Deuxième partie- Le quotidien comme épreuve

Le quotidien syndical est envisagé comme une mise à l’épreuve du projet de démocratie tel qu’il a été défini dans la première partie. Ce qui est testé dans cette épreuve, c’est l’ajustement du projet et des dispositifs qui contribuent à lui donner une existence objective aux situations qui composent la vie de l’organisation et aux acteurs qui y sont engagés. Les dispositifs de fonctionnement permettent-il de produire des pratiques conformes aux intentions normatives qui y ont été déposées et qui composent le projet ? Le projet et les dispositifs qui l’équipent sont-ils ajustés aux individus qui font l’organisation, à leurs dispositions, aux modalités de leurs investissements dans la vie syndicale ? Les exigences de démocratie résistent-elles aux impératifs d’efficacité ?

C’est de ce quotidien syndical dont il est rendu compte ici, au moins de quelques aspects de celui-ci, à partir d’un travail d’observation ethnographique mené dans un syndicat de la fédération Sud-PTT et principalement centré sur les lieux de production de la volonté collective : les réunions syndicales. Les analyses produites ici nous conduisent à éclairer les contraintes qui pèsent sur la réalisation pratique de la démocratie au sein de l’organisation syndicale, contraintes qui peuvent être unifiées en partie par l’idée d’hétérogénéité. La contrainte principale à laquelle est soumise la réalisation pratique de la démocratie, c’est en effet la contrainte des hétérogénéités multiples qui font (et défont) l’organisation : l’hétérogénéité normative, qui place l’exigence de démocratie dans une situation de concurrence, l’hétérogénéité des acteurs, de leurs dispositions (compétences, disponibilités et aspirations) à l’égard de la participation syndicale (participation à la production de la volonté collective, à la prise en charge des tâches syndicales, à l’exercice des responsabilités, au contrôle des responsables).