Les disponibilités individuelles

L’engagement militant est aussi fonction des disponibilités individuelles. L’investissement syndical se trouve mis en concurrence avec d’autres formes d’investissement, hors de la sphère syndicale. Les activités syndicales peuvent ainsi entrer en concurrence avec l’activité professionnelle, avec une activité politique ou associative, une activité de loisirs, mais aussi avec la vie affective et familiale. L’équilibre réalisé par l’individu entre ces différents investissements aménage un espace plus ou moins grand aux activités syndicales. Les adhérents sont plus ou moins disponibles. Cette disponibilité est à la fois le produit d’un choix individuel, de privilégier certaines activités plutôt que d’autres, mais aussi d’une situation personnelle objective. Au-delà du choix individuel, une femme vivant en couple est moins disponible qu’un homme ou qu’une femme célibataire. L’indisponibilité est encore accentuée lors que cette femme a des enfants, et plus encore de jeunes enfants.

Le cas d’Annick illustre l’influence du facteur de la disponibilité dans l’engagement militant. Annick est entrée dans le syndicat en 1995. Elle est détachée un jour par semaine au moment de l’entretien duquel est extrait le propos qui suit et elle est élue au bureau syndical. Elle explique comment elle a répondu favorablement à une sollicitation intervenue dans un contexte favorable puisqu’un changement professionnel lui accordait alors plus de disponibilités pour un investissement militant : « disons que mon travail a fermé, donc j’étais beaucoup moins prise par mon travail. Le syndicat avait besoin de personnes donc je suis venue épauler le syndicat. Tu as vu que pour les bureaux, on manque de monde. Voilà, c’était surtout pour aider ». Son investissement militant demeure toutefois limité. Elle avance « le manque de temps » : « je vois, déjà, là, le syndicat, je n’arrive pas à tout faire. Je vais à certaines manifestations mais je n’y vais pas beaucoup non plus, parce que je n’ai pas le temps. J’aimerais pourtant, parce que c’est vrai qu’il faut. Si on s’engage, il faudrait faire tout. Je n’y arrive pas. J’ai une petite fille, je peins, j’ai plein de trucs comme ça, et je n’arrive pas à tout faire ». L’engagement syndical se trouve ici mis en concurrence avec sa vie familiale (et particulièrement le temps qu’elle consacre à sa petite fille) et ses loisirs (la peinture). Elle ne présente qu’une disponibilité limitée pour l’engagement syndical, n’envisage pas de le faire primer sur d’autres formes d’engagement.

Un changement dans la vie personnelle des militants peut conduire à un réajustement de l’investissement syndical, sa réévaluation à la baisse, afin de se consacrer plus à sa vie privée ou alors sa réévaluation à la hausse.

Marianne explique comment elle a revu son investissement syndical à la hausse, en devenant membre du bureau et en prenant un détachement syndical un jour par semaine, depuis que ses enfants ont grandi, sont plus autonomes et demandent moins de disponibilités :