La théorie des champs

Le concept de champ élaboré par Pierre Bourdieu, concept central de sa sociologie peut être utilisé pour éclairer la configuration du projet de démocratie développé par Sud-PTT 207 . Les champs sont des microcosmes dans le macrocosme que constitue l’espace social global. Ce sont des « espaces structurés de positions » et ils sont gouvernés par des « lois générales », des « lois de fonctionnement invariantes ». Néanmoins, chacun se distingue « en définissant des enjeux et des intérêts spécifiques, qui sont irréductibles aux enjeux et intérêts propres à d’autres champs ». Chaque champ est un champ de luttes entre les différents agents occupant différentes positions au sein du champ. La structure du champ correspond à « un état du rapport de force entre les agents ou les institutions engagés dans la lutte ou, si l’on préfère, de la distribution du capital spécifique » et il y a des dominants et des dominés. Ce qui est en jeu dans les luttes, c’est « la conservation ou la subversion de la structure de la distribution du capital spécifique ». Selon leur position plus ou moins favorable dans la distribution du capital spécifique, les acteurs des champs sont inclinés soit à des stratégies de conservation (pour ceux qui sont en position favorable), soit à des stratégies de subversion (pour ceux qui sont en position défavorable) : « ceux qui, dans un état déterminé du rapport de force, monopolisent (plus ou moins complètement) le capital spécifique, fondement du pouvoir ou de l’autorité spécifique caractéristique d’un champ, sont inclinés à des stratégies de conservation […], tandis que les moins pourvus de capital (qui sont aussi souvent les nouveaux venus, donc, la plupart du temps, les plus jeunes) sont enclins aux stratégies de subversion » (BOURDIEU 1984a, p. 115). C’est donc la position des agents dans le champ qui détermine la stratégie développée.

Notes
207.

Pour un exposé des propriétés essentielles des champs, voir BOURDIEU 1984a, « Quelques propriétés des champs », p. 113-120.