Si la féminisation peut sembler faible au regard des chiffres indiqués, il convient toutefois de relativiser sa faiblesse en mettant les chiffres en rapport avec le taux de féminisation de l’ensemble des adhérents. On peut considérer que le tiers des adhérents sont des femmes. Une représentation proportionnelle des adhérentes est donc atteinte dans les BS de 2000 et de 2001. En revanche, la féminisation du CS élu en 2003 est faible. Sur les sept candidates femmes qui se présentent à cette élection, seules quatre sont élues 222 .
La féminisation de l’équipe syndicale n’est pas constituée comme problème chez les acteurs étudiés. Spontanément, la question n’est guère posée, ni dans les réunions, ni dans les conversations informelles observées. Les réponses recueillies en entretien sur la question de la féminisation indiquent un intérêt inégalement partagé et globalement faible pour la problématique féministe, en tout cas dans ses applications au fonctionnement des organisations militantes. Quand il y a reconnaissance des inégalités, le discours demeure peu développé.
Dans les entretiens réalisés auprès des militants, la seule personne qui, spontanément, aborde la question de la féminisation, pour en dénoncer les insuffisances, c’est Paul. Il parle alors plus précisément de la faible féminisation des délégations qui représentent le syndicat dans les réunions fédérales. Par ailleurs, l’opposition à l’instauration de quotas pour assurer une représentation minimale des femmes au sein du BS, tel qu’il en existe au niveau fédéral dans la composition du bureau fédéral, est fermement affirmée et de façon unanime. La proposition avait été faite lors d’un congrès et massivement rejetée, par les hommes comme par les femmes, peut-être même plus par les femmes, l’opposition masculine pouvant être plus délicate à assumer (congrès n°1).
Les extraits d’entretiens suivants, illustrent l’opposition à l’instauration des quotas, même dans les cas où l’inégalité est reconnue.
Si Florence partage le constat d’une féminisation insuffisante de l’équipe syndicale, elle s’oppose en revanche farouchement à la mise en place de quotas :
De la même manière, Anne, reconnaissant l’existence d’inégalités entre les hommes et les femmes dans le syndicat (notamment dans l’influence des prises de parole), affirme son opposition au principe des quotas :
Cécile quant à elle juge la mise en place de quotas inutile. Pour elle, il n’y a pas de problèmes d’inégalités entre les hommes et les femmes dans le syndicat :
La sensibilité à la problématique féministe, tout en demeurant globalement peu marquée, semble liée à l’expérience militante. Anne est au moment de l’entretien très investie dans la vie syndicale. Ce qui n’est pas le cas de Florence, mais celle-ci dispose d’une expérience militante passée, récente, dans un autre syndicat Sud-PTT. Elle a par ailleurs milité, là encore dans un passé récent, à Alternative libertaire. Cécile quant à elle a un investissement restreint. Elle est entrée à Sud en 1995, sans expérience syndicale ni militante préalable. Le lien entre expérience militante et sensibilité à la problématique féministe peut s’expliquer à la fois par l’expérience concrète des inégalités dans l’engagement, mais aussi par une exposition accrue au discours féministe.
Sur l’insertion des femmes dans les organisations syndicales, voir BLASSEL & SUTTER 1984, KERGOAT 1982, MARUANI 1979.