L’indépendance politique

L’indépendance par rapport aux appareils politiques est une des règles fondamentales posées dans la charte identitaire. Un paragraphe entier y est consacré. Il est intitulé : « indépendants mais pas neutres ». L’indépendance, c’est non seulement l’indépendance par rapport aux partis, mais aussi par rapport aux gouvernements et au patronat.

L’affirmation du principe d’indépendance politique est commune à l’ensemble des organisations syndicales et constitue un des principes essentiels énoncés dans la Charte d’Amiens. Dans le cas de Sud-PTT, comme dans le cas de la CGT ou encore de FO, l’indépendance politique proclamée ne signifie pas neutralité politique ou apolitisme. La division entre syndical et politique est récusée, comme nous l’avons indiqué en définissant le syndicalisme Sud. Sans confondre son rôle avec celui d’un parti politique, le syndicat intervient donc sur le terrain politique, s’exprime sur les questions politiques et peut participer à des mobilisations politiques, aux côtés des forces politiques. Dans la charte identitaire de Sud-PTT, le rôle du syndicat est défini comme un rôle de « contre-pouvoir face aux gouvernements et aux partis politiques ».

Le sens recouvert par le principe affirmé d’indépendance politique, c’est l’autonomie de l’organisation syndicale dans l’élaboration de ses orientations et de ses choix d’action. La charte identitaire affirme : « s’ils ont tout loisir, au même titre que chaque adhérent, d’avoir des engagements et des activités politiques, les responsables de Sud-PTT doivent veiller dans leur comportement et leur apparition à ne pas impliquer l’organisation syndicale dans ces choix ». Une règle a été mise en place pour garantir l’autonomie du syndicat par rapport aux affaires partisanes. Elle limite le cumul des mandats politiques et syndicaux. Ainsi, l’article 12 des statuts fédéraux prévoit que « les fonctions de membre du bureau fédéral sont incompatibles avec des responsabilités politiques électives nationales ou relatives à des organismes directeurs nationaux de partis ou d’organisations politiques ». Le dispositif est peu original et relativement peu contraignant 127 .

Dans le syndicat étudié, il n’y a aucune réglementation du cumul des mandats politiques et syndicaux. Les militants se montrent peu inquiets par rapport à la question du maintien de l’indépendance du syndicat et peu méfiants par rapport aux militants politiques. Il faut dire que le nombre de militants du syndicat engagés politiquement est très faible. La candidature, pour la LCR, d’Olivier Besancenot, adhérent de Sud-PTT, à l’élection présidentielle 2002 a été à l’origine de quelques remous au sein de la fédération. C’est par la voie médiatique que la plupart ont bien souvent appris l’appartenance d’Olivier Besancenot à Sud-PTT, ce qui a suscité des inquiétudes chez certains 128 . Au sein du syndicat étudié, aucune réaction d’inquiétude, de méfiance ou encore de mécontentement n’a été observée.

Notes
127.

Sur la question du cumul des mandats politiques et syndicaux à partir du cas de la CFDT, voir OPPENHEIM 1975.

128.

Olivier Besancenot n’occupait alors, et n’avait même jamais occupé, aucune responsabilité syndicale au sein de Sud-PTT.