Différents usages de la parole

La parole est inégalement distribuée et les usages qui en sont faits varient. Elle est maniée avec une aisance inégale selon les personnes. Par ailleurs, elle peut prendre différentes formes.

Une aisance inégale dans le maniement de la parole

Les personnes qui prennent effectivement la parole dans les réunions manifestent une aisance inégale dans le maniement de cette parole en public. Elles s’expriment avec plus ou moins de facilités et d’assurance. Le manque d’aisance peut se manifester dans la brièveté du propos, dans sa confusion et dans le volume bas de la voix. Il peut aussi se manifester dans des phrases du type : « je n’aime pas beaucoup parler » ou « je ne suis pas clair », indiquant le plus souvent une gêne.

L’aisance n’est pas nécessairement corrélée au degré de participation discursive et au degré d’implication syndicale. Voici par exemple le cas d’Anne, une militante, membre du BS, engagée depuis plusieurs années au sein du syndicat au moment où la scène se produit. Elle est chargée de la présentation du rapport d’activité Télécom lors d’un congrès (congrès n°3). Son propos est assez confus et elle dit à plusieurs reprises son manque d’aisance par rapport à l’exercice dans lequel elle s’est lancée : « j’ai beaucoup de mal à ne pas faire le lien avec l’interpro et à faire un truc corpo télécom », « je serai plus à l’aise sur le bilan interpro », « parler d’un bilan n’est pas évident », « j’ai tendance à parler du fonctionnement et il ne faut pas », et elle termine rapidement en disant : « alors je laisse la parole aux sections ». Elle manifeste son manque d’aisance alors même qu’elle intervient fréquemment dans les réunions, même si ses interventions sont le plus souvent brèves.

En général, les personnes qui manifestent un manque d’aisance dans la prise de parole en réunion manifestent aussi leur manque d’aisance dans le cadre de l’entretien. Elles se montrent intimidés par la situation et par le dictaphone, s’inquiètent de savoir si elles seront en mesure de répondre aux questions, de produire un propos susceptible d’intéresser le chercheur.

Le discours, s’il se révèle confus, n’est jamais interrompu. La confusion n’est même jamais publiquement pointée. Mais ses chances d’être écouté, pris en compte, sont diminuées. La clarté de l’expression est une condition favorisant l’attention portée à l’intervention par les autres participants.

Les intervenants qui s’expriment avec aisance ont bien souvent préparé leur intervention en inscrivant sur une feuille de papier, avant de prendre la parole, les différents points qu’ils souhaitent aborder. Les notes écrites facilitent la construction d’un propos clair. Elles constituent aussi une adaptation au format de l’échange avec tour de parole, ne permettant pas les réponses immédiates et imposant de parler à son tour.