Une vision désenchantée des adhérents

La rareté des réponses positives aux sollicitations opérées par les militants conduit parfois ces derniers à développer une vision désenchantée des adhérents, qui transparaît dans les propos qu’ils tiennent.

On peut prendre l’exemple de la réaction de Patricia, dans le cadre d’une réunion de BS, alors qu’une nouvelle sollicitation des adhérents est envisagée afin de trouver des adhérents volontaires pour s’occuper du secteur Poste et prendre ainsi la relève des militants qui l’avaient en charge jusque là et qui se sont retirés. Elle dit : « les gens s’en foutent. Ils reçoivent leur courrier, ils sont contents, et des fois il payent » (BS n°35). Toujours dans le cadre d’une réunion de BS, les militants reviennent sur une opération de sollicitation des adhérents, par courrier et par téléphone, visant à trouver des volontaires pour siéger dans les CLCN organisées sur des questions de restructurations de services à France Télécom (BS n°28). L’opération, menée par Urbain et Anne, s’est révélée peu fructueuse et, sur certains sites, aucun adhérent volontaire n’a pu être trouvé. Les militants tiennent alors des propos désabusés sur les adhérents, dénonçant les « faux motifs » qu’ils avancent pour justifier leur refus (par exemple le fait qu’ils sont favorables au boycott de ces réunions dans lesquelles ne se produit qu’une concertation de façade est avancé par certains). Pour les militants, cette justification masque leur manque d’envie de prendre en charge ce travail syndical et constitue « un moyen de se défausser ». Anne dénonce un manque de « responsabilisation » des adhérents. Urbain dira au cours de l’échange, sur un ton qui manifeste son amertume : « s’ils ne veulent pas y aller, on ne va pas y aller pour eux ». Les adhérents sont dénoncés pour leur individualisme, voire leur égoïsme, leur mauvaise foi. Ils sont mis en cause pour leur incapacité à « prendre leurs responsabilités », pour leurs attitudes qualifiées de « consuméristes », ne correspondant pas à la « vision du syndicalisme » développée par Sud, mais plutôt à « ce qu’offrent les autres syndicats » (Jacques, observation informelle, local syndical).

Le désenchantement est produit par le décalage constaté entre les comportements de passivité et de délégation de la grande majorité des adhérents et les attentes impliquées par le modèle de démocratie porté par Sud-PTT, reposant sur une implication minimale et diversifiée du plus grand nombre. Il est aussi produit par le décalage constaté entre les comportements des adhérents et les comportements prescrits dans une logique de performance organisationnelle : il faut développer les forces militantes pour faire face aux tâches qui pèsent sur le syndicat et assurer ainsi une efficacité syndicale minimale. Sur ce point, l’exigence d’efficacité organisationnelle et l’exigence de démocratie se renforcent mutuellement.