Les perceptions de l’activité militante et du collectif militant

Pour comprendre l’investissement militant, il convient aussi de prendre en compte les perceptions individuelles de l’activité militante et du collectif militant qui créent des conditions favorables ou défavorables à l’implication.

Le frein à l’investissement exercé par la perception d’un collectif sous tension

L’investissement militant peut répondre à un effet d’attraction exercé par le collectif militant, par l’image d’une ambiance chaleureuse, de camaraderie, qu’il diffuse. Inversement, lorsque le collectif militant donne l’image de la division, de la désunion, comme c’est le cas lors des congrès et AG qui se déroulent dans des moments de tensions internes fortes qui rejaillissent dans les discussions, ou quand les discussions sur le fonctionnement interne mettent au jour les « problèmes de personnes » qui traversent le collectif militant, l’image du collectif syndical constitue un frein à l’implication.

Ainsi, par exemple, dans le cadre d’une discussion en AG sur le fonctionnement interne, revenant notamment sur les nombreux retraits militants que subit l’organisation et au cours duquel la question des conflits personnels est abordée, un nouvel adhérent prend la parole pour donner « [son] avis de nouvel adhérent ». Il indique que l’évocation de ces conflits personnels lui coupe toute envie de venir ternir des permanences syndicales au local départemental (AG n°6).

Les conflits personnels découragent l’investissement des non-investis et produisent des espaces d’incompréhension entre ceux qui sont investis, qui vivent les conflits de l’intérieur, et ceux qui ne le sont pas, qui observent les conflits de l’extérieur, qui les perçoivent comme peu fondés, stériles.

Le cas de Florence vient illustrer l’effet répulsif produit par l’image d’un collectif sous tensions. Elle entre dans le syndicat en 2001, après avoir milité pendant plusieurs années dans un autre syndicat départemental Sud-PTT. Du fait de son expérience syndicale, elle est rapidement sollicitée pour prendre des responsabilités militantes. Elle accepte alors d’être élue au BS. Mais elle profite d’un changement professionnel pour mettre fin à cette implication, au bout de quelques mois seulement. Elle explique en entretien qu’elle a souhaité se retirer quand elle a constaté les tensions internes qui traversaient alors le syndicat. « J’ai déjà donné », dit-elle. Elle a en effet quitté le premier syndicat Sud-PTT dans lequel elle militait à la suite d’un conflit interne avec une partie de l’équipe militante départementale dont elle faisait partie.