Le modèle d’organisation qui se dessine à partir du projet de démocratie de Sud-PTT présente des points de compatibilité avec un individualisme-autonomisation. Il intègre en effet le principe d’autonomie individuelle au cœur du dispositif d’engagement et répond à une aspiration individuelle à la participation.
L’analyse des évolutions sociales contemporaines à partir de l’idée du développement d’une aspiration à la participation est développée par une partie des militants rencontrés 204 . C’est le cas par exemple d’une militante fondatrice dans l’extrait d’entretien suivant :
On peut considérer que l’on assiste aujourd’hui à une fragilisation de la légitimité du mécanisme représentatif, en lien avec une critique de la représentation comme dépossession et avec une aspiration à la participation, les deux éléments se trouvant intriqués. La fragilisation de la légitimité du principe représentatif constitue à la fois un facteur d’individualisation (étant donné qu’elle peut déboucher sur des formes de participation plus directes et donc à une autonomisation des individus) et un de ses effets 205 .
Des enquêtes réalisées dans la période récente sur le rapport des français à la démocratie montrent une aspiration, identifiée d’ailleurs dans la plupart des pays occidentaux, à plus de participation (voir GRUNBERG & MAYER 2003, p. 218 ; MOREL 2000).
Il y a un conflit entre le principe représentatif et l’individualisme au sens d’une représentation d’un individu doté d’une irréductible singularité, et ne pouvant ainsi être représenté. Hélène Desbrousses-Peloille, dans un travail à dimension lexicologique sur les représentations ordinaires du mot démocratie, observe une critique de la représentation-délégation, émergeant surtout du côté des jeunes. Cette critique est fondée sur un principe individualiste selon lequel l’individu et son irréductible singularité ne peuvent être représentés et s’appuie sur une « démocratie conçue comme affirmation de visées individuelles irréductibles » (DESBROUSSES-PELOILLE 1984b, p. 1231).