La concentration des responsabilités, conduisant à la constitution d’un noyau militant, s’accompagne d’un renouvellement limité des militants qui le composent.
Observons l’évolution de la composition du bureau syndical et le renouvellement en son sein. Pour mesurer le renouvellement, il faut comparer la composition de l’instance à différents moments. Ici, les différents moments choisis sont : juin 1995, février 1998, avril 2000, puis novembre 2001. Nous prenons aussi en compte la composition du conseil syndical élu en mars 2003 220 .
| Nombre de membres | Répartition LP/ FT | Nombre de femmes | |
| BS juin 1995 | 13 | 2 LP/ 11 FT | 2 |
| BS fév. 1998 | 15 | 6 LP/ 9 FT | 4 |
| BS avr. 2000 | 15 | 8 LP/ 7 FT | 6 |
| BS nov. 2001 | 18 | 9 LP/ 9 FT | 6 |
| CS mars 2003 | 16 | 4 LP/ 12 FT | 4 |
Si l’on compare la composition des BS de 1998, 2000 et 2001, et du CS de 2003 avec la composition du BS en 1995, on note que : 9 des membres du BS de 1998 étaient déjà élus en 1995, 4 des membres du BS de 2000 étaient déjà élus en 1995, 6 des membres du BS de 2001 étaient déjà élus en 1995, et enfin, seul 3 des membres du CS élu en 2003 étaient membres du BS de 1995.
Un renouvellement s’opère au sein du BS. Il s’opère très progressivement, parfois difficilement, le retour des anciens en 2001 le montre. Par ailleurs, les membres les plus anciens du BS sont aussi les membres les plus assidus, les plus investis, les plus actifs dans les échanges en réunion. Ainsi, le noyau militant sur lequel repose le fonctionnement syndical se forme autour d’un « noyau dur » d’anciens.
L’élection au CS qui se tient pour la première fois à l’occasion du dernier congrès du syndicat conduit à un renouvellement partiel de l’équipe d’animation. L’élection est marquée par une situation jusque-là inédite, puisque le nombre de candidats est supérieur au nombre de postes à pouvoir. Lors des élections précédentes, il y avait toujours un nombre de candidats inférieur ou égal au nombre de postes à pouvoir. Pour le secteur FT, il y a donc 16 candidats alors qu’il n’y a que 10 postes à pourvoir. Parmi ces 16 candidats, 7 n’ont jusqu’ici jamais occupé de responsabilités au niveau interne et n’ont pour l’instant qu’un investissement militant limité, voire pour certains d’entre eux inexistant (4 femmes et 3 hommes). Les autres candidats sont des membres du BS sortant et faisaient alors partie des plus investis d’entre eux. À l’issue de l’élection, 3 des membres du BS sortant ne sont pas élus au CS et 4 des 7 candidats du renouvellement sont élus. Parmi ces 4 nouveaux élus, il y 3 hommes et 1 femme. Tous quatre ont adhéré récemment, c’est-à-dire moins d’un an auparavant, mais deux d’entre eux ont une expérience syndicale antérieure de longue durée et ont occupé des responsabilités militantes, un à la CGT (au sein de laquelle il a eu des responsabilités aux niveaux départemental et national) et l’autre à la CFDT (au sein de laquelle il a été animateur de section). Ces nouveaux ne sont pas tous de jeunes militants : l’un d’entre eux a plus de 50 ans, deux entre 35 et 50 ans et 1 moins de 35 ans.
On assiste donc lors de ce congrès à un renouvellement partiel de l’équipe d’animation du syndicat. Il faut toutefois envisager ce constat de renouvellement avec précaution et il conviendrait de s’assurer de son effectivité en observant la place prise en pratique par ces nouveaux dans le fonctionnement syndical.
Au sein du syndicat étudié, les militants acceptent toujours difficilement le départ des anciens qui apparaissent perçus comme étant irremplaçables. Quand les anciens sont en situation de retrait, les sollicitations pour demander leur retour sont fréquentes. C’est le cas par exemple avec Jean. Alors qu’il a renoncé au poste qu’il occupait depuis une dizaine d’années (depuis les débuts de l’organisation) au BS et à une partie des détachements dont il disposait (il en conserve toutefois un pour faire un travail syndical de terrain dans son établissement), il vient de temps en temps, quand il est disponible, assister aux réunions de BS. C’est quasiment à chaque fois pour lui l’occasion d’être sollicité par les autres pour reprendre des responsabilités au niveau du bureau qui lui demandent : « tu reviens quand ? » ou lui disent : « tu sais Jean, il y a un poste vacant pour le secteur Poste », etc. Dans le cas de Jean, les sollicitations ne seront pas vaines puisqu’il reviendra effectivement au BS, mais pour quelques mois seulement 221 .
La création d’un conseil syndical, élu par le congrès, est décidée lors du congrès qui se tient en mars 2003. Le premier CS est élu lors de ce même congrès. Cette réforme de la structuration des instances collectives internes maintient l’existence d’un BS, qui se transforme toutefois en une équipe plus restreinte, élue par le CS en son sein, et dont le rôle est défini comme exécutif. On peut considérer que la nouvelle instance créée, le CS, est équivalente au BS tel qu’il fonctionnait jusque là. Il est donc permis de comparer la composition des BS à l’ancienne et du CS de 2003.
Voir le point consacré aux désinvestissements syndicaux dans ce chapitre.