Les facettes multiples de l’individualisme contemporain

La notion d’individualisme présente de multiples sens, recouvre des phénomènes très divers, et son maniement impose de procéder au préalable à une clarification et à une identification des significations mobilisées.

Un processus multiforme

L’individualisme est le produit d’un processus multiforme d’individualisation. Il touche à la fois les comportements sociaux et les représentations, dans lesquelles l’individu tend à devenir une figure centrale et valorisée. Il se présente comme un processus d’autonomisation individuelle, avec des pratiques davantage individualisées, qui tendent à s’affranchir des contraintes collectives et des normes communautaires. Correspondant à une valorisation de la sphère privée, il se présente aussi comme un processus de repli sur soi. Enfin, l’individualisation, c’est aussi le développement du rapport de soi à soi 198 .

Notes
198.

On s’appuie ici sur les distinctions opérées par Michel Foucault qui pointe la diversité des phénomènes rangés sous la notion d’individualisme : « à propos de cet ‘individualisme’ qu’on invoque si souvent pour expliquer, à des époques très différentes, des phénomènes très divers, il convient de poser une question plus générale. Sous une telle catégorie, on mêle bien souvent des réalités tout à fait différentes. Il convient en effet de distinguer trois choses : l’attitude individualiste, caractérisée par la valeur absolue qu’on attribue à l’individu dans sa singularité, et par le degré d’indépendance qui lui est accordé par rapport au groupe auquel il appartient ou aux institutions dont il relève ; la valorisation de la vie privée, c’est-à-dire l’importance reconnue aux relations familiales, aux formes de l’activité domestique et au domaine des intérêts patrimoniaux ; enfin, l’intensité des rapports à soi, c’est-à-dire des formes dans lesquelles on est appelé à se prendre soi-même pour objet de connaissance et domaine d’action, afin de se transformer, de se corriger, de se purifier, de faire son salut. Ces attitudes, sans doute, peuvent être reliées entre elles […]. Mais ces liens ne sont ni constants, ni nécessaires » (dans Histoire de la sexualité, tome 3 : Le souci de soi, Paris, Gallimard, 1984, p. 59).