actif. Le salarié s’informe, se fabrique une opinion, élabore des revendications, s’auto organise ; l’adhérent s’informe, participe à la définition des orientations syndicales, prend des responsabilités et contrôle les responsables (l’acte d’adhésion devenant alors presque secondaire) 105 . Cette logique de l’activité se déploie à partir d’un principe d’autonomie (le pouvoir de faire soi-même) et de responsabilité individuelle (le devoir de faire soi-même) 106 . La logique de l’activité est contraire à une logique de remise de soi.
On retrouve encore une fois des traits communs entre le projet de Sud-PTT et le syndicalisme d’action directe, et plus précisément avec les conceptions développées par Émile Pouget. Celui-ci répond à la question « qu’est-ce que le syndicat ? » dans un ouvrage publié en 1905, Le Syndicat (dont des extraits sont repris dans GUÉRIN 1999, tome 2, p. 90-100). Il insiste alors sur la responsabilité des syndiqués dans le fonctionnement effectif du syndicat et sur l’exigence qui pèse sur eux de prendre une part active dans le fonctionnement syndical : « pour si supérieur à toute autre forme de groupement que soit le syndicat, il ne s’ensuit pas qu’il ait une vie intrinsèque et indépendante de celle que lui communiquent ses adhérents. C’est pourquoi, ceux-ci, pour faire acte de syndiqués conscients, se doivent de participer à l’œuvre du syndicat. Et ce serait, de leur part, n’avoir pas la moindre notion de ce qui fait la force de ce groupement que de supposer s’être affirmés parfaits syndiqués en se mettant financièrement en règle avec le syndicat. Certes, il est bon de verser régulièrement ses cotisations, mais ce n’est que la plus mince part de ce que se doit à lui-même, et par conséquent au syndicat, un militant convaincu : il doit, en effet, savoir que la valeur du syndicat est moins le résultat de son encaisse monétaire que la multiplication de l’énergie cohérente de ses adhérents. » (p. 92).
On peut faire ici le parallèle avec les analyses de Fabien Granjon sur les mutations du militantisme et notamment sur le passage d’une logique de l’adhésion à une logique de l’activité (GRANJON 2001, p. 38-44). Il relie l’imaginaire social attaché au néo-militantisme et celui qui est attaché aux nouvelles technologies de l’information et de la communication : « Le néo-militantisme partage avec les plus récents réseaux télématiques un imaginaire social dont les principes fondateurs sont réglés sur le mythe de l’auto-organisation et de la participation active. Les technologies télématiques sont particulièrement porteuses d’une idéologie de l’activité, de l’autonomie et de la responsabilité individuelle, de la même façon que la nouvelle critique sociale érige en impératif catégorique la participation démocratique librement motivée dans l’action auto-organisée » (p. 11).