C’est dans un centre international par opérateurs (CIO) 195 , donc à France Télécom, que Sud-PTT naît localement et que se constitue, au cours de l’année 1990, le noyau militant initial, composé de trois personnes, Henri, Sébastien et Urbain. Rapidement, en 1991, un postier, Jean, se greffe à ce noyau initial de « télécommunicants ». La création locale du syndicat ne s’opère pas sous la forme d’un processus de désaffiliation-réaffiliation, comme dans le cas parisien. Le syndicat ne bénéficiera à aucun moment du ralliement de collectifs militants préexistants.
Au moment où débute l’enquête, dans le cadre de notre recherche de DEA, c’est-à-dire en 1998, les quatre fondateurs locaux sont encore engagés dans le syndicat. L’un d’eux est toutefois rapidement muté et aucun entretien ne sera réalisé avec lui. En revanche, plusieurs entretiens seront réalisés avec les trois autres. Au moment où s’achève l’enquête, ils militent toujours dans le syndicat, mais leur engagement a évolué : leur implication militante a perdu en intensité et s’est aussi transformée dans ces formes. Nous y revenons dans la seconde partie (chapitre 1).
C’est Henri qui se trouve à l’origine de la constitution du noyau de départ au CIO. Il apprend l’existence de Sud-PTT à l’occasion des élections professionnelles de mars 1989. Le syndicat ne présente alors pas de liste localement, mais il y a une liste nationale. À partir de la lecture de la profession de foi nationale, il décide de voter pour ce nouveau syndicat. Il apprend ensuite rapidement, par voie de tract, la venue de militants parisiens pour présenter le syndicat. Il se rend à une réunion au cours de laquelle une personne présente la nouvelle organisation et indique la démarche à suivre pour monter une section syndicale. Henri a quitté la CFDT depuis un an, et, peu disposé à rester dans cette situation de non-syndicalisation, il est tenté par l’expérience Sud-PTT : « je me suis dit, pourquoi pas, ça me fera une occasion de me resyndiquer. Et puis, ça avait l’air bien, leur discours, leur manière de fonctionner, ils voulaient renouveler le syndicalisme. Donc j’ai dit pourquoi pas, on va essayer » (Henri, entretien n°1). Il adhère à ce moment-là à Sud-PTT, à la fédération d’abord, étant donné l’inexistence d’un syndicat local, signale sa présence dans l’établissement en tant que représentant de Sud-PTT, informe ses collègues sur le nouveau syndicat, et se trouve rejoint alors par Sébastien et Urbain :
Un centre qui compte à l’époque environ 130 salariés.