Le retrait comme aveu d’incompétence

Le premier type de retrait identifié est le retrait comme un aveu d’incompétence. Ce type de retrait intervient rapidement après l’investissement militant et il est lié au sentiment de ne pas être à sa place dans la position de militant, de ne pas être capable de faire face aux responsabilités syndicales.

Le cas d’Ève vient illustrer ce type de retrait. Ève, alors qu’elle est adhérente du syndicat depuis plusieurs années avec une implication très limitée (assistance irrégulière aux réunions, diffusion de tracts), répond à une sollicitation de la part de l’équipe départementale et accepte d’être détachée un jour par semaine pour assurer une permanence syndicale au local. Elle ne le fait finalement que pendant quatre mois. Elle explique dans une conversation informelle : « j’ai été permanente pendant 4 mois, j’ai rien foutu. Je ne savais pas quoi faire ». Elle revient ensuite plus en détail sur cette expérience lors d’une AG au cours de laquelle elle « [fait] part de [sa] petite expérience ». Elle explique qu’elle ne savait jamais répondre aux personnes qui appelaient au local pour avoir des informations et que, quand il y avait des « diffs » à faire (diffusion de tracts par courrier, travail de mise sous enveloppe), elle était « contente », parce qu’elle avait enfin quelque chose à faire. Elle termine en disant « Je n’ai pas du tout été efficace. Il aurait fallu prendre des initiatives, mais alors je dois être nouille… » (AG n°6).

Quant à Marianne, elle démissionne six mois après sa première élection au bureau syndical. Elle fait part dans un entretien du sentiment d’incompétence qui a joué dans ce retrait :

La pénurie militante a notamment pour effet, nous l’avons indiqué, une mise en situation de responsabilité très rapide des adhérents qui choisissent de s’investir dans la vie de l’organisation, et ceci le plus souvent sans formation préalable. Des adhérents passent sans transition d’une implication limitée, voire d’une situation de passivité syndicale, à une position de militant départemental, sans avoir vécu au préalable une expérience militante de terrain dans le cadre d’une section locale, pour se former à l’action syndicale et développer un sentiment d’aptitude à prendre part aux affaires syndicales. Ainsi, à la rapidité dans la prise de responsabilités peut correspondre un retrait rapide, quand les dispositions de la personne sont trop en décalage avec l’investissement proposé.