1- L’épreuve de l’hétérogénéité des investissements syndicaux

La notion d’investissement syndical employée ici renvoie au fait de consacrer du temps, de l’énergie, de mobiliser des savoirs et des savoir-faire pour réaliser des tâches syndicales qui peuvent être de nature très diverse. Elle permet de caractériser le comportement des acteurs vis-à-vis de l’organisation syndicale. Il s’agit donc d’étudier, en développant une approche globale débouchant sur des éclairages spécifiques dans les chapitres suivants, la participation syndicale des membres du groupe. Les travaux de science politique sur la participation politique ont constitué une base de travail utile pour l’analyse de la participation syndicale. La participation syndicale est envisagée ici comme une des formes multiples de la participation politique et peut donc être appréhendée en mobilisant les mêmes outils 211 .

Dominique Memmi constate que les activités syndicales tendent à être plus ou moins explicitement exclues des analyses de la participation politique (françaises ou anglo-saxonnes) qui ne les intègrent que pour en faire des variables explicatives de cette participation politique. Si ces activités relèvent bien de la participation, elle ne relèveraient pas en revanche de la participation politique, ce qu’il conteste. Il écrit que « la participation sur les lieux de travail apparaît donc en quelque sorte en dehors de la sphère du public et du politique, alors même qu’elle est de fait fortement ‘orientée’, investie par les forces politiques, qu’elle est un lieu privilégié d’expression des conflits sociaux et politiques, et une incitation importante aux autres activités politiques, militantes notamment » (MEMMI 1985, p. 314). La dimension politique de l’activité syndicale est sans doute encore plus nette dans le cas d’un syndicat comme Sud-PTT, revendiquant la pratique d’un syndicalisme politique et intervenant sur des terrains qui ne font pas partie de la sphère strictement professionnelle (même si tous les adhérents ne partagent pas effectivement ni avec une égale intensité la dimension politique de cet engagement syndical).

Les données recueilles sur les pratiques de participation au sein du groupe ont conduit à confirmer un constat attendu d’hétérogénéité des investissements syndicaux – il y a différents degrés d’implication dans la vie de l’organisation et aussi différentes formes d’implication – et d’une tendance à la concentration du travail syndical sur un petit nombre de militants. Le maintien de l’exigence d’une diffusion des responsabilités syndicales apparaît dans les efforts entrepris par les militants pour inverser à la tendance à la concentration.

Notes
211.

Voir notamment la synthèse et les réflexions produites sur la question par Dominique Memmi dans le Traité de science politique, MEMMI 1985 ; mais aussi le manuel de Jacques Lagroye dans lequel celui-ci consacre un chapitre aux pratiques de participation politique, LAGROYE 1997 ; MAYER & PERRINEAU 1992.