Les dispositions individuelles sont envisagées ici comme formant un « stock de connaissances disponibles » et c’est la configuration de ce stock de connaissances chez les militants fondateurs qui est ici étudiée.
La mobilisation d’un schéma explicatif de type dispositionnel n’engage donc pas le recours à la notion d’habitus, notion clé de la théorie dispositionnelle élaborée par Pierre Bourdieu. L’habitus est un « système de dispositions durables et transposables » 153 , une « histoire faite corps ». Il est le produit de l’intériorisation des structures sociales. La portée limitée de l’analyse développée ici ne permet pas de reprendre la notion et les hypothèses de durabilité, de transposabilité qui lui sont liées. Seule l’idée de dispositions est retenue ici, comme inclinations à percevoir, sentir, penser et faire les choses d’une certaine façon.
La notion de « stock de connaissances disponibles » telle qu’elle a été définie par Alfred Schutz dans son ouvrage Le chercheur et le quotidien semble mieux adaptée à l’ambition de l’analyse produite ici (SCHUTZ 1987). Ce stock de connaissances se construit et se reconstruit de manière continue à partir des expériences vécues par l’acteur ou à partir de celles qui lui ont été transmises par sa famille, par l’école, par son milieu professionnel, ou encore, par son milieu militant. Alfred Schutz parle d’« une réserve d’expériences préalables, les nôtres propres ou celles qui nous ont été transmises » (p. 12). Les façons dont l’acteur appréhende le monde social, les conceptions qu’il développe, et donc ses pratiques, sont construites à partir de cette réserve d’expériences qui, « sous forme de ‘connaissances disponibles’, fonctionnent comme des schèmes de référence » (p. 12). Alfred Schutz envisage la flexibilité des dispositions intériorisées en fonction des situations. Il divise le monde social en sous-univers de réalité qui possèdent chacun un style cognitif propre et sollicitent un ensemble de connaissances particulières. L’activation des connaissances dont dispose l’acteur est donc, au moins partiellement, dépendante des situations qu’il traverse.
BOURDIEU 1980, p. 88.